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> La banalité du mal> LE VIOL ou La vengeance au bout du phallus !...

23 janvier 2007, 22:19, par Fatima

Réponse au viol de Lilith

Ayant lu le témoignage intitulé « Le viol » puis l’approche qui en a été faite par Suzanne et sans vouloir polémiquer, je me permets d’apporter à mon tour un commentaire, en ma qualité d’avocate pénaliste dont l’expérience sur le terrain des viols collectifs, incestueux et autres cas si multiples, ne peut laisser indifférente.

De prime abord, ce vécu, chère Madame, induit une conception différente de la votre en ce que celle-ci obéit sans nul doute à une analyse psychologique empreinte de subjectivisme, car fondée sur des principes machistes.

En effet, il est impensable de mettre sur le même pied d’égalité le prévenu et la victime, même du seul point de vue de l’analyse psychologique.

Parce que voyez-vous, dans les relations humaines tout est permis sauf de franchir la ligne rouge ; en l’occurrence, l’amant a franchi la ligne rouge en ignorant la volonté de l’amante et en usant de violence à son égard alors qu’ils étaient dans un cadre intime. A mon sens, d’ailleurs, ce sont des circonstances aggravantes !

Juridiquement, les éléments essentiels constitutifs du viol sont l’usage de la violence et l’absence de volonté de la victime ; ces derniers sont présents dans les faits.

Par conséquent, le viol est répréhensible et donc condamnable.

Pourquoi aller chercher dans les dédales de la psychologie freudienne qui est essentiellement caractérisée par des conceptions machistes ayant atteint leurs limites ?

Dans l’intérêt de tous en tout cas, il faut plutôt recourir à l’analyse en profondeur chez l’auteur des faits qui pose problème et non pas chez sa victime qui est irréprochable car même la faute de la victime –si faute y a et quelle que soit la qualification de cette faute– ne peut en aucun cas disculper l’auteur des faits ; la victime a subi : elle a donc besoin d’aide pour pouvoir franchir le cap de la douleur et de la souffrance physique et mentale que produisent de tels faits pouvant conduire parfois à la folie et même au suicide !!!

Le viol est gravissime et doit le demeurer !

Dans le cas d’espèce, l’auteur des faits est doublement fautif : le mensonge est condamnable moralement tandis que le viol est condamnable pénalement. Si le mensonge est l’affaire privée du couple et n’est pas punissable, le viol est l’affaire de toute la société et fort heureusement est punissable, car on ne règle pas un différend par un viol à fortiori dans une relation intime !

Aussi, dans un couple ordinaire, la recherche de la vérité est, souvent pour atténuer la souffrance déduite de l’incompréhension, une évaluation normale pour la personne qui prend en considération sa dignité, c’est tout naturel. Ce qui ne l’est pas par contre, c’est la réponse méprisante d’un homme à l’égard d’une femme, celle d’un mâle en mal d’équilibre !!!

Non Madame, le viol n’est pas une affaire banale et il est loin de l’être !

Historiquement, dans les sociétés patriarcales, les mâles trouvaient tous les arguments possibles et imaginables pour, comme vous, entrer dans le mécanisme de « banalisation » allant jusqu’à justifier le viol. Dans certains pays, encore à l’heure d’aujourd’hui, souvent le regard social et même celui des « hommes de loi » (voyez bien qu’il s’agit du regard des hommes) responsabilisent la femme, quel que soit son âge et les circonstances ; l’idée étant que concernant le viol, c’est toujours la femme qui a tenté le diable par sa capacité de séduire, sa tenue, son attitude, son regard, sa voix… elle est fautive tout simplement d’exister, un point c’est tout !!!

Alors que dans le passé, la qualification de ces faits était dérisoire, le viol était un simple délit ; après les luttes contre les discriminations à l’égard de la femme, le viol devient un crime, entre amants et même entre époux !

Quelle heureuse évolution-révolution ?!

Or, ce qui est choquant chez vous, c’est que vous ne semblez pas tenir compte de ce progrès et que vous faites par conséquent un retour majestueux en arrière ; attention … ne vous enlisez- vous pas ?!

De grâce, pas de retour en arrière ! Il n’est plus question aujourd’hui de reniement, de discrimination et d’injustice séculaire. Profitez de cette chance, chère Madame, car dans mon pays on en est encore au stade de la faute de la victime dont on nie la souffrance afin d’être incapable de prétendre à une sanction convenable de son violeur !

Fatima (Algérie)