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mardi 29 juillet 2003


Massacre à l’École polytechnique de Montréal en 1989
« L’Express » fait fausse route
Lettre ouverte à Jacqueline Remy, journaliste

par Élaine Audet et Micheline Carrier



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Madame,

Nous avons été surprises de lire, dans votre article à propos du livre d’Elisabeth Badinter, Fausse route, publié dans « L’Express » du 24 avril 2003, le passage suivant :

« Elisabeth Badinter (...) regrette l’influence grandissante en Europe du radicalisme anglo-saxon. Comment pourrait-elle partager, par exemple, les accents haineux de ces féministes qui se recueillent chaque année sur les tombes des 14 étudiantes assassinées en 1989 à l’Ecole polytechnique de Montréal (Canada) par un cinglé dont elles font l’archétype du prédateur macho ? Fausse route, là encore. »

Elisabeth Badinter a déclaré [à Florence Montreynaud] que, dans l’interview qu’elle vous avait accordée, elle n’avait jamais mentionné la commémoration du massacre de la Polytechnique, et qu’elle n’abordait pas non plus ce sujet dans son livre. C’est donc à Mme Remy, a-t-elle dit, qu’incombe la responsabilité de cette phrase. Elle a répété la même chose à l’émission « Indicatif présent » de Radio-Canada le 28 mai 2003.

Nous sommes des féministes du Québec qui participons, à chaque 6 décembre, à la commémoration, dans un cadre officiel ou militant, du massacre antiféministe de l’École Polytechnique à Montréal. Dans cette école d’ingénieur-e-s, le 6 décembre 1989, un homme est entré, armé d’un fusil. Il a pénétré dans une salle de cours, il en a fait sortir les hommes, il a crié aux femmes : « Je hais les féministes », et il a tiré, tuant quatorze femmes.

À la suite de ce massacre, plusieurs initiatives ont vu le jour dans un but de sensibilisation à la violence sexiste, trop vite oubliée, et dont ce massacre est une manifestation extrême. À cette occasion, nous nous remémorons également que, chaque année, des millions de femmes dans le monde sont battues, violées, vitriolées, torturées, excisées, prostituées, brûlées, lapidées, tuées, parce qu’elles sont des femmes.

Des poèmes et un livre réunissant divers témoignages ont été publiés en mémoire des quatorze jeunes femmes. La musicienne Ginette Bellavance a composé un oratorio pour souligner ce triste événement. Pour ne pas oublier et dans l’espoir qu’un tel acte ne soit plus possible, on a placé à Vancouver et à Montréal des monuments dans des parcs, nommés " 6 décembre ", à la mémoire des quatorze jeunes femmes assassinées, que le tueur percevait comme des féministes du seul fait qu’elles étudiaient à l’école Polytechnique, chasse gardée masculine par excellence. Chaque année des femmes et des hommes viennent s’y recueillir pour honorer la mémoire des disparues et surtout réfléchir ensemble sur les moyens d’éradiquer les causes du sexisme et de la misogynie dans la société.

Des cortèges au flambeau défilent dans plusieurs grandes villes du pays, qui se terminent, à Montréal, par l’audition du Requiem de Mozart dirigé par la chef d’orchestre Agnès Grossman. On allume des bougies aux fenêtres des maisons, on porte un ruban blanc à la boutonnière ; des groupes de femmes organisent des spectacles-bénéfices pour venir en aide aux femmes victimes de viol et de violence domestique. Chaque année, le Collectif masculin contre le sexisme publie sur une affiche le nom des femmes et des enfants victimes de la violence sexiste au Québec depuis 1989.

Parler d’ " accents haineux " à propos de ces commémorations relève d’un antiféminisme primaire et de l’ignorance pure. Qualifier l’auteur du massacre de simple " cinglé ", c’est prendre un raccourci commode, faire preuve de désinformation et d’une inconcevable mauvaise foi. Le geste de cet homme était prémédité et inspiré par les valeurs patriarcales de suprématie masculine et de discrimination envers les femmes, qui ont d’ailleurs toujours cours dans la société. Jugez-en vous-même en lisant la lettre-testament que le tueur a laissée, et qui a été publiée dans le quotidien montréalais « La Presse », le 24 novembre 1990. L’auteur y affirme sa haine des féministes et établit une liste de dix-neuf noms de Québécoises qui sont connues dans les domaines culturel, politique, universitaire, syndical et du travail, qu’il dit n’avoir pu abattre par " manque de temps " .

Voici le texte intégral de la lettre que Marc Lépine a laissée avant d’aller ouvrir le feu sur des étudiantes de Polytechnique :

« Excusez les fautes. J’avais 15 minutes pour l’écrire.

Voir aussi Annexe

Veuillez noter que si je me suicide aujourd’hui 89/12/06 ce n’est pas pour des raisons économiques (car j’ai attendu d’avoir épuisé tout mes moyens financiers refusant même de l’emploi) mais bien pour des raisons politiques. Car j’ai décidé d’envoyer Ad Patres les féministes qui m’ont toujours gaché la vie. Depuis 7 ans que la vie ne m’apporte plus de joie et étant totalement blasé, j’ai décidé de mettre des bâtons dans les roues à ces viragos.

J’avais déjà essayés dans ma jeunesse de m’engager dans les Forces comme élève-officier, ce qui m’aurais permit de possiblement pénétrer dans l’arsenal et de précédé Lortie dans une rassia. Ils m’ont refusé because associal. J’ai donc attendu jusqu’a ce jour pour mettre à exécution mes projets. Entre temps, j’ai continué mes études au grès du vent car elles ne m’ont jamais intéressée sachant mon destin à l’avance. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir de très bonnes notes malgré ma théorie de travaux non remis ainsi que la carence d’étude avant les examens.

Même si l’épitète Tireur Fou va m’être attribué dans les médias, je me considère comme un érudit rationnel que seul la venu de la Faucheuse on amméné à posé des gestes extrémistes. Car pourquoi persévéré à exister si ce n’est que faire plaisir au gouvernement. Etant plûtot passéiste (Exception la science) de nature, les féministes ont toujours eux le dont de me faire rager. Elles veulent conserver les avantages des femmes (ex. assurances moins cher, congé de maternité prolongé précédé d’un retrait préventif, etc) tout en s’accaparant de ceux des hommes.

Ainsi, c’est une vérité de la palice que si les Jeux olympiques enlevaient la disctinction Homme/Femme, il n’y aurait de Femmes que dans les compétitions gracieuses. Donc les féministes ne se battent pas pour enlever cette barrière. Elles sont tellement oportunistes qu’elles ne négligent pas de profiter des connaissances accumuler par les hommes au cours de l’histoire. Elles essai toutefois de travestir celles-ci toute les fois qu’elles le peuvent. Ainsi l’autre jour j’ai entendu qu’on honoraient les canadiens et canadiennes qui ont combattus au front pendant les guerres mondiales. Comment expliquer cela alors que les femmes n’étaient pas autorisés à aller au front ??? Va-t-on entendre parler des légionnaires et galériennes de César qui naturellement occuperont 50 % des effectifs de l’histoire malgré qu’elles n’a jamais exister. Un vrai Casus Belli.

Désoler pour cette trop compendieuse lettre.

Marc Lépine

Annexe

(Suit une liste de dix-neuf noms)

Ont toutes Failli disparaitre aujourd’hui. Le manque de temps (car je m’y suis mis trop tard) à permis que ces féministes radicals sur-vives.

Alea Jacta Est » (Fin de la lettre de Marc Lépine)

Jean-François Larivée, époux d’une des victimes, Maryse Laganière, écrivait dans La Presse du 6 décembre 1994 : « Il y a beaucoup d’erreurs dans ce drame. Beaucoup trop. Et si l’erreur, c’était d’être femme ? D’être toujours le bouc-émissaire de toutes les frustrations ? Et si l’erreur pour nous, comme société, c’était de penser que tout est gagné pour les femmes ? (...) Le laxisme, c’est de laisser circuler des propos haineux au nom de la liberté de parole. De combien de propos haineux envers les femmes l’assassin des quatorze victimes de cette insensée tuerie du 6 décembre 1989 avait-il nourri son esprit malade ? »

Nous ne comprenons pas non plus pourquoi, à l’instar d’Élisabeth Badinter, tant de féministes françaises se croient obligées de se démarquer du féminisme anglo-saxon. Si le féminisme français ne peut être réduit à celui d’Antoinette Fouque et de Sylviane Agacinsky, le féminisme américain n’est pas limité à Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon, dont le féminisme nous semble par ailleurs tout à fait cohérent. Le féminisme anglo-saxon est riche, varié, inspirant et a provoqué partout des avancées importantes tant sur le plan théorique que pratique, d’Aphra Benn (1640-1680), Mary Wolstonecraft, Virginia Woolf, Vera Brittain, Germaine Greer, Doris Lessing, en Angleterre, à Margaret O’Brien au Canada, à Dale Spender en Australie et à Elizabeth Cady Stanton, Susan B. Anthony, Matilda Joslyn Gage, Emma Goldman, Margaret Mead, Betty Friedan, Phyllis Chesler, Susan Brownmiller, Ti-Grace Atkinson, Kate Millett, Gloria Steinem, Robin Morgan, Mary Daly, Marilyn French, Kathleen Barry, Evelyn Reed, Shere Hite, Janice Raymond, Susan Faludi, Alice Walker, Audre Lord, Bell Hooks, aux États-Unis, pour ne nommer que les plus connues.

Nous tenons également à nous solidariser avec Maryse Jaspard, responsable de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF), mise en cause par Elisabeth Badinter. Cette étude a pourtant bien distingué les cas de conflit et de violence physique, mais quand on est décidé à nier la réalité, on ne recule devant aucun moyen. En 1993, Statistique Canada a rendu publique la plus vaste enquête à être menée dans le monde sur la violence masculine envers les femmes, une enquête dont la méthodologie a été reconnue internationalement au-dessus de tout soupçon.

L’enquête de Statistique Canada était basée sur un échantillon de 12 300 femmes de plus de 18 ans choisies au hasard à travers le Canada. L’agence fédérale a constaté que 50% des Canadiennes de 16 ans et plus ont été victimes de violence, des actes assez graves pour nécessiter une intervention policière. Près des deux tiers des victimes de violence conjugale ont été agressées plus d’une fois, le tiers plus de dix fois et une femme sur dix a subi des actes tellement violents qu’elle a craint à un moment ou à un autre pour sa vie. Les chercheurs ont basé leurs travaux sur les définitions du code criminel selon lesquelles un acte de violence est tout acte qui justifie une intervention policière et le dépôt d’accusations. (« La Presse », 19 novembre 1993)

Avec l’écrivaine Benoîte Groult, nous disons : « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours. » Vous pourrez lire sur le site Sisyphe, le poème d’Élaine Audet, Ode aux sur-vivantes, et le texte de Micheline Carrier, C’était en décembre 1989, écrits en mémoire des 14 jeunes femmes de Polytechnique. Vous y constaterez que la haine n’est pas du côté des féministes, mais bien du côté de Marc Lépine qui l’a clairement exprimée.

Nous vous demandons, Madame, de mieux vous informer avant d’écrire sur des sujets dont vous n’avez que de lointains échos. Une journaliste digne de sa profession retirerait ses propos ou, s’ils ne sont pas les siens, rendrait à César ce qui appartient à César.

Élaine Audet, poète, essayiste et journaliste, membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois(UNEQ)
Micheline Carrier, journaliste et éditrice du site Sisyphe

Pour les personnes qui veulent écrire à la journaliste Jacqueline Remy :

Son courriel :
jremy@lexpress.fr
Son adresse postale :
Jacqueline Remy, L’Express, 17 rue de l’Arrivée 75733
Paris cedex 15
France

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« Élisabeth Badinter dénature le féminisme pour mieux le combattre », par Élaine Audet

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Élaine Audet et Micheline Carrier



Plan-Liens Forum

  • > « L’Express » fait fausse route
    (1/2) 31 juillet 2003 , par Liliane Blanc

  • Lettre du Collectif masculin contre le sexisme à « L’Express »
    (2/2) 21 juillet 2003 , par Martin Dufresne





  • > « L’Express » fait fausse route
    31 juillet 2003 , par Liliane Blanc   [retour au début des forums]

    Lettre à la journaliste Jacqueline Remy

    Madame,

    Je viens ici me joindre aux protestations que vous avez déjà reçues concernant les propos que vous prêtez à Madame Badinter sur la tuerie contre les femmes survenue en 1989 à l’École Polytechnique de Montréal.

    Visiblement, vous ne savez absolument pas de quoi vous traitez. Une telle désinformation, une telle ignorance de ce qui FUT et EST en réalité, me surprend de la part d’une journaliste écrivant dans un magazine réputé sérieux. Vous n’avez tout simplement pas fait vos devoirs.

    J’appuie entièrement la lettre que vous ont rédigée Élaine Audet, journaliste elle-même, poétesse et essayiste et Micheline Carrier, journaliste également et éditrice du site Sisyphe. Je n’ai absolument rien à ajouter à leur texte.

    Liliane Blanc,
    Auteure de "Elle sera poète, elle aussi - Les femmes et la création artistique", Le Jour Éditeur.

    [Répondre à ce message]

    Lettre du Collectif masculin contre le sexisme à « L’Express »
    21 juillet 2003 , par Martin Dufresne   [retour au début des forums]

    Courrier des lecteurs
    L’Express
    a/s Directeur de la rédaction
    dired@lexpress.fr

    Dans "Le J’accuse d’Élisabeth Badinter" (L’Express, 24 avril 2003), J. Remy
    attribue à Élisabeth Badinter des propos stupéfiants sur "...les accents haineux de ces féministes qui se recueillent chaque année sur les tombes des 14 étudiantes assassinées en 1989 à l’École polytechnique de Montréal (Canada) par un cinglé dont elles font l’archétype du prédateur macho"

    Veut-on fabriquer une nouvelle légende urbaine ? Les 14 victimes du massacre antiféministe de Polytechnique ne sont même pas enterrées ensemble et personne ne va manifester sur leurs tombes. Je n’ai jamais entendu d’"accents haineux" dans les commémorations très sobres organisées à l’occasion en leur mémoire. Et la seule justification du label commode de "cinglé" dont on couvre leur assassin est le refus de trop de gens à reconnaître la virulence de la misogynie et de l’antiféminisme aujourd’hui, en Amérique du Nord comme en France.

    Je crois qu’au nom de la qualité de l’information, L’Express doit un correctif à ses lectrices et lecteurs.

    Martin Dufresne, Secrétaire
    Collectif masculin contre le sexisme
    Montréal, Canada

    [Répondre à ce message]


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