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Liée à la pauvreté et à l’esclavage

12 juin 2006, 18:22, par Martine Avard

La prostitution a été très tôt liée à la pauvreté, à l’esclavage et aux classes sociales et de sexe. Pour le grand bénéfice des hommes, évidemment. Rapport de pouvoir, domination sur les femmes dont on fait des servantes sexuelles.

« Le statut des prostitués

Attestée par l’historien grec Hérodote au Ve siècle av JC, la prostitution sacrée était, à l’origine, liée aux cultes de la fécondité : prêtresses et prêtres devaient s’accoupler pour provoquer la fertilité des terres. Mais, très vite, la pratique évolue. Les offrandes aux dieux sont remplacées par le paiement des personnes et, aux alentours des sanctuaires, se développe une prostitution profane.

Cette forme de prostitution, loin de l’argument sacré, est liée à l’esclavage. Les enfants abandonnés par leurs parents à la naissance ou enlevés par des pirates qui les revendaient sur les marchés des villes méditerranéennes constituent la marchandise habituelle des proxénètes. A leur côté, des femmes pauvres, des filles délaissées, des veuves, grossissent les rangs de ce commerce réglementé. Les prostitués ont le statut d’objets possédés par un maître qui, selon les règles générales de l’esclavage, avait un droit absolu de disposer de leur corps.

La loi de Solon

La prostitution, sous sa forme vénale, apparaît au VIe siècle avant JC en Grèce. La commercialisation des corps se développe à un point tel, que Solon (640-558 av. J.-C) décide l’ouverture des premières maisons closes.

Ces maisons d’État, les dictérions, sont organisées rationnellement. Dans chacune d’elles, une équipe d’employés surveille la bonne marche de la maison. Les bénéfices vont à l’État : les établissements sont tenus d’acquitter une taxe, le pornikotelos.

Plusieurs “ classes ” de prostituées, toutes plus ou moins frappées d’infamie, répondent au découpage hiérarchique de la société. Au bas de l’échelle, on trouve les dictériades qui, outre le port de vêtements distinctifs, se voient imposer l’interdiction de sortir avant le coucher du soleil et de quitter la ville sans autorisation. Viennent ensuite les aulétrides et, au sommet de l’échelle, les hétaïres, véritables courtisanes, fréquentées par les privilégiés et les gens au pouvoir. Parmi les hétaïres célèbres, citons Phryné, Laïs de Corinthe, ou encore Aspasie - devenue plus tard la femme de l’illustre Périclès …

Toutes ces mesures sont justifiées par la nécessité d’éviter les désordres et de protéger la vertu des “ femmes honnêtes ”. De plus, le système s’avère particulièrement profitable aux finances de l’État. Il est maintes fois repris... Tout comme l’idée d’une prostitution nécessaire au maintien de l’ordre dans la Cité.

Il existe aussi des bordels masculins, non pas pour le délassement des femmes, mais pour celui des hommes. Les relations homosexuelles n’encourent aucun interdit, mais le fait de tenir le rôle de la femme était condamné... »

Ça prouve simplement que les rapports de domination et l’exploitation sexuelle des femmes par les hommes ne datent pas d’aujourd’hui. Mais il est honteux qu’ils puissent se perpétuer alors que l’humanité est censée avoir progressée. Les hommes, en tout cas, n’ont pas beaucoup évolués, comme s’ils étaient fixés dans un sous-développement sexuel chronique.