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La marchandisation du sexe : nouvel esclavagisme ?

23 février 2005

par Johanne St-Amour

À ma mère, décédée alors que je préparais cet article. J’ai eu beaucoup de difficulté à écrire ce texte à cause de l’épineuse réalité que le livre de Monsieur Poulin dénonce, notamment par la violence qu’il décrit et à laquelle il me confrontait. Réalité malheureusement familière. J’espère que là où elle est maintenant, ma mère vit un amour inconditionnel et que sont cicatrisées les plaies laissées par des expériences de vie souvent insoutenables. Mes pensées les meilleures, les plus pures et les plus élevées la rejoignent !



La mondialisation des industries du sexe, de Richard Poulin, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa, nous met face à une réalité bouleversante. Elle décrit une facette occultée de la mondialisation des échanges commerciaux, du courant néo-libéral sauvage et de la libéralisation - ou plutôt de la dépravation - des mœurs qui balaient la planète, et on comprend facilement pourquoi Richard Poulin dit avoir écrit ce livre dans l’urgence.

Dès le premier chapitre, il nous plonge dans l’infâme et triste existence de la traite des femmes et des enfants qui est en plein essor sur notre magnifique planète bleue. La traite vise à combler l’immense marché de la servitude, du travail forcé, du prélèvement d’organes et de la prostitution. Selon les données de Richard Poulin, « 4 millions de femmes et d’enfants sont victimes chaque année de la traite mondiale aux fins de prostitution » (1). L’esclavagisme sexuel. En fait, la traite des dernières années aurait fait trois fois plus de victimes que la traite des esclaves africains qui, elle, s’est échelonnée sur 400 ans. Comble de la dérision, les victimes doivent prouver qu’elles ont été forcées si elles veulent sortir de ce cercle infernal. D’ailleurs, elles abandonnent totalement tout espoir de recouvrer leur liberté car lorsqu’elles tentent de s’échapper des griffes de leurs forçats, les policiers les y ramènent.

La traite vient alimenter un réseau impressionnant de personnes prostituées. La Commission des droits de la femme et de l’égalité des chances du Parlement européen (2003) et Europol (2001) estimaient qu’il y avait environ 40 millions de prostituées dans le monde en 2001 (2). Et le nombre ne cesse d’augmenter. Plus spécifiquement du côté de la traite des enfants, les chiffres sont ahurissants. « On estime que 200 000 filles népalaises de moins de 14 ans sont réduites à l’esclavage sexuel en Inde, 10 000 enfants de 6 à 14 ans sont prisonniers des maisons de prostitution au Sri Lanka, 600 000 enfants thaïlandais ont été vendus à des proxénètes et quelque 15 000 filles cambodgiennes auraient été vendues comme esclaves sexuelles entre 1991 et 1997, rapporte l’Unicef » (3). Démente, notre belle société moderne, libérée, libérale, et commercialement libre-échangiste ?

Une violence extrême

Vous croyiez tout innocemment que le dressage et les cages étaient réservés aux animaux sauvages et domestiques ? Vous croyiez que les camps ne servaient qu’aux chasseurs, aux réfugiés ou aux prisonniers ? Je vous informe que des camps de soumission (!) permettent de mâter les prostituées … libres. On les appelle aussi des camps d’abattage. Pour casser les femmes. Physiquement, psychologiquement, moralement. On les viole à plusieurs, plusieurs fois, on les bat, on les soumet, on les rend dépendantes à tout point de vue. Disons que c’est une sorte de transformation extrême. Au cours de la détention, la transformation extrême va jusqu’à la mutilation, la torture et les viols qui continueront d’être perpétrés par les proxénètes et souvent par les clients. Parfois la mort, comme ces cadavres de plusieurs centaines de femmes victimes de la traite qu’on découvre en Europe chaque année parce qu’elles ne servent plus ou bien parce qu’elles sont enceintes. Apparemment, il y aurait également plusieurs cadavres de prostituées qu’on n’aurait pas retrouvés.

Le dressage n’est pas réservé aux pays lointains, détrompez-vous. Il est pratiqué ici par les proxénètes des gangs de rue et du crime organisé et par les souteneurs de moindre importance qui sont aussi souvent leurs revendeurs de drogue. Serez-vous étonné-e-s d’apprendre que l’état de santé des prostituées est précaire, qu’elles vivent beaucoup de détresse, de dépression, de dépendances aux drogues, qu’en France et aux Etats-Unis on relève que le taux de suicide et de tentatives de suicide sont très élevés chez ces personnes, qu’au Canada quarante fois plus de personnes prostituées meurent comparativement à la moyenne nationale, qu’une majorité présente les symptômes d’un état de stress post-traumatique, ces symptômes que présentent les victimes de chocs intenses, telle l’attaque terroriste du World Trade Center, et que cet état les amène à la « dissociation émotionnelle, un mécanisme de défense et de survie qui permet entre autres d’oublier. La dissociation émotionnelle peut également être à l’origine de la dénégation chez des personnes blessées et enclines à enjoliver leurs conditions de vie pour préserver une image de soi positive »(4). C’est un peu comme un raz-de-marée qui se produit à l’autre bout de leur planète intérieure et qui n’en finit plus de finir ! Difficile alors de parler d’échanges entre adultes consentants, étant donné le désarroi des personnes prostituées.

Quel libre choix ?

Vous croyiez également que les mines anti-personnelles ne servaient qu’à assaillir l’ennemi et à donner de l’emploi pendant des années à des milliers de personnes qui en débarrassent la planète ? C’est mal connaître l’imagination cinglée des hommes. On a recyclé ces armes en balises de bordels, afin d’empêcher les « travailleuses libres » d’aller où bon leur semblent, en Bosnie-Herzégovine, vous savez, là où on a installé des missions de paix (!). Quelques bordels, où la prostitution est légale, je dis bien légale et libre, enferment également les personnes prostituées dans des vitrines cadenassées. Fermées à clés, les chambres aux Pays-Bas, en Belgique ou dans les Eros Centers d’Allemagne. Je vous parle de pays civilisés (!) d’Occident !

Certaines personnes prostituées bénéficient également de gardes du corps, sauf que ceux-ci ne les protègent pas mais les surveillent, récoltent le fruit de leur location et délogent la racaille qui sème le chaos dans la place, des videurs ou des bouncers, en quelque sorte, qui maintiennent prioritairement les acquis de leurs patrons pervertisseurs. « Certains des bordels légaux du Nevada et du Nouveau-Mexique ont des enceintes grillagées, des chiens, des surveillants comme s’ils n’étaient au fond qu’un univers carcéral où les personnes prostituées sont en situation de détention ou d’esclavage. À Hambourg, les accès de certains quartiers réservés à la prostitution sont fermés par des chicanes. À Istanbul, l’entrée des complexes "bordeliers" est sous surveillance. À Calcutta, des personnes prostituées s’offrent derrière les barreaux. En Thaïlande, des enfants sont sortis d’une cage pour assouvir les touristes sexuels » (5). Quelle liberté !

Un esclavage encouragé par les organismes officiels

Le phénomène du tourisme sexuel est considérable, pour ne pas dire effroyable, particulièrement en Asie du Sud-Est. Parlez de la prostitution adulte, et surtout juvénile, de la Thaïlande et des Philippines à n’importe qui et il vous dira que tout le monde sait cela ! Par contre, les gens connaissent-ils l’ampleur et les circonstances de ce phénomène ? Les premiers centres prostitutionnels dits « rests and recreation sites » sont apparus en Thaïlande grâce aux financements américains obtenus par des hauts-gradés de ces pays pendant la guerre du Vietnam pour permettre aux soldats de se distraire, de s’éclater, de se défoncer et … de débaucher. Le commerce a proliféré depuis, façonnant une petite bourgeoisie qui y gagne beaucoup d’avantages et qui continue à alimenter les nombreux touristes sexuels. À la fin de la guerre du Golfe, le Pentagone a donné un autre coup de pouce à l’essor du tourisme sexuel, notamment en Thaïlande, en y envoyant ses soldats décompresser et se divertir après l’effort de guerre. Le repos bien mérité du guerrier ? C’est drôle, on ne mentionne pas cette information dans le syndrome de la guerre du Golfe ! Cent trente mille soldats suent présentement uniquement en Irak, ce commerce n’est pas prêt de s’éteindre. Déjà que les viols sont légion dans les nombreux pays en guerre !

La guerre semble être un facteur primaire, pour ne pas dire primitif, au commerce de la traite et de la prostitution. Le « divertissement » en ex-Yougoslavie est « soutenu » par des soldats sous les yeux d’organismes officiels tels l’OTAN, la police de l’ONU et de plusieurs ONG. Ceux-ci ont nié la situation à la suite d’une dénonciation par Amnesty International. Je vous conseille fortement de vérifier si Mira (6), malgré son statut de fondation, s’est inscrite à la Bourse dernièrement, car la demande pour ses gentils toutous affichera un taux record dans un avenir rapproché, tant de gens sont devenus aveugles, ces derniers temps !

L’OTAN, l’ONU et certains ONG ne sont pas les seuls organismes internationaux à coopérer à ce commerce. Le FMI et la Banque Mondiale, pour ne pas être en reste, subventionnent les industries du divertissement, les concepts « d’installations récréatives » de plusieurs pays du tiers-monde. Et comme le dit Richard Poulin, on ne parle pas de Walt Disney ici. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) considère même que ce sont des industries-clés pour le développement économique de plusieurs pays. Quand les revenus de l’industrie de la prostitution, de la pornographie et de la traite des femmes et des enfants sont comptabilisés dans le PIB des États, on croirait ne plus s’étonner de rien. Pour combler le tout, les institutions financières ne peuvent faire autrement que de participer à cet énorme commerce qu’ont engendré les industries du sexe détenues en grande partie par le crime organisé, puisqu’il faut obligatoirement leur appui pour blanchir l’argent sale. Le « commerce » sexuel en argent US génère 150 milliards de beaux (!) dollars. Monsieur Poulin rapporte même que les revenus générés par la traite des femmes dans le but de les prostituer dépassent ceux obtenus par le commerce des armes à feu ou de la drogue. Gaïa hautement trahie !

Les gouvernements participent en toute connaissance de cause à la traite et à ses fléaux. Le Canada n’est pas en reste. Deux de ses ministres, Madame Sgro et Monsieur Pettigrew, auraient accordé des permis de résidence à des effeuilleuses de l’Europe de l’Est afin de combler les « criants besoins » dans le domaine de la danse exotique.

Je suis redevable à Richard Poulin d’avoir enrichi mon vocabulaire. Le terme « batterie hens », vous connaissez ? Des placards à poules où on les entasse pour les faire engraisser. Eh bien, sachez qu’il existe aussi le terme « batterie girls ». Je vous épargne la description de la chose. « Chosenppi », pour sa part, est un mot qu’on utilise pour désigner les « vagins coréens », c’est-à-dire les femmes coréennes dont on « alimente » les comfort stations, ces bordels de réconfort nippons servant à satisfaire l’avidité sexuelle des militaires. Aux Pays-Bas, ce sont les red-light districts. En Thaïlande, où la prostitution juvénile est ouvertement publicisée à travers le monde par le gouvernement, on parle de rest and recreation sites, comme je le mentionnais. En Bosnie-Herzégovine, on a l’Arizona Market, où des « femmes y sont vendues comme l’étaient les esclaves victimes de la traite des négriers. Le processus de vente se déroule comme suit : les jeunes femmes montent sur la scène d’un bar quelconque, y font quelques pirouettes pendant que les acheteurs inspectent leur corps et même leur bouche avant de faire une offre, entre "2000 et 4000 marks allemands" pour les plus convoitées » (7). Imaginez l’inverse : un marché d’esclaves masculins pour satisfaire la cupidité féminine. Plutôt impensable, non ? Pourquoi tant de haine envers les femmes ?

Les nombreuses femmes et enfants piégés dans l’industrie du sexe proviennent majoritairement de pays où la pauvreté est devenue une « job à l’année », comme dirait Yvon Deschamps, un humoriste québécois. Et ce n’est pas la prostitution qui les enrichira, puisque Richard Poulin rapporte que les personnes prostituées ne touchent, souvent, que 10% de leurs gains ! Les personnes prostituées proviennent principalement des pays autrefois socialistes, de la Russie, des pays d’Asie, d’Amérique Latine, soit les pays en transition vers la liberté capitaliste ou en transition vers la mondialisation des échanges commerciaux. Aux intéressés, je conseillerais de développer leur aptitude pour les langues car vous en aurez besoin lors de votre prochain achat sexuel. Il est sûr que les filles inscrivent le montant requis dans le creux de la main, mais si l’échange non sexuel se poursuit au-delà et que, par souci moral ou autre crétinisme, vous désirez savoir si vous avez affaire à une mineure, ce sera pratique. C’est tellement difficile de faire la différence entre une jeune fille de 13 ou 15 ans et une femme, vous ne pouvez pas savoir ! Des prostitueurs à Québec ont avoué en être totalement incapables !

En Moldavie, ce sont des régions entières qui se sont vidées de leurs jeunes filles et de leurs jeunes femmes démunies. Mais la pauvreté n’est pas l’unique pré-requis à l’asservissement sexuel, le miroitement d’une vie meilleure, pour certaines la tentation de mettre sa liberté sexuelle à l’essai, semblent aussi des incitatifs. Plus encore, les traumatismes, le plus souvent sexuels, subis dans l’enfance seraient des facteurs primordiaux entraînant les victimes dans un processus irrémédiable d’autodestruction, dont la prostitution. Peut-on encore dire que les personnes prostituées ont choisi librement cette occupation ?

La pornographie

Le monde de la pornographie, ce supposé must à notre libération sexuelle, possède un vocabulaire très riche. Il a connu, lui aussi, une escalade. Bien sûr, tout bêtement vous pensiez que les grenades ne servaient qu’à intimider l’ennemi, à faire de belles explosions et de la boucane. Sachez qu’elles révèlent un côté érotique plutôt inattendu car on les introduit dans le vagin des femmes. Il n’y a rien de plus excitant, non ? La démence des hommes est sans limites, en doutez-vous encore ? Si Daniel Boucher (un chanteur québécois) cherche encore sa gang de malades, je m’offre à lui donner gratuitement plusieurs indices (8). On voit aussi des vidéos de gang bang (inspiré de la tournante, ces viols collectifs, en France), de double et de triple pénétration (anale et/ou vaginale), de sodomie (des Québécoises rapportent que cette demande est maintenant chose courante chez leur mari) (9), de zoophilie (où on demande, par exemple, à une femme de copuler avec un chien), du bukkake (où une jeune fille déguisée en écolière reçoit en plein visage le sperme de plusieurs mâles pendant plusieurs heures, ces scènes sont filmées, visionnées dans les bars, vendues et transmises sur Internet), d’ondinisme (plaisir obtenu par le contact de l’eau ou de l’urine, pratique populaire chez certains prostitueurs à Québec), du fisting, ou fist fucking (pénétrer un orifice du corps humain tel l’anus ou le vagin par une main, un poing ou même un pied, une bouteille de bière et l’enfoncer le plus loin possible - on parle également d’introduction de couteaux, de lames de rasoirs, de rat vivant) et de scatologie (en rapport aux excréments), rien de moins.

Je m’en décroche la mâchoire ! Du plaisir jusqu’à la fin de vos jours ! Je vous souligne que ces vidéos sont tournées en toute réalité. Même des ex-hardeuses comme Raffaëla Anderson dénoncent les souffrances qu’endurent les stars de la porno ! Mais ces informations sont totalement rayées du discours des partisans de la décriminalisation totale de la prostitution. Et ça vous étonne qu’on affirme que les tortures subies par les Irakiens à la prison d’Abou Ghraïb soient inspirées de films pornographiques ?

Naturellement, la transformation extrême a aussi fait son chemin dans le domaine de la pornographie. Elle passe par les transformations physiques tels les brûlures, les percements, la torture, les lavements, l’augmentation mammaire ou encore la chirurgie plastique génitale. La demande de chirurgie plastique génitale ou « remodelage intime » est maintenant en hausse aux Etats-Unis et a été popularisée par la pornographie. « Alors que des millions de femmes reçoivent des injections de Botox, font refaire leur nez, augmenter leurs seins, remonter leur fessier et aspirer leur surplus de graisse, un nombre croissant de femmes traversent une nouvelle frontière, celle de la chirurgie plastique génitale. Elles font resserrer leurs muscles vaginaux, font ajouter du volume ou raccourcir leurs lèvres vaginales, font subir une lipossuccion à leur zone pubienne et font même restaurer leur hymen, parfois en dépit du scepticisme des médecins quant à la nécessité d’une telle mesure cosmétique » (10). Chéri, j’ai réduit mes lèvres vaginales ! Selon le Dr Gary J. Alter, un plasticien et urologue ayant des bureaux à Beverley Hills, en Californie et à Manatthan, et qui a développé sa propre technique de remodelage labial, « les femmes consomment de la pornographie. Elles sont plus conscientes de leur apparence » (11). Ouf ! Au moins, il n’a pas dit conscientisées. Mais il ajoute que ses clientes sont très heureuses. En fait, le bonheur n’est plus dans le pré, mais dans le « rajeunissement vaginal ». Le vide intérieur nous pousse parfois à faire des choses inimaginables !

L’exutoire des hommes ?

Banale la pornographie ? Toujours une petite note de piquant dans votre vie sexuelle ? Des féministes, comme Collard et Navarro au Québec, ou bien Badinter en France, s’obstinent encore à penser que la pornographie et la prostitution sont une libération pour la femme. D’ailleurs, discutant de l’abolition de la prostitution, Madame Badinter déplore que les hommes ne puissent plus trouver d’exutoire, si cela s’avérait. Les pauvres ! Vous ne saviez pas que les femmes n’étaient pas uniquement les décrotteuses attitrées des toilettes dans plusieurs familles, mais qu’elles sont également les exutoires des pulsions sexuelles incontrôlables et incontournables des hommes ? On n’apporte plus les pantoufles et le journal à son homme, mais sa petite revue porno, son film trois X, son escorte, son petit voyage sexuel. Mais avant de vous prononcer définitivement sur l’innocence de la pornographie, je voulais vous signaler que dans la catégorie déchaînée, excessive, outrageuse et démentielle des films pornographiques, existent les films snuffs où on retrouve la star en train de mourir et ce, réellement ! Et ce n’est sûrement pas de plaisir. Alarmant lorsqu’on sait que les films pornographiques et la pornographie sur Internet sont les sources principales d’éducation sexuelle de plusieurs adolescents.

Je désire également vous informer que le chicken porn ou kiddy porn n’a rien à voir avec des poulets. Il réfère plutôt à la pornographie infantile. Question-quizz dans le style piège : À partir de quel âge pensez-vous qu’on y exploite les enfants ? À partir de 2-3 mois !!! « [En] Italie, une autre enquête sur un réseau pédophile Internet qui abusait, entre autres, de nouveau-nés âgés de 2 à 3 mois, a mis en évidence quelque 1 000 transactions par carte de crédit pour un montant de plus de 48 600 dollars américains » (12).
Cela ne vous soulagera peut-être pas de savoir que des recherches effectuées par des spécialistes du FBI affirment que les meurtriers en série seraient de grands consommateurs de pornographie. On mentionne souvent que les meurtriers ont été victimes de violence dans l’enfance, mais on occulte le fait, plus important encore, qu’ils visionnent beaucoup de pornographie. Tout compte fait, je préfère vous référer directement au volet pédopornographie, page 183 ! Je vous conseille tout de même de vous munir de gravol, on n’est jamais trop prudent-e !

Et les clients ?

La révolution sexuelle, qui est devenue essentiellement marchande, a nourri la dégradante escalade dans le marché prostitutionnel et pornographique. « On a cru que la révolution sexuelle ferait diminuer la prostitution. Au contraire, sa récupération marchande, modelée par le discours médiatique ambiant - pornographie en tête - a renforcé la domination masculine. Et Poulin de citer Månsson : « Il semble qu’un des effets secondaires de cette révolution sexuelle a été de renforcer chez les hommes le sentiment qu’Ils ont droit à un accès illimité au sexe, notamment en monnayant l’accès au sexe et au corps d’autrui » (13). Poulin cite également Delacampagne : « L’expérience prouve que, partout où un « bien » est demandé, il parvient à se faire un chemin, même clandestin, sur le marché. Pour en finir avec la traite, il faudra d’abord supprimer la demande - autrement dit, en finir avec l’esclavage » (14).

Des études commencent tout juste à focaliser sur la responsabilité du client. À quoi ressemble ce client ? Il a autour de 30-39 ans, c’est un urbain, très scolarisé et marié. On parle de 15 à 20% des hommes qui ont payé pour un acte sexuel alors que 5 à 10 % seraient des clients réguliers. Les motivations auraient moins à voir avec la sexualité qu’avec la difficulté à assumer les nouveaux rapports entre les femmes et les hommes, et donc, avec le désir de recouvrer d’anciens rapports de domination. À noter également que la plupart des clients réguliers seraient des dépendants sexuels. Et des pervers à 71%, dont « 19% de masochistes, 14% de fétichistes, 10% de voyeurs ou amateurs de triolisme, 10% de masochistes à tendance homosexuelles, 9% de sadiques, 8% enfin atteints de pornotalie », selon Chaleil (15). Il faudra donc considérer de pénaliser le client. Curieux de penser que des pays légifèrent essentiellement pour satisfaire les désirs des hommes en manque de domination !

Un féminisme plus abolitionniste qu’on le dit

Après avoir brossé un tableau - noir, vous en conviendrez avec moi -, mais exhaustif, rigoureux et qui touche pratiquement tous les aspects des industries du sexe et de ses protagonistes, Richard Poulin souligne son soutien à l’abolitionnisme, qui pénaliserait le client et le proxénète, mais non la personne prostituée. En complément, Élaine Audet dans sa postface du livre, fait une synthèse des différentes positions féministes sur la prostitution et souligne l’importance de la position abolitionniste au sein du mouvement féministe. Parce qu’il faudra prendre position. Rapidement. D’autant plus qu’on n’a entendu qu’un son de cloche partout, ces dernières années, surtout sur la question de la décriminalisation totale de la prostitution. Mais quand on sait que les organisations qui prônent le libéralisme et la décriminalisation totale de la prostitution sont subventionnées, entre autres, par ceux qui ne veulent qu’augmenter leur domination ou leurs profits monétaires, on est à même de mieux juger.

La postface d’Élaine Audet mentionne les positions des nombreuses femmes telles Yolande Geadah, Marie-Victoire Louis, Claudine Legardinier, Florence Montreynaud, Annie Mignard, Stéphanie Pryen, Stéphanie Cordellier, Pascale Camirand, Cécilia Hoffman, Micheline Carrier, Élaine Audet elle-même, et plusieurs autres. Si vous voulez actualiser votre perception du discours féministe versus le discours marchand ou libéral individualiste, ce livre et sa postface vous y aideront. Comme le dit si bien Élaine Audet : « J’espère que ce livre […] suscitera la révolte et le désir d’engagement dans cette lutte où se joue présentement le destin des femmes, comme jamais auparavant. La lutte contre la marchandisation du vivant, et plus particulièrement des femmes, par les biotechnologies et le système prostitutionnel, doit devenir une priorité pour le mouvement féministe. Il pourrait y retrouver son radicalisme et son enthousiasme des années chaudes, en se recentrant sur la lutte contre le patriarcat dont la prostitution révèle l’essence même » (16). Ce livre, je l’espère, permettra en outre aux altermondialistes de tenir compte des effets néfastes, sur les femmes et les enfants, du néo-libéralisme, du capitalisme sauvage, de la mondialisation des échanges commerciaux, ainsi que du libéralisme sexuel trompeur, qui s’exprime particulièrement par la prostitution, la pornographie et la traite des femmes et des enfants, des industries qui font vivre grassement le crime organisé et restaure la domination masculine ravageuse dans les rapports humains.

Notes

1. POULIN, Richard (2004), La mondialisation des industries du sexe, Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, Ottawa, Interligne, page 66.
2. POULIN, Richard, op. cit., page 66.
3. POULIN, Richard, op. cit., page 212.
4. CARRIER, Micheline, Prendre le parti de l’humanité, préface de La Mondialisation des industries du sexe, Ottawa, Interligne, page 23.
5. POULIN, Richard, op. cit., page 157.
6. Fondation Mira.
7. POULIN, Richard, op. cit., page 107.
8. Référence à la chanson « La Désise » de Daniel Boucher, chanteur québécois.
9. « La pornographie n’est pas sans conséquences ».
10. « Remodelages intimes, chirurgie plastique génitale » par Mireya Navarro du New York Times, publié dans Le Soleil, le mardi le 14 décembre 2004, page B 1.
11. Le Soleil, op. cit.
12. POULIN, Richard, op. cit., page 187.
13. POULIN, Richard, op. cit., page 222.
14. POULIN, Richard, op. cit., page 293.
15. POULIN, Richard, op. cit., page 335.
16. AUDET, Elaine, Perspectives féministes sur la prostitution, en postface de La mondialisation des industries du sexe, page 367.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 16 février 2005

Johanne St-Amour


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