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Équité salariale - Entre un idéologue obtus et un opportuniste, les droits des femmes sont menacés à Ottawa

14 mars 2009

par Micheline Carrier

Avant Stephen Harper, jamais un premier ministre canadien ne s’est montré à ce point hostile aux mesures susceptibles de rétablir un certain équilibre entre les sexes dans la société. C’est à se demander si cet homme ne nourrit pas de l’aversion, à tout le moins un profond malaise, à l’idée même d’égalité des sexes et envers les femmes elles-mêmes. C’est cet homme, chef du pays, qui a refusé d’être interviewé par une femme journaliste à Radio-Canada, demandant à l’être par Daniel Lessard et non Céline Galipeau, la cheffe d’antenne au Téléjournal, ce que Radio-Canada a heureusement refusé. Selon l’analyste politique Chantal Hébert, M. Harper penserait que les femmes ne l’aiment pas beaucoup et se montrent plus critiques de ses politiques que ne le sont les hommes. Y aurait-il des motifs ?

Comment comprendre que le premier ministre Stephen Harper s’acharne, depuis son premier mandat au gouvernement en janvier 2006, à détruire systématiquement le fruit des luttes des femmes pour l’égalité, en menant au Parlement d’Ottawa une véritable guerre idéologique ? Stephen Harper ne rate pas une occasion de barrer la route aux femmes, modifiant les lois et les politiques à sa guise pour atteindre ses fins. À quelques reprises, l’ONU a blâmé le Canada pour la situation d’inégalité des femmes, notamment en ce qui a trait à la violence et à la pauvreté, mais ces blâmes ont laissé le premier ministre indifférent.

Après avoir aboli le financement des garderies, refusé de mettre en oeuvre les recommandations du Groupe de travail sur l’équité salariale, modifié les critères du programme de Promotion de la femme de manière à exclure des subventions la recherche féministe, les activités de défense et de promotion des droits des femmes ; après avoir aboli le financement du Programme de contestation judiciaire qui finançait, notamment, des causes types contre des lois ou politiques fédérales qui portent atteinte aux droits constitutionnels à l’égalité des femmes, garantis par l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés (ici) ; après avoir tenté et presque réussi à criminaliser l’avortement (projet de loi C-484, le gouvernement Harper veut maintenant rendre inapplicable l’équité salariale dans la Fonction publique fédérale, dont les tribunaux ont pourtant reconnu la légitimité et la légalité après des décennies de luttes. Le premier ministre se sert du budget pour mettre en oeuvre son idéologie sexiste (voir plus bas). Ajoutons que les femmes risquent d’être frappées davantage par la crise économique résultant de la situation financière des institutions bancaires et des entreprises qui ont mal mal administré : elles sont majoritaires parmi les personnes qui paient des cotisations d’assurance emploi, mais aussi parmi celles ne retirent pas de prestations si elles perdent leurs emplois. Le gouvernement Parper, qui allonge des milliards aux entreprises en difficulté, a refusé d’assouplir les conditions de l’assurance emploi pour aider les chômeurs et les chômeuses.

Michaël Ignatieff, l’opportuniste

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont protesté contre le projet du premier ministre, mais le chef de l’opposition officielle, le libéral Michaël Ignatieff, appuie le gouvernement sans même lui poser de condition, ce qu’il serait pourtant bien placé pour faire. Le chef libéral a beau prétendre que la crise financière l’oblige à la souplesse et à la responsabilité, en réalité, il agit par opportunisme et pour le culte de sa propre personne. Le sens des responsabilités, le chef libéral le servirait mieux en empêchant le gouvernement Harper de détruire les droits des femmes, des jeunes et des travailleurs. Les intérêts électoraux personnels à moyen et à long termes de Michaël Ignatieff passent avant ses principes, s’il en a, et avant la défense des droits de la personne. Le chef libéral ne veut pas compromettre ses chances de diriger un éventuel gouvernement majoritaire. Alors, les droits des femmes, des travailleurs et des jeunes ne pèsent pas lourd dans sa balance.

On se souvient que les trois partis d’opposition avaient réagi avec virulence, à la fin de l’été dernier, contre la tentative du gouvernement Harper de supprimer les subventions de l’État aux partis politiques. Ils ont formé une coalition qui menaçait de remplacer le gouvernement conservateur minoritaire. Stephen Harper s’est sorti de l’impasse en déclenchant des élections. Aujourd’hui, le parti libéral ne déploie pas la même énergie pour défendre les droits des femmes, et en particulier leur droit à l’équité salariale, qu’il a déployée pour défendre son propre financement. Il faut espérer que des députés conservateurs ne présentent pas un autre projet de loi privé pour criminaliser l’avortement, car les libéraux l’appuieraient sans doute. C’est grâce à l’appui de plusieurs députés libéraux que le projet de loi C-484 avait été adopté en deuxième lecture en 2008. Il aurait été sans doute adopté en troisième lecture s’il n’était pas mort au feuilleton lors du déclenchement de l’élection.

Appel aux sénatrices et aux sénateurs

Puisque les femmes ne peuvent se fier ni au parti libéral ni au parti conservateur, et que les deux autres partis d’opposition ne peuvent à eux seuls empêcher Stephen Harper d’agir à sa guise, il leur reste à se tourner vers le Sénat pour lui demander d’amender le projet de loi C-10 afin d’empêcher le gouvernement de retirer aux femmes de la Fonction publique le droit à des recours judiciaires en matière d’équité salariale. Les libéraux majoritaires au Sénat aligneront peut-être leur position sur celle de leur parti à la Chambre des Communes. Mais il faut tout de même essayer de les convaincre. La réponse ou le silence des sénatrices et des sénateurs sera instructive pour tout le monde.

- Imprimez le texte ci-dessous, signez-le et envoyez-le par télécopie aux sénateurs et aux sénatrices de votre région respective. Vous pouvez aussi le leur envoyer en le copiant dans un courriel. Dans tous les cas, indiquez votre nom complet et votre adresse postale. Voici la liste des sénatrices et sénateurs par province.

- Nous faisons appel aux hommes solidaires et de bonne volonté pour soutenir les femmes dans cette lutte pour l’égalité, en expédiant eux aussi cette lettre aux sénatrices et aux sénateurs de leur région.

  • Lire : La fin de l’équité salariale pour les femmes dans la Fonction publique fédérale.

    DERNIÈRES NOUVELLES/13 mars 2009 : le Sénat a adopté rapidement le budget conservateur.


    Appel aux membres du Sénat canadien pour le maintien de l’équité salariale dans la Fonction publique du Canada


    Madame la sénatrice ou Monsieur le sénateur,

    Empêchez que le projet de loi sur le budget élimine l’équité salariale.

    Si le projet de loi C-10 est adopté, il va permettre au gouvernement Conservateur de retirer les plaintes d’équité salariale du mandat de la Commission canadienne des droits de la personne.

    ". . . la Commission canadienne des droits de la personne n’a pas compétence pour entendre des plaintes en matière d’équité salariale dans la fonction publique." (Extrait du projet de loi C-10)

    Ce projet de loi force les femmes à déposer seules leurs plaintes en matière d’équité salariale - sans le moindre soutien de leur syndicat, et imposerait une amende de 50 000$ à tout syndicat qui les aiderait.

    L’agent négociateur se voit strictement interdire tout comportement pouvant encourager ou aider celle-ci et encourt une amende de 50 000 $ s’il le fait. (Extrait du projet de loi C-10)

    Le projet de loi permet aux travailleuses du secteur privé de continuer à déposer des plaintes et à se défendre en tirant parti de la Commission canadienne des droits de la personne, tandis que les travailleuses du secteur public seront maintenant privées de cette possibilité.

    Je vous demande de voter, à titre de sénatrice ou de sénateur du Québec (ou de l’Ontario ou autre province), pour le retrait de la Loi sur l’équité dans la rémunération du secteur public des dispositions du projet de loi C-10. L’équité salariale est un droit de la personne et les droits de la personne ne sont pas négociables !

    Nom : ________________________
    Signature : ____________________
    Adresse postale:________________

    Vous trouverez les numéros de télécopieur et adresses électriques des sénatrices et des sénateurs par région en cliquant sur leur nom.

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 11 mars 2009

  • Micheline Carrier


    Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=3243 -