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Halte à la discrimination et à la violence contre les femmes en Égypte

11 décembre 2014

par Benoit Priem, Amnesty International Belgique Francophone

Le nouveau président égyptien s’est engagé à mettre un terme à la violence contre les femmes. Comment se fait-il alors que les autorités harcèlent les défenseures des droits humains qui protestent contre la répression ?

Aujourd’hui, en Égypte, les femmes sont confrontées à une vague de violence et de discrimination. Selon les résultats d’enquêtes menées par l’ONU Femmes et le ministère de la Santé, plus de 99% des femmes ont déclaré avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel et 47% d’une forme quelconque de violence domestique.

Des lois discriminatoires contraignent les femmes mariées à obéir à leurs maris en échange du fait qu’ils subviennent à leurs besoins, et les piègent dans des mariages violents car il leur est extrêmement difficile d’obtenir le divorce sans renoncer à leur pension alimentaire et à leur dot.

La violence contre les femmes n’est pas prise au sérieux par les forces de sécurité ni par le système judiciaire. Une ancienne victime de violence domestique interrogée par Amnesty International a déclaré : « Les policiers s’en fichent, pour eux ce n’est pas un problème si un mari bat sa femme. »

Les femmes sont aussi mises à l’écart de la vie publique. Seules une poignée d’entre elles siègent au gouvernement et dans des institutions comme l’appareil judiciaire et les forces de sécurité.

Selon les statistiques officielles, seulement 11% des postes à responsabilités au sein du gouvernement sont occupés par des femmes, et rares sont les femmes ministres ou vice-ministres. Il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de femmes travaillant dans les forces de sécurité, mais on estime à 42 le nombre de femmes juges sur un total d’environ 12 000.

À ce jour, la réponse des autorités à la violence envers les femmes n’a été que parcellaire. En juin 2014, le président sortant a adopté un nouveau décret contre le harcèlement sexuel.

Cependant, Amnesty International déplore que la définition du harcèlement sexuel dans la législation se limite aux actes commis dans l’intention de « recevoir une gratification sexuelle de la part de la victime » (articles 306 bis A et B du Code pénal amendé).

Les hommes bafouent couramment la loi, et l’on a vu des foules attaquer et agresser sexuellement des manifestantes autour de la célèbre place Tahrir, au Caire, même lors de la prise de fonction du nouveau président Abdel Fattah al Sisi. Ces agressions se poursuivent depuis des années sans que les forces de sécurité ne fassent rien.

Le président Abdel Fattah al Sisi a promis que son gouvernement éradiquerait la violence contre les femmes. Les médias d’État ont annoncé que les autorités mettraient plus de policiers dans les rues, veilleraient à ce que les hôpitaux publics soignent les victimes de violences sexuelles et s’attaqueraient à la violence contre les femmes dans le milieu scolaire. Cependant, dans les mois qui ont suivi la prise de fonction du nouveau président, on a très peu réentendu parler de ces projets.

Au contraire, les autorités répriment toute critique et mettent en prison les femmes qui manifestent pacifiquement. C’est le cas notamment de femmes comme Yara Sallam, défenseure des droits humains, et de Sanaa Ahmed Sif, militante, arrêtées lors d’un coup de filet après une manifestation pacifique, ainsi que de l’avocate Maheinour El Massry, libérée fin septembre après avoir passé quatre mois en prison pour avoir participé à une manifestation.

L’Égypte ne peut pas d’un côté promettre de faire cesser la violence contre les femmes et de l’autre enfermer les défenseures des droits des femmes pour le seul fait qu’elles ont exprimé pacifiquement leurs opinions.

Nous avons besoin de votre aide pour appeler le président à libérer ces héroïnes égyptiennes et à mettre un terme une bonne fois pour toutes à la violence et à la discrimination.

- Agissons !

Source URL : Amnesty International Belgique Francophone, le 21 November 2014.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 29 novembre 2014

Benoit Priem, Amnesty International Belgique Francophone


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