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> Badinter - réponse à Mathilde

28 août 2003, 19:27, par Élaine Audet

Bonjour,

mathilde a écrit :

Je découvre avec une surprise mélée d’effarement l’article paru dans sisyphe
sur Badinter ; qu’on aime ou non Badinter est une chose.

Il ne s’agit pas de l’aimer ou de ne pas l’aimer, mais d’analyser ce qu’elle a écrit.

Qu’on ose tenir des
propos que je qualifie d’homophobes pour mieux faire passer son discours est
une dérive que je ne peux laisser passer.

Je n’ai pas tenu de propos homophobes, mais n’ai fait que donner des précisions sur une des sources d’E. Badinter, Gayle Rubin, qui représente une minorité au sein du mouvement lesbien. Il y a eu une division dans ce mouvement dans les années 80-90, à propos de la reproduction de rapports de domination sexuels dans la communauté lesbienne, par une minorité, représentée par Rubin, Pat Califia et d’autres. Une des meilleures sources de documentation sur la scission et les débats qui ont eu lieu à l’époque est : Sheila Jeffreys, féministe lesbienne britannique, internationalement connue, The Lesbian Heresy, London, Spinifex Press Pty Ltd, 1993.

Qu’on m’explique en quoi le fait de savoir que Rubin est lesbienne ou SM a
un intéret quelconque ? cela vise t il à faire passer tout le mouvement
queer comme pro pedophile ?

Rubin est une des principales théoriciennes du mouvement s/m lesbien et queer. Son texte, "Penser le sexe. Pour une théorie radicale de la politique de la sexualité", cité par E. Badinter, comme argument massue pour riposter aux textes d’Andrea Dworkin et Katharine MacKinnon contre la pornographie, est justement celui où elle prend la défense de la pédophilie. Vous pouvez consulter sur Internet : http://www.academia.org/campus_reports/1998/october_1998_1.html
où Michael Capel analyse ce livre dans son cours à l-Université Cornell. Tant E. Badinter que le mouvement queer rejette toute domestication ou normalisation de la sexualité.

Nous apprécierons égalemebnt d’apprendre que le queer englobe des sexualités
dissidentes et minoritaires. Ce jugement de valeur péremptoire est
absolument indigne et porteur d’une morale que je ne peux cautionner.

Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est une définition courante. Je l’ai prise à :
http://www.multisexualites-et-sida.org/presentation/queer.html
qui m’a d’ailleurs paru être favorable au mouvement queer.

Il faudra également me dire à quelle page Badinter cautionne la pedophilie
car il s’agit la d’une accusation grave.

Comme je l’ai dit précédemment, dès le début de son livre (p. 26), elle donne en référence un texte de Rubin, qui défend notamment et explicitement la pédophilie. E. Badinter ne dit, bien sûr, pas qu’elle cautionne la pédophilie, mais dans son chapitre Contradiction (p. 117 à 175), dans lequel elle s’attaque à "la domestication de la sexualité" par ce qu’elle appelle le "nouvel ordre féministe moral", elle cherche à démontrer qu’une sexualité "trash" violente est de plus en plus normalisée et banalisée et que les pulsions sexuelles ne peuvent être domestiquées. "La multiplicité des sexualités n’est plus à démontrer. La complexité des libidos non plus. Pourtant, on n’a toujours pas renoncé à domestiquer le désir. (...) Aujourd’hui, c’est d’abord la sexualité masculine qu’il faut contraindre. Moins en interdisant toute relation sexuelle avec des êtres irresponsables, comme les enfants et les aliénés, ce qui n’est pas nouveau, mais en redéfinissant la nature de la sexualité licite." (p. 166). À la fin de ce chapitre, elle dit s’opposer à toute répression des pulsions sexuelles - sans définir de limites - qui sont parties intégrantes de la sexualité et non contrôlables : "l’élargissement progressif de la notion de crime sexuel et la répression mise en place depuis quelques années dessinent la carte d’un sexe légal, moral et sacralisé en opposition radicale avec la liberté sexuelle dont usent - certains diront abusent - les nouvelles générations." (p. 174). Elle dit clairement, tout au long de son livre, que la sexualité ne peut être normalisée et elle ne fait aucune exception. S’il y en a une, je vous serais reconnaissante de me la signaler.

Mettre dans le même tonneau, la
pornographie, la prostitution, le SM et la pedophilie me parait relever d’un
aberration intellectuelle et surtout morale qui me laisse pantoise.

Il ne s’agit pas de tout mettre dans le même tonneau, bien que tous ces phénomènes relèvent d’un même système basé sur des rapports sexuels de domination. Je n’ai fait qu’énumérer les courants "libertaires" décrits par E. Badinter comme "la réalité sexuelle". Le mouvement queer les englobe aussi comme des nouveaux styles de vie dissidents, libérés de toutes contraintes.

Nous apprécierons également le jugement sur la sexualité de Catherine
Millet.

ce féminisme là n’a rien à voir avec ce que je prone, et ne vaut décidément
pas mieux que celui de Badinter.

Je regrette que ce soit votre conclusion.

Cordialement,

Élaine Audet