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Une laicité accommodante ???

28 mai 2009, 09:30, par André Drouin

Pour publication en réponse à l’article de Brigitte Breton, Journal Le Soleil, en éditorial du 23 mai 2009, titrée "Une laïcité accommodante".

Madame vous écrivez dans ce document :
"Le voile est signe d’oppression des femmes musulmanes. Nous ne pouvons réfuter cet argument. Il faut néanmoins tenir compte que des femmes choisissent librement de s’en couvrir la tête."

Je commente :
Si effectivement il est un signe d’oppression, alors l’État qu’il soit laïque ou pas, doit absolument empêcher toute personne de s’en couvrir la tête. Si par contre il est porté par simple choix, tout employeur peut demander de l’enlever. À ma connaissance depuis toujours la plupart des employeurs ont dicté à leurs employé(e)s la façon de s’habiller. Chemise blanche, cravate, pas de bottes de cowboys, pas de souliers à bouts pointus et j’en passe. J’ai même eu un employeur qui me dictait la couleur de l’habit et celle de la cravate. Le même employeur, et plusieurs autres l’imitaient, n’autorisaient que les têtes à cheveux courts et sans barbe.

Quantité d’employeurs dictent aussi les vêtements à porter relativement à la sécurité. Chapeaux, bottes, gants, lunettes. Un grand nombre d’employeurs prohibent le port de vêtements trop amples. Pour les femmes la profondeur acceptable des décolletés est établie par l’employeur depuis toujours. De même la longueur de leurs jupes, la hauteur de leurs talons haut, l’épaisseur et la couleur de leur maquillage. De nombreux employeurs obligent le port d’un uniforme donné.

Imaginez un instant que le port du voile ne puisse être critiqué par les employeurs. Les Sikhs et Hindous refuseront à leur tour de porter les chapeaux de sécurité. Ils le font déjà d’ailleurs. Hommes et femmes de différentes cultures pourront porter des vêtement amples le long des convoyeurs et autres machines tournantes ou grimperont dans des échelles ainsi attriqués. De même plusieurs pourront refuser de porter les gants et bottes en peau de porc lorsque travaillant dans des endroits de haute tension électrique. Et j’arrête ici croyant avoir démontré la non faisabilité de cette approche. Si l’employeur peut dicter les vêtements à porter, l’employé lui demeure libre de choisir l’employeur qui lui convient le mieux.

Lorsqu’un croyant nécessite d’être accommodé pour pouvoir vivre en société il ne doit pas demander à l’État ou à l’employeur. Il doit simplement demander à la divinité invisible qui le gouverne de le faire. Le dernier exemple important s’est produit ici même au Québec, en 1992, lorsque l’État a obliger les commerces à opérer le dimanche. Le Dieu des catholiques les a accommoder en leur permettant d’obéir à l’État. Avant cette date le fait de travailler le dimanche conduisait automatiquement ces croyants à l’enfer. Ainsi les Vishnu, Bouddha, Jehovah, Yaweh, Krishna, Guru Nanak, Allah et les autres peuvent aussi respecter leurs fidèles.

Donc je persiste à croire que vous, Françoise David et la FFQ avez tort. Le CSF a raison.

André Drouin, Hérouxville Qc

Une laïcité accommodante
Brigitte Breton
Éditorial - Le Soleil, samedi 23 mai 2009

(Québec) L’État n’a pas de religion. Afin que cette laïcité soit bien claire, certains souhaitent que le Québec interdise le port de signes religieux à tous les agents de l’État, qu’ils soient fonctionnaires, enseignants, infirmiè­res, policiers ou juges. Nous ne partageons pas cet avis. Ce n’est pas l’apparence des employés qui assure la neutralité de l’État, mais bien ses actes, ses lois et sa charte des droits et libertés. Un voile, une kippa ou une croix ne peuvent recouvrir ceux-ci.

Un an après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, la place de la religion dans l’espace public fait de nouveau l’objet de controverse. Et pour cause. Le gouvernement Charest s’est bien gar­dé d’aborder cette délicate question. La Commission lui recommandait pourtant de présenter un Livre blanc sur la laïcité.

À la suite de leur vaste consultation populaire et d’experts, les commissaires avaient tracé une voie en préconisant une laïcité ouverte. Selon eux, le Québec devrait autoriser les fonctionnaires, le personnel des écoles et les professionnels de la santé de porter des signes religieux au travail. La burka et le niqab étant bien évidemment exclus.

Parce qu’ils incarnent la neutralité de l’État et parce qu’ils ont un pouvoir de coercition, la Commission suggérait cependant que les policiers, les procureurs de la Couronne, les juges, les gardiens de prison et le président de l’Assemblée nationale s’abstiennent d’afficher leur religion.

Nous adhérons à cette approche parce que la liberté de religion et de croyance inscrite dans la charte des droits et libertés ne peut être qu’un simple voeu pieux, une liberté circonscrite au foyer et au lieu de culte. Aussi, parce que la société a mieux à tirer de la cohabitation de gens de diverses croyances que de l’exclusion qui favorise la ghettoïsation.

Que craint-on en permettant qu’une enseignante se présente en classe la tête voilée ? Qu’elle brime la liberté et les droits des élèves et qu’elle tente de convertir les catholiques, juifs, athées ou agnostiques ? Elle aura du boulot, car la religion catholique est toujours celle de la majorité. Seulement 1 % de la population est musulmane. Présume-t-on que la prof voilée est moins compétente, moins tolérante que ses confrères et qu’elle dérogera aux programmes ? Sans afficher aucun signe religieux, des enseignants peuvent être des modèles d’intolérance et d’incompétence.

Le voile est signe d’oppression des femmes musulmanes. Nous ne pouvons réfuter cet argument. Il faut néanmoins tenir compte que des femmes choisissent librement de s’en couvrir la tête. De quelle autorité pouvons-nous leur dire que nous détenons la vérité ?

Quant aux femmes sous le joug de leur religion et de leur mari, nous croyons que la meilleure façon pour elles de s’en libérer est d’accéder au marché du travail pour acquérir une autonomie financière et s’ouvrir à d’autres réalités, plutôt que de demeurer voilée à la maison.

Qu’il porte ou non des signes religieux au travail, qu’il soit croyant ou non, immigrant ou de souche, chaque Québécois sera toujours soumis aux règles, aux lois et aux valeurs fondamentales prévalant ici, dont l’égalité entre les hommes et les femmes.

Le Québec doit définir son propre modèle de laïcité. Certains vantent le modèle français, alors que des Français envient l’approche développée ici. D’autres désapprouvent la façon de faire trop permissive des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne.

Retenons que le succès ou l’échec de la cohabitation harmonieuse de gens de religions diverses ne reposent pas uniquement sur le port ou non de symboles religieux. Mais bien sur un ensemble de politiques gouvernementales en matière d’emploi, d’éducation, de justice et d’immigration. Et bien sûr, sur le regard que chaque individu pose sur celui qui diffère de lui.