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Affaire Polanski - Ne laissons pas banaliser le viol d’enfants

12 novembre 2009

par Ernestine Ronai, militante féministe, et Henriette Zoughebi, conseillère régionale d’Île-de-France

L’affaire Polanski ne révèle-t-elle pas des préjugés sur l’agression sexuelle ?

Féministes, militantes de l’éducation et de la culture, c’est avec consternation que nous entendons des artistes et des responsables politiques s’indigner de l’arrestation de Roman Polanski qui, durant trente-deux ans, a fui la justice des États-Unis. Ceux-là semblent faire bien peu de cas de l’adolescente de treize ans à laquelle le présumé violeur de quarante-trois ans n’a jamais permis de confrontation devant la justice, étape importante à la réparation d’un viol, à laquelle il n’a même jamais présenté d’excuses publiques pour son acte et ses conséquences.

« Arrestation épouvantable pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », s’indigne le ministre de la Culture, relayé par le ministre des Affaires étrangères, ancien champion des causes humanitaires. D’autres, à l’instar de Jack Lang, demandent la « liberté pour ce grand créateur ».

L’œuvre de l’artiste, son talent, sa notoriété ne peuvent être invoqués ici quand c’est la responsabilité de l’homme, ses actes qui sont en cause. Les mêmes oublient qu’il y a une victime. Des voix du monde entier ne comprennent pas la position de ces représentants officiels de la France. Ce que révèle de manière fulgurante cette tragédie, c’est la grande tolérance sociale dans notre pays à l’encontre des agresseurs sexuels, qui banalise en faits divers les agressions sur des mineur(e)s, et ce jusqu’au sommet de l’État et dans les milieux les plus policés de notre société.

Comme le demande le collectif Élu(e)s contre les violences faites aux femmes : « À quoi bon alors toutes les campagnes gouvernementales pour inciter les femmes victimes de violences à porter plainte ? À quoi bon tenter de responsabiliser les individus en leur expliquant que les violences faites aux femmes concernent toute la société ? Qu’il revient à chacun et à chacune de ne pas fermer les yeux sur des violences dont ils pourraient être témoins ? Que ne pas signaler des agressions sexuelles sur enfant relève de la non-assistance à personne en danger ? » (1)

Tous les préjugés sur le viol ressurgissent à l’occasion de cette affaire : elle aurait été consentante, il s’agirait d’une simple relation sexuelle, elle l’a un peu cherché… Pourtant, comment invoquer honnêtement un quelconque consentement dès lors qu’il s’agit d’un adulte à l’encontre d’une enfant de treize ans sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, posant comme modèle pour lui ? Alors que la France s’apprête à célébrer les vingt ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, nous constatons qu’il reste encore beaucoup à faire pour convaincre et changer les mentalités et les lois afin de protéger réellement les mineur(e)s contre toutes les violences, notamment les violences et l’exploitation sexuelles (article 19 de la Convention).

On sait combien les violences subies pendant l’enfance peuvent marquer les victimes, plus encore si rien n’est fait pour établir la vérité. Il est essentiel, pour elles, que le crime de viol soit clairement énoncé et les coupables désignés. La justice est un bon moyen de le faire au nom de la société. Les victimes trouvent parfois le courage et le soutien nécessaires pour porter plainte des années après l’agression. Mais les règles de la prescription en France, justifiées par le « pardon social », ont déjà empêché de nombreuses victimes de le faire. Voilà pourquoi nous demandons avec le Collectif féministe contre le viol que la loi française inscrive l’imprescriptibilité du crime de viol. (2)

Prendre sérieusement en compte les affaires de viols et d’agressions sexuelles est le meilleur moyen de prévenir ces violences et de les enrayer. Car une société qui aime et protège ses enfants ne peut en aucune façon banaliser le viol des mineur(e)s.

Notes

1. Voir ici.
2. Pour signer la pétition contre l’imprescriptibilité du viol lancée par le Collectif féministe contre le viol.

  • Article paru d’abord dans l’Humanité du 3 octobre 2009.

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 24 octobre 2009

    Ernestine Ronai, militante féministe, et Henriette Zoughebi, conseillère régionale d’Île-de-France


    Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=3431 -