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jeudi 2 juin 2005 À même les fonds pour la lutte contre le sida 270 000$ au groupe Stella pour une rencontre de 4 jours sur le "travail du sexe"
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L’Agence de santé publique du Canada a accordé une subvention de 270 000$ à Stella pour une rencontre internationale de quatre jours qui se tiendra à Montréal, du 18 au 22 mai, dans le cadre des célébrations du 10ième anniversaire de ce groupe. « Célébrer une décennie d’action. Façonner notre avenir. Un rendez-vous des travailleuses et travailleurs du sexe », peut-on lire sur le site Web du Forum XXX. Stella, un groupe montréalais de défense des droits de femmes prostituées qui fait la promotion de la prostitution comme travail, s’est vu attribuer, selon une source bien informée, une somme supérieure à sa demande initiale, les évaluateurs du dossier estimant que la subvention réclamée ne suffirait pas à défrayer l’ensemble des coûts rattachés à l’organisation et à la tenue du Forum XXX.
La majeure partie de cette subvention, soit 230 000$, provient du bureau national de l’Agence de santé publique à Ottawa, et le reste, 40 000$, de son bureau régional à Montréal. Grâce à ce généreux coup de pouce du gouvernement canadien, l’inscription au forum est gratuite pour les quelque 250 participant-es attendu-es. On pourra aussi leur offrir les petits déjeuners et les déjeuners gratuits sur le site même du forum, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et prendre en charge leur hébergement ainsi qu’une partie de leurs frais de transport. La subvention a en outre permis la création d’un site Web pour promouvoir l’événement et informer les participant-es. Le programme du Forum XXX comprend aussi un « super party du 10ième anniversaire de Stella et un spectacle excentrique », le 21 mai : « Celles et ceux qui n’ont jamais assisté à une soirée stellienne seront choyés ! Nous organisons une soirée mémorable pour les 250 participantes et participants du Forum ainsi que pour nos ami-es et membres de notre famille. Cette soirée nous permettra de célébrer une décennie d’action mais également de vous introduire aux belles nuits de Montréal ! » Un groupe méritant Au cours d’entretiens téléphoniques, M. Jean-Mathieu Dion, agent de relations avec les médias pour l’Agence de santé publique du Canada, a confirmé que cette subvention provenait du programme Initiative fédérale de lutte contre le sida et a déclaré qu’elle n’était attribuée que pour cet événement. Elle est donc distincte, a-t-il précisé, des autres subventions que le même groupe aurait pu recevoir de ce programme pour d’autres projets (1). « Ce groupe fait un travail formidable pour éradiquer le VIH/sida, a affirmé M. Dion, un important travail de terrain qui nous aide beaucoup et nous permet de consacrer plus d’énergie à d’autres tâches ». Le rôle du groupe Stella dans la prévention du VIH/sida n’est pas en cause ici. Il semble toutefois légitime de s’interroger sur l’importance de la somme - 270 000$ - allouée par un organisme gouvernemental de lutte contre le sida pour une rencontre d’à peine quatre jours dont, au dire de M. Dion, (seulement) trois des dix objectifs déclarés dans la demande de subvention du groupe ont trait à cette lutte. Est-il excessif de penser qu’une partie de cet argent puisse servir à d’autres fins qu’à la « lutte contre le sida » ? Manifestement, la cause du « travail du sexe » mobilise davantage les institutions canadiennes et québécoises que ne le font l’exploitation sexuelle des enfants, la violence faite aux femmes ou la traite des femmes à des fins de prostitution. Outre le soutien majeur de l’Agence de santé publique du Canada, les organisatrices du Forum XXX bénéficient de l’aide, sous différentes formes, d’une panoplie d’intervenant-es. Le groupe Stella semble entretenir des liens étroits avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Le Forum XXX a bénéficié du support « logistique », notamment pour ce qui a trait au processus de demande de subventions, du Service aux collectivités de cette université, un organisme de soutien aux groupes communautaires qui répondent à certains critères de promotion sociale. De plus, l’UQAM prête des locaux pour la durée de l’événement. Des chercheuses de l’UQAM font partie du conseil d’administration de Stella. Une chercheuse de l’École de travail social, également membre de l’Institut de recherche en études féministes (IREF) et co-répondante pour le projet Forum XXX, fait également partie de l’Institut Santé et société de l’UQAM, qui parraine la conférence d’ouverture du forum. Cette conférence est la seule activité ouverte au public : « Par des présentations et des performances, des militantes issues de groupes de travailleuses du sexe feront le portrait de leur situation dans leur pays respectif. Le public est convié à partager les triomphes et les tribulations de ces travailleuses du sexe courageuses venues des quatre coins du monde ». Parmi les autres organismes qui ont apporté leur soutien, financier ou autre, à cette rencontre internationale des « travailleuses et travailleurs du sexe », on compte la clinique l’Actuelle, de Montréal, qui se consacre aux personnes atteintes du VIH/sida. Un événement social et politique Le groupe français Cabiria et le Durbar Mahila Samanwaya Committee (DMSC ou le Comité social des femmes irrésistibles), un groupe de défense des droits des travailleuses et travailleurs du sexe basé à Kolkata, en Inde, qui célèbrent comme Stella une décennie d’activités, collaborent à l’organisation et à l’animation du Forum XXX. Environ « 250 femmes, hommes, travesties, transsexuelles oeuvrant ou ayant déjà oeuvré dans l’industrie du sexe, des personnes travaillant dans des organismes offrant des services aux travailleuses du sexe, ainsi que leurs allié-es », sont attendus à cette rencontre pour discuter « des préoccupations et des grandes priorités du mouvement ». Pour participer, il faut toutefois rencontrer certains critères : connaître les diverses réalités du travail du sexe ; reconnaître le travail du sexe comme une forme de travail ; être engagé-e ou vouloir s’engager dans la lutte pour la reconnaissance des droits des travailleuses et travailleurs du sexe ; être engagé-e ou vouloir s’engager dans la lutte pour la décriminalisation du travail du sexe. Le programme du Forum XXX présente cette rencontre davantage comme une activité militante, politique et sociale qu’un événement s’inscrivant dans la lutte contre le sida. Une brève mention dans les buts du forum concerne le développement de « nos capacités à faire face à l’épidémie du VIH/sida au Canada mais aussi ailleurs dans le monde ». Il est volontiers question de stratégies pour contrer « le discours dominant », pour faire progresser les attitudes sociales en faveur de la décriminalisation de la prostitution et pour combattre les « lois répressives ». Ces préoccupations politiques justifient-elles une subvention substantielle du programme Initiative fédérale de lutte contre le sida ? À l’argument selon lequel le programme du Forum XXX n’a pas tellement à voir avec une activité de sensibilisation ou de prévention du VIH/sida, M. Jean-Mathieu Dion a d’abord répondu qu’il n’avait pas à prendre en considération cette « opinion ». Il a ensuite réitéré que la subvention a été accordée à Stella pour le Forum XXX parce que la demande « du groupe répondait à tous les critères du programme ». M. Dion, qui est agent des relations avec les médias et non responsable de programme, n’a pu préciser quels sont ces critères. Il y aurait des critères « fixes » et d’autres critères dépendraient « de l’analyse du dossier ». Des critères selon le groupe demandeur ? « Des critères selon l’analyse du dossier », a répété M. Dion. Les opinions et les idéologies du groupe subventionné, en l’occurrence le fait qu’il s’emploie, depuis dix ans, à promouvoir l’industrie du sexe et la décriminalisation totale de la prostitution, ne sont pas prises en compte par l’organisme subventionnaire. « L’Agence n’est pas responsable du fait que le groupe travaille à promouvoir la légalisation ou la décriminalisation de la prostitution, dit M. Dion. Ce qui lui importe, c’est que ce groupe fait un bon travail dans le domaine de la prévention du sida ». Un groupe travaillant contre la décriminalisation de la prostitution, et assez astucieux pour inclure un volet sur la prévention du VIH/sida dans son projet, pourrait-il obtenir des subventions de l’Agence de santé publique du Canada ? « Nous n’avons pas de programme sur la prostitution », a dit M. Dion, avant d’ajouter qu’il faudrait vérifier si ce groupe répond aux critères. Cause du sida, cheval de Troie ? L’emploi, en tout ou en partie, des subventions destinées à la lutte contre le sida pour promouvoir la légalisation ou la décriminalisation de la prostitution n’est pas une chose nouvelle, ni propre au Canada. Les organismes subventionnaires sont généralement au courant de cette pratique. Dans son « Rapport sur les conséquences de l’industrie du sexe dans l’Union européenne » (15 avril 2004), Marianne Ériksson, alors députée du Parlement européen, affirmait que des ONG et d’autres secteurs utilisent fréquemment cette stratégie de financement : « Dans des entretiens avec des fonctionnaires de la Commission, écrit-elle, il est apparu que lors de la constitution de groupes d’experts, par exemple, la nature et la politique des organisations ne sont pas contrôlées. On ne procède pas non plus à un contrôle des organisations représentées, ce qui est très étonnant. Lorsque l’on pense à la manière dont la criminalité organisée se manifeste, il est de ce fait possible que la Commission, qui prend l’initiative de la législation commune, soit conseillée par des représentants d’organisations criminelles ». Jenny Wennberg, en collaboration avec Marianne Eriksson, a déposé au Parlement européen un rapport sur le « Soutien financier de l’Union européenne à des projets et organisations promouvant la légalisation et la réglementation de la prostitution » (2002). Ce rapport indique que l’Union européenne, invoquant l’argument, nulle part démontré, que la décriminalisation totale ou la réglementation sont de meilleurs moyens que la lutte contre la prostitution elle-même pour aider les personnes prostituées, a accordé des dizaines de millions d’euros à des organismes qui soutiennent ouvertement l’industrie du sexe, ou qui se consacrent à d’autres causes, comme la lutte contre le sida, tout en faisant la promotion de la prostitution comme un droit des femmes. Des études rapportent, par ailleurs, qu’au plan international, des complicités se tissent à tous les échelons pour faciliter l’attribution de subventions à des groupes liés à l’industrie du sexe. Des choix sociaux et politiques Pour un organisme gouvernemental qui se consacre à l’épidémie du sida, est-ce adopter une position « neutre » que de subventionner une activité de nature manifestement politique et sociale, bien que le groupe responsable de l’activité puisse accomplir ou avoir accompli, à d’autres moments de l’année, un réel et excellent travail de prévention du VIH/sida auprès de ses membres et des clients prostitueurs ? Est-ce une position « neutre » de fermer les yeux sur certains des objectifs, assez éloignés de la lutte au sida, qu’affiche ouvertement ce groupe qui, d’une part, sollicite une subvention du programme Initiative fédérale de lutte contre le sida, et, par ailleurs, exige comme condition d’inscription à l’événement l’engagement des participant-es à soutenir la décriminalisation de la prostitution et sa reconnaissance comme travail légitime ? Les groupes militant pour la reconnaissance de la légalisation ou pour la décriminalisation totale de la prostitution seraient-ils en position de négocier leur contribution à la prévention du sida en retour de la « neutralité » de l’organisme subventionnaire devant leurs autres activités ? Si l’Agence de santé publique du Canada trouve facilement 270 000$ pour un événement de quatre jours, dont l’objectif principal a peu à voir avec le sida, quelles sommes peut-il donc consentir aux activités du groupe Stella qui touchent réellement la prévention du sida ? Stella n’est pas un groupe de lutte contre le VIH/sida, c’est un groupe de défense des droits d’une minorité de femmes prostituées, qui prétend parler au nom de la majorité et qui banalise l’exploitation sexuelle des femmes en propageant le mensonge que la prostitution est, pour la majorité, un travail « librement choisi ». Cette idéologie occulte les rapports sexuels de domination au coeur de l’institution prostitutionnelle et laisse dans la dèche toutes ces femmes, de plus en plus jeunes, qui voudraient en sortir (2). En plus de légitimer l’orientation idéologique et politique de ce groupe, grâce à cette subvention considérable attribuée à un événement de promotion du « travail du sexe », l’Agence de santé publique du Canada ne se trouve-t-elle pas à soutenir indirectement l’industrie du sexe (à petite ou à grande échelle, on peut parler de l’industrie du sexe quand on a affaire à des groupes qui considèrent la prostitution comme un travail) ? Jusqu’à preuve du contraire, le gouvernement du Canada ne peut se réclamer d’un consensus favorable à la décriminalisation totale de la prostitution, et les contribuables canadien-nes ne devraient pas avoir à soutenir les activités qui poursuivent un tel objectif. Des groupes travaillent depuis longtemps, tout aussi efficacement, avec et pour les personnes prostituées, et contribuent à la prévention du VIH/sida sans pour autant faire la promotion de la prostitution. Ces groupes ont-ils accès à des subventions aussi généreuses ? Si elle n’était pas « neutre », combien l’Agence de santé publique du Canada pourrait-elle consacrer, par exemple, à des activités de prévention de la prostitution, ce « travail » qui menace la santé de nombreuses personnes, jeunes ou vieilles ? Combien de projets de recherche, à moyen ou à long terme, dans le domaine de la santé ou dans d’autres domaines, bénéficient d’un tel soutien financier ? À titre de comparaison, Condition féminine Canada a attribué à des chercheuses de l’UQAM, pour une recherche-action sur le trafic sexuel des femmes au Québec d’une durée de 18 mois et qui comprend un colloque public, moins de la moitié de la somme que l’Agence de santé publique du Canada a consentie au groupe Stella pour un forum de quatre jours sur le « travail du sexe ». Il semble donc que ce ne soit pas l’argent qui manque au gouvernement du Canada et que la lutte contre le sida constitue une voie royale pour s’en procurer. Peut-être les groupes militants accroîtraient-ils leurs chances de profiter de la manne s’ils ajoutaient un volet « sensibilisation et prévention du VIH/sida » à leurs projets… Peu importe leur orientation politique et idéologique. L’organisme subventionnaire n’est-il pas « neutre » ?
Notes
1. Sans compter l’aide que le groupe a pu recevoir d’organismes gouvernementaux et para-gouvernementaux du Québec. Mis en ligne sur Sisyphe, le 5 mai 2005.
Lire également « L’importance de ne pas censurer le débat sur la prostitution », par Élaine Audet et Micheline Carrier
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Bonjour, Je recommande de lire cet article sur le site Sisyphe |
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Micheline Carrier |
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Plan-Liens Forum (1/7) 13 mai 2005 , par Un simple internaute qui passait par là rép:
Internaute
(2/7) 13 mai 2005 , par Jean-Marc Fortin (3/7) 12 mai 2005 , par Nicole Nepton rép:
Micheline Carrier
rép:
Élaine Audet
(4/7) 11 mai 2005 , par Blézy (5/7) 10 mai 2005 , par Marion Du Sablé rép:
Blézy
(6/7) 9 mai 2005 , par Marthe Tanguay (7/7) 7 mai 2005 , par Internaute rép:
Micheline Carrier
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En Colombie-Britannique, des militantes de la lutte contre le sida dénoncent un manque cruel de subventions gouvernementales (Réseau anglais radio de Radio-Canada - jeudi le 12 mai 2005, 16 h 26) Les groupes qui luttent contre le sida en Colombie-Britannique ont réclamé jeudi du gouvernement provincial qu’il double les crédits attribués à cette lutte, au moment où le sida multiplie ses ravages dans les collectivités autochtones isolées. Les organismes de terrain se retrouvent aux prises avec deux ou trois fois plus de personnes atteintes du sida qu’il y a dix ans. Mais leur financement n’a connu aucune augmentation, aux dires du Pacific AIDS Network (PAN), qui représente plus de 50 organismes de soutien communautaire et de prévention du vih/sida dans l’ensemble de la Colombie-Britannique. Marcie Summers, directrice de PAN, affirme que le gouvernement n’a aucunement l’intention d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés en 2003 de réduire la pandémie et d’accroître le soutien aux personnes vivant avec le vih/sida. « Notre financement est bloqué au même niveau depuis 10 ans et c’est inacceptable, a dit Madame Summers. Il est très frustrant de ne pas avoir d’argent pour travailler à ces objectifs. » Selon Carlene Dingwall, directrice générale du groupe de soins Positive Living North, le manque de crédits entraîne également des lacunes dans la formation des jeunes et des adultes à l’évitement du sida. Le Nord connaît une crise de la santé en matière de sida, non seulement chez les jeunes mais chez le adultes dont les cas de nouvelles infections ont presque triplé depuis un an. Une étude publiée jeudi à Vancouver, le Cedar Project, a mis en lumière des taux d’infection à l’hépatite C très alarmants de 57,1 % et 62,4 % chez les Autochtones utilisant des drogues injectables, dans les quartiers les plus pauvres de Vancouver et de Prince George. « Quand on observe des taux vraiment élevés d’hépatite C, c’est que le sida est tout proche », a ajouté Dingwall. Voir Pacific AIDS Network
Il n’est pas question de s’opposer à la lutte contre le sida, qui manque toujours cruellement de fonds, au Canada comme ailleurs dans le monde. Raison de plus de ne pas l’utiliser à d’autres fins. Le sujet central de l’article, Mme Nepton, c’est l’utilisation de l’argent destiné à la lutte contre le sida au profit d’un événement qui n’est pas consacré à la lutte contre le sida. Le Forum XXX n’est pas un colloque sur la santé non plus. Ce n’est pas ce qui est écrit en tout cas dans le programme, ni dans les critères d’inscription. Quant aux "survivantes", elles ne sont apparemment pas unanimes. D’autres diraient qu’elles s’en sont sorties grâce à des groupes qui militent contre la prostitution et ne veulent pas en faire un métier. C’est le cas de Jade dont le témoignage figure sur ce site. Ce serait peut-être aussi le cas des 92% qui souhaiteraient quitter la prostitution si on les y aidait. Quand l’un des premiers objectifs d’un groupe est de faire reconnaître la prostitution comme un métier comme un autre - et qu’un engagement en ce sens est l’un des critères d’inscription au Forum XXX - n’est-ce pas une forme de promotion de la prostitution ? Une conférence préparatoire au Sommet mondial sur la société de l’information, qui touche l’ensemble des femmes et de la société canadienne, peut-elle se comparer à une rencontre de " travailleurs et travailleuses du sexe" qui, par surcroît, ne représentent qu’une infime minorité d’entre elles et eux.
Il faut rappeler qu’en Afrique le test de "séropositivité" N’est PAS obligatoire. Il suffit de présenter deux petits et un gros symptôme d’une liste qui en contient un sacré paquet. En outre il y a peu de médecins sur place. On peut donc se retrouver séropositif sur dénonciation. A noter que les symptômes évidents de malnutrition sont exclus de la dite liste, mais fait-on vraiment la différence quand il s’agit de produire des statistiques ?
À Nicole Nepton, Tout d’abord, vous serez sans doute intéressée de savoir que la plupart des masculinistes qui réagissent aux articles sur la prostitution, tant sur Sisyphe ou que dans différents forums que je fréquente, partagent votre point de vue et non le mien. Plusieurs ne se sont pas gênés, non plus, pour me qualifier de "stalinienne" lors de débats antiféministes, dont vous êtes au courant, sur un site alternatif, le CMAQ. Les mêmes hommes invoquaient alors la liberté d’expression pour me refuser le droit d’exprimer des opinions contraires aux leurs et de me défendre contre leurs copieuses injures. De la même façon que je ne me dirai jamais en faveur de la peine de mort sous prétexte que le pape s’y oppose, - et qu’entre le pape et moi ça ne va pas très fort -, je ne me priverai pas non plus de m’exprimer sur la subvention extraordinaire (270 000$) qu’a reçue Stella, du seul fait que des masculinistes dénoncent par ailleurs les subventions accordées aux groupes de femmes. Je dénonce la réduction constante de ressources financières que les gouvernements du Canada et du Québec ont imposé aux groupes de femmes, notamment aux groupes qui aident les femmes victimes de violence. Justement, dans ce contexte, n’est-il est encore plus étonnant 1. que tant d’argent soit disponible pour le Forum XXX qui est une rencontre internationale des "travailleuses du sexe" de quatre jours coïncidant avec la célébration des 10 ans du groupe Stella ; 2. et que cet argent provienne du programme "Itiniative fédérale de lutte contre le sida", alors que l’événement subventionné n’est pas relié à cette lutte ? C’est le propos central de mon article : une somme importante provenant des fonds publics généralement attribués à la lutte contre le VIH/sida est investie dans un événement à caractère social et politique. Deux des critères d’inscription au Forum XXX exigent des éventuel-les participant-es un engagement « à reconnaître le travail du sexe comme une forme de travail » et « être engagé-e ou vouloir s’engager dans la lutte pour la décriminalisation du travail du sexe » (et on sait que, pour Stella, cela signifie non seulement la décriminalisation des personnes prostituées, ce avec quoi je suis d’accord, mais aussi la décriminalisation des clients prostitueurs et des proxénètes, ce à quoi je et plusieurs s’opposent). Celles et ceux qui travaillent avec les personnes prostituées, sans toutefois reconnaître la prostitution comme métier, ni demander la décriminatlisation des clients et des proxénètes, seraient donc exclus de ce Forum XXX. Je connais quelqu’un qui travaille depuis plusieurs années pour un organisme d’aide aux personnes prostituées, surtout les jeunes, et qui n’a pu s’inscrire au Forum XXX. Cet organisme défend les droits des personnes prostituées, leur procure des services, MAIS il demande la criminalisation des clients et des proxénètes, ne voit pas dans la prostitution un travail comme un autre et aide activement les personnes qui le veulent à quitter le milieu prostitutionnel. Dans ces conditions, j’estime que le gouvernement canadien soutient une position favorable à la prostitution (qui est loin de faire l’unanimité au sein de la population) en subventionnant un événement politique d’un groupe qui fait la promotion de la prostitution comme un travail, et il le fait par surcroît en puisant dans les fonds réservés à lutte contre le sida. Je considère que le gouvernement n’a pas à utiliser ainsi l’argent des contribuables. Je suis toutefois d’accord pour qu’il subventionne les activités réelles de prévention du VIH/sida que réalise Stella en d’autres moments. Tout comme il doit subventionner les activités de prévention des autres groupes qui mettent l’accent également sur les services aidant les personnes prostituées à quitter la prostitution. Si l’on en croit des études citées dans un rapport du Conseil du statut de la femme du Québec, plus de 90% disaient vouloir quitter la prostitution si on les y aidait. En supposant que ce "métier" soit à risque pour la propagation du VIH/sida (ce qu’on semble reconnaître), lutter contre la prostitution et aider les personnes à en sortir pourraient représenter une avenue prioritaire pour enrayer l’épidémie du sida. Peut-être ai-je tort de m’étonner tout haut de tout cela. La liberté d’expression à laquelle vous faites allusion comprend aussi un regard critique sur le monde, y compris sur les activités et les différentes positions des féministes. Je sais qu’il existe au sein du mouvement féministe une tendance qui veut que tout le monde garde publiquement un front uni, la "bonne entente", se taise en dépit des désaccords, de crainte que nos adversaires ne profitent de nos différends ou de nos divisions. Je n’adhère pas à cette forme d’omerta. Je ne peux réprimer mes convictions profondes pour faire semblant qu’il existe une unanimité sur la question de la prostitution. Pourquoi le ferais-je ? Pourquoi faudrait-il laisser tout l’espace à celles et à ceux qui ont des positions différentes des miennes ? À quoi et à qui sert cette fausse unanimité ? Elle a servi pendant longtemps la promotion du "travail du sexe". N’est-il pas temps que l’on sache que toutes et tous ne sont pas d’accord sur ce sujet ? Vous utilisez depuis sa création votre site Cybersolidaires pour promouvoir la décriminalisation de la prostitution et les intérêts du groupe Stella, et comme vous le dites, vous êtes fière d’avoir créé le site du Forum XXX (à même la subvention du programme "Initiative fédrale de lutte contre le sida"). J’utilise mon site Sisyphe (dont je tiens à assumer moi-même tous les frais et qui ne sera jamais soutenu par l’argent des contribuables canadiens) pour défendre une position différente de la vôtre : décriminalisation des personnes prostituées, mais criminalisation des proxénètes et des clients prostitueurs. Je ne vois pas en quoi je manque « de respect » à la liberté d’expression des groupes autonomes, à celle du groupe Stella, en l’occurrence, à sa liberté de s’organiser. Moi, je n’ai pas honte, Mme Nepton, de partager avec vous l’appellation de féministe. Sur la prostitution, nous ne sommes pas du même bord de la clôture, c’est tout, mais nous le serions sur bien d’autres questions. S’il fallait renoncer à l’indépendance de pensée et d’action pour être accréditée "bonne féministe", je pense que je préférerais renoncer à l’accréditation tant cette indépendance m’est chère. Heureusement, on peut être féministe et exprimer librement sa dissidence et son opposition. C’est l’essence de la démocratie. Je vous accorde tout à fait raison sur un point : ma façon "d’aborder les choses n’est pas indépassable ni unique". Vous l’avez démontré au cours des dernières années, en vous exprimant abondamment sur la prostitution ou le "travail du sexe", avant que je ne dise un mot sur le sujet. On ne peut pas dire que la position que je défends sur ces questions ait occupé, dans les médias québécois et canadiens, une place équivalente à la position que votre groupe a défendue au cours des 10 dernières années. Je ne sais pas si ce que vous appelez mes "stratégies" peuvent changer le monde et si les vôtres y contribuent davantage. Mais là n’est pas la question. J’essaie de m’exprimer et d’agir selon mes convictions et je pense que vous faites de même. Micheline Carrier
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