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Nous ne sommes pas des salopes
Le mouvement des femmes n’est pas monochromatique

9 octobre 2011

par l’Association of Filipinas, Feminists Fighting Imperialism, Re-feudalization and Marginalization (AF3IRM)

Nous ne sommes pas des salopes. Nous sommes des femmes qui luttons à plusieurs niveaux et qui tentons de mettre fin à la vision envahissante des femmes comme objets et marchandises destinées au profit et au divertissement.



Dès le premier appel lancé à l’organisation d’une SlutWalk (marche des salopes) aux États-Unis, le membership d’AF3IRM – des femmes d’identité transnationale qui sont im/migrantes ou dont les familles sont im/migrantes originaires d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique – ont analysé et discuté ce mouvement naissant de confrontation du problème de la violence sexuelle et de la victimisation continue des victimes de viol par la police, le système de justice et d’autres agents de l’autorité.

C’est bien à cause de la puissance de l’appel lancé par SlutWalk contre la victimisation des femmes que nous avons fait long feu depuis des mois, travaillant à déterminer notre position et à analyser pourquoi, tout en applaudissons l’effort des organisatrices de SlutWalks, nous demeurons mal à l’aise de répondre à un tel appel.

Nous sommes conscientes d’être celles qui formons la majorité des victimes du trafic sexuel dans ce pays, qui formons la majorité des femmes vendues dans le système de vente d’épouses par correspondance, qui sommes les produits de consommation offerts dans les bordels entourant les bases militaires américaines dans et hors de ce pays, qui sommes les marchandises offertes à la violence sexuelle dans la prostitution. Nous qui sommes et historiquement avons été les "salopes", grâce auxquelles les trafiquants, les proxénètes et d’autres « autorités » du commerce du sexe des entreprises mondiales réalisent 20 milliards de dollars en recettes par année, ne pouvons pas, avec une conscience claire, accepter ce terme en référence à nous-mêmes et à notre lutte contre la violence sexuelle et pour la libération des femmes.

Nous estimons donc qu’il est de notre responsabilité de répondre aux organisatrices et aux participantes de la SlutWalk et de leur rappeler que la lutte des femmes ne peut et ne doit pas être monochromatique.

Nos préoccupations

Nous appelons le comité d’orientation de SlutWalk à réévaluer son utilisation du langage et à réexaminer comment cette utilisation est, en un sens, offensante pour notre histoire, comment elle est oublieuse des enjeux de sensibilité et de compétence historique et culturelle. La paresse idéologique ne fait que repousser les femmes d’identité transnationale, les femmes de couleur, à plus grande distance du discours féministe traditionnel actuel. Elle nous empêche d’établir un large front qui puisse créer une dynamique puissante et durable du mouvement des femmes. Les avancées et reflux successifs du mouvement des femmes aux États-Unis font un procès suffisamment clair de pareille négligence des particularités historiques de la condition des femmes d’identité transnationale et des femmes de couleur.

Nos histoires transnationales collectives sont composées de 500 ans de colonisation. Comme femmes et descendantes de femmes d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, nous ne pouvons pas vraiment « nous réapproprier » le mot « salope ». Il n’a jamais été nôtre au départ. Ce label en est un que nous ont imposé les colonisateurs, qui ont transformé nos femmes en marchandises et produits de divertissement des soldats américains qui occupent nos pays pour la grande entreprise nord-américaine. Il existe de nombreuses variantes de l’étiquette « salope » : en Amérique centrale, c’étaient les « petites machines brunes à baiser » (PMBB) ; dans des endroits d’Asie comme les Philippines, c’étaient les « petites machines brunes à baiser alimentées au riz » (PMBBAR). Ces désignations persistent à ce jour, et ce serait faire un déshonneur grave à nos cousines, qui continuent de lutter contre l’impérialisme, la mondialisation et l’occupation dans les pays de nos familles d’origine, que d’accepter une étiquette provenant d’un policier blanc de la ville de Toronto, au Canada.

Il existe deux mots péjoratifs omniprésents utilisés pour désigner les femmes dans le monde, et un d’entre eux est « salope » ou « slut » – puta (en espagnol, en tagalog), sharmoota (en arabe), Jendeh (en persan), Ahbeh (en libanais) – en est un. Cette étiquette a été intégrée à nos langues et cultures, et nous a suivies à travers les océans dans nos propres communautés, ici aux États-Unis. Elle a suivi la propagation empoisonnée du féodalisme et du capitalisme dans les économies et, finalement, les cultures des pays du Sud, bâtissant ses propres systèmes de pouvoir et d’exploitation du corps des femmes. Elle nous a suivies dans la migration et nous hante encore dans nos communautés, ici aux États-Unis. Les femmes sont traitées et discréditées comme « salopes », « putas », etc., aussi bien à cause de la société américaine structurellement raciste et sexiste, que des cultures transplantées provenant des pays d’origine de nos familles.

Nous vous invitons, organisatrices de SlutWalks, à étudier le nombre de fois où des im/migrantes de couleur ont été contraintes à des rapports sexuels par des fonctionnaires de l’immigration, par des patrouilles frontalières, par des geôliers. Cela devrait sûrement suffire à souligner pourquoi l’idée même de nous joindre à une SlutWalk pèse comme un rocher massif sur nos poitrines, évinçant notre souffle, nous tuant effectivement.

Nous vous invitons, organisatrices de SlutWalks, à parcourir le catalogue de femmes offertes aux hommes par les agences de mariage par correspondance. Cela devrait sûrement suffire à souligner pourquoi nous joindre à une SlutWalk équivaudrait à accepter une identité conférée à notre être par cette société sexiste et exploitatrice de la violence.

Nous vous invitons, organisatrices de SlutWalks, à défiler dans les bordels et à constater comment nos femmes sont vraiment traitées comme des « salopes » - à savoir, une chair aveugle avec des orifices dont on peut tirer profit. Cela devrait sûrement suffire à souligner pourquoi chaque fibre de notre esprit et de notre être crie de protestation face à ce mot.

AF3IRM rejette cette étiquette ; AFIIRM refuse cette identité ; AF3IRM la considère comme une abomination. Elle a été utilisée pour exacerber l’exploitation de classe, la discrimination de race et de genre. AF3IRM préfère travailler à l’éradiquer du vocabulaire commun, ainsi que d’autres mots de cinq lettres ou quatre lettres qui sont péjoratifs à l’humanité de la classe des femmes. Plus encore, AF3IRM travaille à éradiquer les conditions matérielles sociales qui ont rendu ces mots possibles et acceptables.

Nous ne sommes pas des salopes. Nous sommes des femmes qui luttons à plusieurs niveaux et qui tentons de mettre fin à la vision envahissante des femmes comme objets et marchandises destinées au profit et au divertissement.

AF3IRM espère que ce texte servira de base à un dialogue avec les organisatrices de SlutWalks, car pour atteindre la société égalitaire auquel nous aspirons toutes, nous avons besoin, aurons besoin et avons toujours eu besoin d’un mouvement de femmes de toutes les couleurs.

Merci et nous attendons votre réponse.

Pour communiquer avec AF3IRM, s’il vous plaît n’hésitez pas à contacter ses dirigeantes de diverses régions.

  • Niveau national - Jollene Levid, présidente nationale d’AF3IRM
  • New York / New Jersey - Leilani Montes, coordonnatrice
  • Boston - Emelyn De La Pena, coordonnatrice
  • San Francisco /Bay Area - Katrina Socco, Lauren Funiestas, co-coordonnatrices
  • Los Angeles - Angela Bartolomé, coordonnatrice
  • Irvine - Mona Lisa Navarro, coordonnatrice
  • Riverside - Gayle Palma, coordonnatrice
  • San Diego – Olive Panes, coordonnatrice

    Version originale en anglais.

    Traduction : Martin Dufresne

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 7 octobre 2011

  • l’Association of Filipinas, Feminists Fighting Imperialism, Re-feudalization and Marginalization (AF3IRM)


    Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=4003 -