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En ces 24 heures de solidarité féministe
Le message des femmes de la République de Guinée

22 octobre 2005

En cette journée des 24 h de solidarité féministe, les femmes de la
République de Guinée - située en Afrique de l’Ouest - vous témoignent de
leur sympathie et leur solidarité.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons reçu et relayé la courtepointe,
créée par et pour les femmes du monde entier pour défendre les valeurs d’égalité, de liberté, de justice, de paix et de solidarité, proposées par la Charte mondiale des femmes. La créativité, l’espoir et la beauté de l’ouvre est à l’image du magnifique travail accomplie par nos soeurs de tous les pays.

De 12h à 13h, heure GMT, nous serons réunies à l’Hôtel Camayenne de Conakry
pour débattre des revendications des femmes et pour présenter la charte au
gouvernement guinéen. Aussi, nous vous invitons à lire plus bas, la
Complainte de la femme guinéenne.

En toute solidarité
Les Femmes de Guinée

SVP faire suivre le message à vos contacts !
Pour nous contacter : courriel

La complainte de la femme guinéenne

La complainte de la femme guinéenne

La hausse du prix du carburant intervenue ces derniers mois en Guinée à
hauteur de 150%, a entraîné une flambée du prix de tous les autres produits
et denrées de première nécessité. De sorte que les conditions de vie déjà
précaires des populations sont devenues aujourd’hui insoutenables.

Et ce sont les couches les plus vulnérables de la société, à savoir les
femmes et leurs alliés naturels que sont leurs enfants qui en sont les
premières victimes. Après une analyse objective du contexte national actuel,
la CONAG-DCF constate que :

- le pays manque cruellement de devises pour importer les biens de
consommation d’équipement ;
- la monnaie nationale se déprécie de jour en jour ;
- les prix des denrées et produits de première nécessité flambent
démesurément ;
- le pouvoir d’achat du salarié baisse drastiquement accentuant la
paupérisation ;
- la gabegie, les détournements et la corruption continuent ;
- les ressources nationales continues d’être mal gérées ;
- le revenu national est mal redistribué.

Les répercussions de cette situation économique sur les conditions de vie
des populations sont incalculables.

La situation sociale qui prévaut actuellement en Guinée est la résultante
directe de cette situation économique. Le constat est tout simplement
désolant, voire pitoyable et même difficile à décrire :

- des chefs de ménage qui sont dans l’incapacité de subvenir aux besoins
vitaux de leurs familles à commencer par celui aussi primaire et essentiel
que la nourriture ;
- des familles qui restent des jours entier sans poser la marmite sur le
feu ;
- des enfants qui souffrent de faim et de malnutrition ;
- des enfants, particulièrement des jeunes filles en âge d’être
scolarisées, qui ne vont pas à l’école et qui sillonnent les rues de nos
villes portant un plateau de fruits ou d’arachides sur la tête ;
- 70% des femmes qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter ;
- des fonctionnaires et autres travailleurs mal payés ;
- des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vivant à Conakry qui
longent quotidiennement les rails par manque de frais de transport pour
emprunter un moyen de transport public ;
- l’absence de fourniture régulière d’électricité avec des délestages
fréquents qui causent des dégâts matériels et humains importants (incendie
de maisons avec destruction du matériel électrique et mort d’hommes suite à
des brûlures provoquées par la variation de la tension électrique) sans
compter le frein au développement national ;
- le manque d’eau à la pompe (malgré la forte pluviométrie enregistrée
chaque année dans notre pays) qui nous oblige, nous les femmes des grandes
villes et de la capitale Conakry, à porter et à transporter sur nos têtes et
parfois sur de grandes distances, l’eau nécessaire à nos travaux ménagers.
Que dire alors des femmes qui vivent en zones rurales ?
- les agents des sociétés d’électricité et d’eau qui malgré les
désagréments qu’ils causent aux populations, usent du trafic d’influence
pour torpiller les bons payeurs au lieu de les encourager ;

Cette triste réalité ne laisse aucun patriote indifférent encore moins nous
les femmes de Guinée qui ne devons pas rester les bras croisés en nous
apitoyant sur notre sort.

C’est nous les femmes qui

- faisons les petits métiers de couture, de teinture, de coiffure et
autres pour subvenir aux besoins de la famille en lieu et place de nos maris
qui sont sans revenus parce que déflatés.
- trimons à longueur de journée pour venir en aide à nos maris
fonctionnaires dont les maigres salaires n’arrivent plus à couvrir les
besoins les plus élémentaires de la famille.
- continuons à entretenir nos enfants diplômés sans emploi au moment où
ils étaient censés se suffire à eux-mêmes et même nous venir en aide.
- nous levons les premières et nous couchons les dernières, ployant sous
le poids des travaux domestiques pendant au moins 18 heures sur les 24 de la
journée.
- veillons jusqu’à des heures tardives de la nuit en cette période
d’insécurité pour surveiller la venue de l’eau au goutte à goutte à la
pompe.
- donnons la vie en perdant la nôtre.
- souffrons dans notre cour et dans notre sein de la folie meurtrière
des hommes dans leur lutte effrénée pour le pouvoir.

Nos maris sont devenus de véritables mendiants dépourvus de toute dignité
humaine et nos enfants des laissés pour compte. Les femmes sont quasi
absentes aux postes décisionnels, de gestion de projets et programmes de
développement dans notre pays. C’est pourquoi, la CONAG-DCF profite de la
fête nationale des femmes de Guinée pour rappeler au président Lansana Conté
l’engagement qu’il a pris vis-à-vis des femmes et des jeunes lors de son
investiture.

« Dans ce septennat il faut donc que toutes les politiques et tous les
programmes que nous allons concevoir intègrent, plus que par le passé, la
nécessité de donner aux femmes un accès équitable à toutes les opportunités
qu’offrent les programmes de développement que nous allons mettre en ouvre.
Si les femmes et les jeunes deviennent des véritables partenaires dans la
conduite des affaires du pays, nous aurons la garantie de réaliser avec plus
de succès nos programmes prioritaires. »

Nous osons croire que cet engagement du chef de l’État sera tenu car il y a
un adage qui dit que : « La promesse est une dette ». Pour ce faire, nous
demandons humblement aux épouses du président de se joindre à toutes les
femmes de Guinée mobilisées derrière leur CONAG-DCF pour lancer un appel
pressant au Général Président et à son gouvernement de redonner aux femmes
et à leurs familles leur dignité par le respect de leurs engagements.

Monsieur le Président de la République, le Général Lansana Conté, Père de la
Nation

- au nom de la femme de Guinée, votre mère qui vous a donné la vie,
- au nom de la femme de Guinée, votre épouse et votre compagne de vie,
- au nom de la femme de Guinée, votre soeur à vie
- au nom de la femme de Guinée, votre fille à qui vous donnez la vie,
- au nom donc de toutes ces femmes, et pour l’amour que vous portez à
chacune et à toutes,

Nous vous demandons de faire preuve de patriotisme en sauvant une fois de
plus la Nation à travers une justice sociale équitable afin de permettre à
tous les guinéens de se nourrir, et d’accéder au minimum vital.

Pour y parvenir les femmes recommandent vivement au Gouvernement,

- d’user de tous les moyens possibles pour respecter les principes de la
bonne gouvernance qui n’ont aucun coût financier et qui ne dépend que de la
volonté politique et patriotique pour renouer au plus vite avec les
Institutions Internationales et avec l’Union Européenne ;
- de raffermir la monnaie nationale en procédant au contrôle du taux de
change des devises ;
- d’accorder aux femmes, plus de places, et de meilleures places, aux
différents postes de prise de décisions politiques et administratives ;
- de faciliter la tâche aux commerçants en évitant surtout de se
substituer à eux ;
- de poursuivre les efforts entrepris dans la scolarisation des enfants
et l’alphabétisation des populations en vue d’éradiquer l’analphabétisme
dans notre pays ;
- de procéder au relèvement substantiel des salaires des fonctionnaires
afin de leur assurer ainsi qu’à leurs familles une vie plus décente et une
existence plus digne ;
- d’aider effectivement et efficacement le Peuple de Guinée à sortir
rapidement et définitivement de cette crise économique et surtout
alimentaire dans laquelle vivent en ce moment les populations guinéennes ;
- de créer de meilleures conditions de vie aux populations en détaxant
le carburant dont l’augmentation à une répercussion directe sur les denrées
de premières nécessités au profit de l’alcool et du tabac. Ce qui, du coup,
diminuerait systématiquement le prix du transport, les denrées et autres
produits de première nécessité sur toute l’étendue du territoire national ;

À tous les citoyens et à toutes les citoyennes de Guinée ;

- de sauvegarder à tous prix la paix, cette denrée si chère et qui est
la mieux partagée par tous les guinéens au sein d’une sous région en proie à
des rebellions armées et à des guerres fratricides.

Le développement et le bien-être tant souhaités et ambitionnés par les
populations laborieuses et paisibles de Guinée sont à ce prix.

Vivent les Femmes pour que vivent les Hommes
Vivent les Femmes pour que vive l’humanité !!!

Requête

Les femmes de Guinée demandent l’adoption sans condition du projet du code
civil révisé, gage certain de l’amélioration du statut juridique de la femme
guinéenne.

Pour nous contacter : courriel.

Transmis par le réseau féministe Netfemmes.
S’abonner à l’une ou l’autre des listes de Netfemmes.
Consulter les archives publiques de ces listes.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 17 octobre 2005.




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