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jeudi 18 janvier 2007

Pas de prostituées sans prostitueurs !

par Jacques Brodeur, James Douglas, Nicolas Doyon, Martin Dufresne, Philippe Robert de Massy et Jacques Saintonge






Écrits d'Élaine Audet



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Quelque chose nous étonne et nous choque dans le rapport sur la
prostitution publié il y a quelques semaines par un sous-comité de la Chambre des communes : son silence quasi-total au sujet des hommes impliqués.

Les auteurs du rapport majoritaire centrent le problème sur les vendeuses de
« services sexuels » en ne disant presque rien des acheteurs et organisateurs de ce commerce. Ils ont le mérite de reconnaître et de déplorer l’état de contrainte où est vécue ce qui est habituellement une « prostitution de survie », mais en font disparaître les premiers responsables !

Pourtant si des personnes sont prostituées, c’est qu’il y a des prostitueurs - à 99% des hommes - qui achètent et vendent ces personnes traitées en biens de consommation. C’est un domaine où pèsent lourd les privilèges masculins, les goûts et les choix d’une culture machiste. Que les hommes choisissent ou non d’exercer ces privilèges, la prostitution n’existerait pas sans eux, leur argent, leur pouvoir.

En passant sous silence la part des hommes, le document occulte ce rapport
de domination et contribue à stigmatiser les personnes prostituées en ne
laissant qu’elles en position de responsabilité. Les députés du sous-comité peuvent ainsi rejeter la notion d’exploitation sexuelle et limiter l’étiquette de proxénètes à ceux qui recourent à la contrainte physique. On instrumentalise même la tragédie des femmes assassinées dans ce contexte en l’attribuant, non à la misogynie des prostitueurs, mais aux lois censées les tenir en respect.

En tenant ainsi hors champ la « demande » masculine de corps prostitués, le
rapport en fait implicitement une norme dont la société devrait s’accommoder.
En viendra-t-on à parler d’un « droit à la fellation » comme d’autres inventent un « droit à une escalope » à n’importe quelle heure pour contraindre l’horaire des travailleuses d’épicerie ?

Injure à l’ensemble des hommes

En tant qu’hommes opposés au machisme des prostitueurs, nous nous étonnons
de ce silence et nous nous demandons qui il protège. De solides recherches
internationales ont pourtant démontré l’utilité de débusquer et de cibler
les acheteurs de « services sexuels ». Ces hommes s’illusionnent sur la
qualité de ces rapports ; ils réagissent bien aux campagnes d’éducation et
aux mesures dissuasives ; et leur taux de recours à cette pratique varie
d’un pays à l’autre (de 11% à 70%) et selon les politiques adoptées
(récidive inférieure à 20%). Bref, c’est faire injure à l’ensemble des hommes que de tenir l’exploitation sexuelle commerciale des femmes comme un fait
masculin incontournable, une sorte d’impératif biologique à légitimer et à
alimenter, hors de vue.

Le silence du rapport fédéral sur les acheteurs de femmes et leur réseau de soutien (proxénètes, exploitants, et certains politiciens) explique une
autre grave lacune du rapport : sa prétendue incapacité à expliquer l’immunité
des exploiteurs, malgré les lois censées les contrer. Inutile pourtant
de chercher bien loin : onze mois avant la publication du rapport fédéral,
un proxénète de Calgary a été acquitté parce qu’il opérait son « agence
d’escortes » avec un permis municipal en bonne et due forme, émis par des
fonctionnaires chargés d’avertir ses employées de ce qui les attendait !

Un État proxénète ?

À Montréal comme ailleurs au pays, les « pimps » ainsi accrédités annoncent
ouvertement leur commerce, en contravention flagrante avec le Code criminel.
Le système est bien rodé. On peut se faire livrer une femme de telle ou
telle origine ethnique, ayant telles ou telles mensurations, plus rapidement
qu’une pizza. Mais la police est privée de mandats d’intervenir et les auteurs du rapport prétendent n’y rien comprendre. Ce qui leur permet de recommander, à mots couverts, l’abolition de lois qualifiées d’« inefficaces », alors qu’elles ne sont simplement pas appliquées. Un professeur de droit de l’Université de Toronto attelle déjà ses élèves à la rédaction d’un mémoire visant à faire abroger comme inconstitutionnelle la loi contre le proxénétisme, présentée comme une « violation injustifiée » de la liberté d’« engager un gérant ».

Nous refusons que soit davantage légitimé le droit des hommes à dominer
sexuellement les femmes les plus pauvres et les plus « racisées » par
des proxénètes qui vendent celles-ci comme autant de « produits exotiques
 ». Nous refusons le nouvel intégrisme néo-libéral qui réduirait le bien
commun aux seuls intérêts des prostitueurs. Solidaires des féministes qui
luttent contre l’exploitation sexuelle, nous voulons un monde où le sexe ne
soit pas réduit à une industrie et où femmes et hommes ne soient pas
conditionnés par une sexualisation précoce, un trafic raciste et l’enchâssement des privilèges masculins.

Le droit à l’égalité est fondamental

La faction majoritaire du sous-comité qualifie une telle analyse de « 
moraliste ». Il n’en est rien. Le moteur de notre action est le droit à
l’égalité, pierre angulaire de tout l’édifice des droits de la personne. Le
gouvernement actuel vient de retirer la promotion de ce droit du mandat
de Condition féminine Canada, dont il ferme plusieurs bureaux au pays. Et
voici que les partis d’opposition proposent de légitimer l’exploitation
sexuelle !

Notre dénonciation des prostitueurs s’inscrit dans les mouvements de lutte contre la pauvreté, la violence et la sape des programmes sociaux, conditions qui poussent tant de femmes et de jeunes dans les filets de la prostitution, les exposant à la violence et à un harcèlement policier et judiciaire épargné à leurs profiteurs. Nous protestons haut et fort contre cette pénalisation des personnes prostituées.

Nous espérons que les député-es et candidat-es des partis fédéraux feront
preuve de la même préoccupation s’ils et elles entendent nous convaincre de
leur respect des femmes et de droits humains essentiels que le Canada
s’est maintes fois engagé à observer sur la scène internationale.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 janvier 2007

- On peut télécharger en format PDF le rapport du sous-comité sur le site du Parlement du Canada.


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Jacques Brodeur, James Douglas, Nicolas Doyon, Martin Dufresne, Philippe Robert de Massy et Jacques Saintonge

Jacques Brodeur est conseiller en éducation aux médias à l’organisme EDUPAX ; James Douglas, Nicolas Doyon, Martin Dufresne et Jacques Saintonge sont des militants proféministes associés à différents groupes communautaires montréalais, dont le Collectif masculin contre le sexisme ; Philippe Robert de Massy est un avocat montréalais spécialisé en droits de la personne.



Plan-Liens Forum

  • Le PS veut criminaliser les clients
    (1/3) 20 janvier 2007 , par

  • > Pas de prostituées sans prostitueurs !
    (2/3) 15 janvier 2007 , par

  • > Pas de prostituées sans prostitueurs !
    (3/3) 14 janvier 2007 , par





  • Le PS veut criminaliser les clients
    20 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Prostitution : le PS veut pénaliser les clients.

    > Pas de prostituées sans prostitueurs !
    15 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Tout cela c’est un beau discours mais nous n’avons toujours pas de réponse à part des vues idéologiques ou moralisatrices sur le fait pourquoi tant de clients ?ici en Espagne (voir forum "une loi qui jetterait etc ..du 1er mars 06 :35% des hommes sont clients il yàpres de 400000 filles qui "travaillent"dans plus de 3000clubs" autant qu’en Allemagne avec
    une population de moitiée c’est nos péres nos maris nos fréres qu’on croise dans les clubs des etres touta fait normaux sauf qu’ils ont peutétre
    des phantasmes qu’ils ne peuvent réaliser chez eux ?

    • > Pas de prostituées sans prostitueurs !
      20 janvier 2007 , par
        [retour au début des forums]

      Peut etre faudrait’il faire une recherche sur le cerveau réptilien des
      màles ? la monogamie à long terme est’elle un état naturel où un pur produit culturelpour le sexe masculin
      la poligamie occasionnelle primitive ne pouvant plus se produire sauf pour les gens fortunés qui ont plusieures maitresses et encore source de problémes ;chantages ect,..les rapports économiques se produisent au niveau le plus élémentaire enfin il y a le viagra et la dhea qui reveillent
      les libidos de certain et la compagne
      vieilissante ???

      [Répondre à ce message]

      • Le sexe dans le cerveau
        20 janvier 2007 , par
          [retour au début des forums]

        Avec la liberté sexuelle, qu’est-ce qui empêche les hommes d’avoir plusieurs partenaires sans recourir à la prostitution ? Les prostitueurs recherchent la domination, non une relation égalitaire. D’ailleurs, le livre "Les clients de la prostitution" montre que les prostitueurs ont des rapports sexuels avec plusieurs partenaires, plusieurs se disent même satisfaits avec leur conjointe, ce qui indique qu’ils recherchent le rapport de domination dans la prostitution. Ils méprisent les femmes prostituées, aiment les fantasmer à leurs genoux en train de leur faire des fellations, leur éjaculer dans la bouche ou dans le visage, les écraser, les humilier. Et dire qu’il y en a qui appelle cela un métier. Il faudrait peut-être se demander si beaucoup d’hommes ne considèrent pas le sexe comme une arme misogyne et ce que certains ont à la place du cerveau.

        [Répondre à ce message]

        • > Le sexe dans le cerveau suite
          23 janvier 2007 , par
            [retour au début des forums]

          Les hommes ont envis de plaisirs
          sexuels et c’est leur droit.
          Ils ont recours aux prostituées pas
          pour les humiliers mais parce que les
          relations hommes/femmes sont toujours
          ou presque conflictuelles ou agressives : impossible pour la
          plupart des hommes de rencontrer
          des femmes,c’est tellement vrai que
          m’on vit à une époque où les sites
          de rencontres sont cotés en bourse :
          meetic.On va pouvoir dialoguer à travers un écran d’ordinateur avec sa voisine de pallier qui au quotidien
          vous méprise.

          [Répondre à ce message]

          • > Le sexe dans le cerveau suite
            25 janvier 2007 , par
              [retour au début des forums]

            Mon cher Paul tu n’a pas tout a fait
            tort il est plus facile à ta voisine de pallier et plus rapidementque toi de trouver un homme pour essayer de passer un bon moment(et c’est son droit)sans vouloir créer une relation permanente .les riches se payent méme des gigolos et à Barcelone il existe des bordels pour clientes femmes !
            Sur internet des propositions tarifées pour hommes ou femmes voir les sites "d’escort" Alors réglementé
            abolis où prohibé ce n’est pas demain
            que le probléme sera résolu Celà n’empéche pas de ne pas disperser des forces de police insufisantes en créant une multidude de petits délits
            mais de renforcer la lutte contre les
            mafias organisées c’est en cela que le projet du PS en France n’est pas clair:comme toujours il ne se donne pas les moyens .

            [Répondre à ce message]

    > Pas de prostituées sans prostitueurs !
    14 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Pour la prostitution, c’est l’extrème du patriarcat : ceux d’"en
    haut" ont tant "soumis" ceux d’en bas, qu’ils ne leur est même plus
    permis d’avoir un environnement "normal" : les filles et femmes de
    leur entourage leur sont vendues. L’extrème du patriarcat ,c’est
    l’esclavage et l’esclave est interdit de connaissance
    (analphabetisation) et est dépossédé de ses enfants. Donc, il n’y a
    qu’une seule voie : que tous sortent du système de dévalorisation de
    soi imposé : que les hommes soient autonomes dans leur valorisation
    (qu’ils ne s’appuient plus sur la dévalorisation des femmes), que
    les femmes soient autonomes dans leur valorisation (ne se laissent
    plus dévaloriser), ainsi seulement les gens seront-ils plus
    manipulables et aptes à se défendre (ensemble).


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