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Réhabilitation. compassion, discrétion

9 avril 2011, 00:03, par Élaine Audet

D’abord, je crois que je connais le dossier du procès Cantat-Trintignant autant que faire se peut. Quant aux antécédents violents de Cantat, je ne vois pas pourquoi le témoignage devant le tribunal de son ex-compagne, Kristina Rady, est plus pertinent que celui de Samuel Benchétrit, sous serment également, à l’effet que celle-ci lui avait confié qu’elle-même et d’autres compagnes de Cantat avaient subi des violences de sa part. D’ailleurs, à ce propos, il faut relativiser le serment sur la Bible qui, pour les mécréant-es, n’est qu’un livre bien écrit. On ne peut alors prêter serment que sur ses propres valeurs. Rady a visité tous les jours Cantat dans la prison de Vilnius, en déclarant publiquement qu’elle ferait tout ce qu’elle pouvait pour "le maintenir en vie". En France, à la sortie de prison du chanteur, elle a vécu avec lui jusqu’à son suicide en 2010. La lettre qu’elle a laissée n’a pas été rendue publique à ce jour.

Avant le procès, Me Georges Kiejman, qui représentait la famille Trintignant, a reçu des appels téléphoniques et des lettres de personnes qui confirmaient les antécédents violents de Cantat, mais lorsque les enquêteurs de la police sont passés prendre leurs témoignages, elles se sont toutes récusées. Étrange, ne trouvez-vous pas ? Est-ce qu’elles auraient eu peur que leurs témoignages entraînent un jugement d’homicide volontaire et une condamnation à perpétuité pour Bertand Cantat ?

Je ne comprends pas ce que vous voulez dire à propos du Code criminel canadien qui stipule à l’article 236 que "quiconque commet un homicide involontaire coupable est coupable d’un acte criminel passible, à l’article 236b), de l’emprisonnement à perpétuité, ce que le gouvernement canadien et les médias ont confirmé. ainsi que l’inadmissibilité de Cantat au Canada avant quatre à dix ans. Après avoir reçu une peine de huit ans et n’en avoir purgé que quatre, on ne l’a jamais entendu regretter publiquement son crime ni offrir ses talents aux victimes de violences conjugales ou sexistes, ce qui aurait témoigné d’un début de réhabilitation.

Son manque de compassion s’est manifesté à Vilnius, lors du procès, alors que, pour lui remonter le moral, sa famille et ses amis ont organisé une fête, où l’on a dansé tard la nuit au son de Noir Désir. L’investigateur rapporte que "Cantat était ’très content d’entendre parler de cette fête’ et qu’il avait ’demandé aux gens de rendre hommage à Marie Trintignant’. Un grand écran diffusait donc des images de ’Betty", ce film de Claude Chabrol où l’actrice incarnait une femme à la dérive." Très respectueux du deuil et désintéressé, n’est-ce pas ? À cette occasion, Me Kiejman a parlé d’indécence et déclaré : "Il faut en finir avec ce prétendu romantisme évoquant une histoire à deux qui ferait de Cantat et de Marie les victimes d’un drame amoureux. C’est effectivement une histoire à deux, mais dans laquelle l’un a tué et l’autre a été tuée." Cantat a fait preuve d’un même manque de compassion en acceptant de jouer dans un cycle de trois pièces de Sophocle sur la résistance des femmes à la violence masculine.

Cantat n’est pas au bord de l’aide sociale et il n’est pas vrai que, comme vous dites, "jouer et chanter, c’est tout ce qu’il sait faire pour gagner sa vie". Il a reçu des redevances élevées pour ses disques et personne ne l’empêche d’en faire d’autres qui connaîtraient sans doute un grand succès. Un tel choix aurait le mérite de se faire plus discret et plus respectueux de la douleur des proches et des admirateurs et admiratrices de ce qu’était Marie Trintignant.

Élaine Audet