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jeudi 19 août 2004


Le Vatican et les femmes
Vieux démons

par Stéphane Renard, journaliste Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer



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Entre le Vatican et la femme, décidément, les choses ne s’arrangent pas. Publiée par le cardinal Joseph Ratzinger, la dernière lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi se penche sur « la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise » - ce qui ne concernerait que les catholiques ? « dans le monde ». Ce qui interpelle donc chacun. La lettre, qui a reçu l’aval de Jean-Paul II, paraît à la veille de l’Assomption, que le pape fêtera à Lourdes. Le culte marial fournit donc une toile de fond idéale : Rome a, en effet, décidé de s’attaquer de front aux « effets mortels » du féminisme et à la « confusion délétère » des rôles de l’homme et de la femme. Bigre.

Le féminisme, affirme le Vatican, souligne « la condition de subordination de la femme », obligeant celle-ci à s’ériger « en rivale de l’homme ». Dès lors, « pour éviter toute suprématie de l’un ou l’autre sexe, on tend à gommer leurs différences ». Or cette occultation de la dualité des sexes « entend favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déterminisme biologique ». Cette libération « a inspiré des idéologies qui promeuvent la mise en cause de la famille, de sa nature bi-parentale » et débouche sur « un nouveau modèle de sexualité polymorphe ».

Rien d’original sous le soleil romain ? Même si l’Eglise des premiers temps a pu avoir quelques accents égalitaristes ? l’Eglise de Paul ne voyait dans le Christ ni homme ni femme ?, la doctrine s’est vite enfermée dans une vision réductrice. Le péché originel ? merci, saint-Augustin - sera du pain bénit pour cantonner les Eve dans des rôles non pas anodins ?la maternité ne l’est pas- mais de sujétion, le ventre de la femme n’étant jamais que le réceptacle de la semence vitale de l’homme. Les découvertes de la science prouvant que tout être humain doit autant de gènes à sa mère qu’à son père n’ont pas ébranlé les vieux schémas. En parallèle, l’exaltation de la mère de Dieu permettait à l’Eglise de transformer une autre femme, Marie, en « un produit de marketing, un produit d’appel », comme le souligne l’écrivain catholique Jacques Duquesne, avec d’autant plus de facilité que « le besoin de vénérer une déesse mère est un besoin éternel de l’humanité » (1). Ode à la maternité d’une part, à la virginité d’autre part. Et, toujours, cette ambiguïté dans le discours, sanctifiant la femme idéale, diabolisant la femme vipère ?

Le plus désespérant n’est pas que l’Eglise de Rome ait véhiculé pendant deux mille ans un tel antiféminisme. En cela, elle n’a jamais fait que s’appuyer sur l’histoire ? les femmes ont été quasi exclues de la vie publique de l’Antiquité à l’époque moderne ? pour asseoir la domination masculine en la justifiant par l’infériorité « naturelle » de la femme. Ne fut-elle pas créée, dit la Genèse, au départ d’une côte d’Adam ? A sa décharge, le catholicisme n’a certes pas été la seule religion monothéiste à infantiliser la moitié de l’humanité ? Mais qu’elle est éreintante, en revanche, cette incapacité de l’Eglise contemporaine à regarder le monde tel qu’il est. En tentant désespérément de compenser sa perte d’influence par un fondamentalisme de plus en plus coupé de la société, la charge papale contre le féminisme devient dérisoire. Affirmer que la féminité, c’est « la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui » est une caricature. Prétendre que la femme se caractérise « par sa disponibilité à l’écoute, à l’accueil, à l’humilité, à la fidélité, à la louange et à l’attente » en est une autre !

On rétorquera que la nouvelle diatribe du Vatican ne concerne que ceux qui l’écoutent. Elle vise d’ailleurs très clairement les chrétiens progressistes, notamment américains et allemands, qui réclament de plus en plus bruyamment l’accès des femmes au sacerdoce et au diaconat. Jean-Paul II le refuse, une fois de plus. Dans une Eglise désertée par les vocations et empoisonnée par trop de scandales de pédophilie, notamment aux Etats-Unis, une approche moins crispée des rapports entre l’homme et la femme serait pourtant salutaire. Les anglicans et nombre d’autres églises de la Réforme y ont bien survécu, sans que leur foi ait perdu en vigueur ou en légitimité ? Mais en continuant à présenter un visage aussi machiste du catholicisme, Rome ne sert que son aile conservatrice et affaiblit l’ensemble de son message. Or, insister sur la complémentarité des deux sexes n’a rien d’inconvenant. Réclamer - c’est aussi dans le texte - davantage de considération pour la femme au foyer est légitime. Et il n’est pas besoin d’être croyant pour partager l’idée selon laquelle la famille est un lieu essentiel de l’épanouissement.

A l’heure où la défense de certaines valeurs de tolérance et de respect des choix individuels, attaquées de toutes parts, devrait rapprocher les humanistes de tout poil ? chrétiens, agnostiques ou athées -, le discours du Vatican creuse des fossés qu’il serait urgent de combler.

(1) L’Express du 9 août 2004

Merci à l’auteur d’avoir autorisé Sisyphe à reproduire cet article paru le 13 août 2004, dans le magazine Le Vif/L’Express.

Source : http://www.levif.be/CMArticles/ShowArticle.asp ?articleID=822&sectionID=3

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Stéphane Renard, journaliste


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