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Prostitution - Pas si glam le Grand Prix

8 juin 2016

par Tina Karr, auteure, conférencière et formatrice

Le Grand Prix attire des milliers de touristes venus faire la fête dans ce Montréal débordant d’énergie et prêt à leur dérouler le tapis rouge. Pendant trois jours et trois nuits, les limousines arpenteront dans les rues, le champagne coulera à flots, les restaurants et les clubs afficheront complet et les commerçants souriront en entendant sonner leurs tiroirs-caisses.

« Tout le monde a bien pris soin de rappeler l’importance économique du Grand Prix du Canada. Ses retombées économiques annuelles ont été évaluées entre 70 et 90 millions. Il contribuerait, entre autres, à la création ou au maintien de près de 1400 emplois à temps plein dans l’industrie touristique en attirant des visiteurs du Québec, du reste du Canada, de plus loin encore », soulignait Éric Desrosiers dans son article « Plus de 150 millions des gouvernements pour garder le Grand Prix les 10 prochaines années », Le Devoir, 8 juin 2014.

Ces chiffres sauraient convaincre n’importe quelle ville de la pertinence d’accueillir un tel événement alors que ces résultats ne prennent même pas en compte les millions de dollars de revenus provenant des activités liées à la prostitution. Belle aubaine pour Montréal !

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de constater l’inaction des politiciens et politiciennes face à l’explosion de la demande de services sexuels émanant des clients consommateurs pendant le weekend du Grand Prix. Et comme à chaque évènement touristique d’envergure destiné à une clientèle masculine, de leur côté, les proxénètes avisés profiteront de cette tolérance crapuleuse des autorités et s’organiseront pour trouver et fournir le « matériel » nécessaire afin de combler à peu près à tous les désirs des touristes.

Montréal peut ainsi se vanter de figurer au palmarès des paradis du tourisme sexuel.

Pour l’argent oui, mais…

La banalisation de la prostitution et de la pornographie combinée à l’attrait du fric rapidement gagné séduisent bien des jeunes qui cherchent à profiter aussi des retombées économiques du Grand Prix. « Gagner 10 $ de l’heure dans une boutique de fringues ou empocher 100 $ pour une petite vite...finalement... »

La tentation est forte surtout lorsqu’on sait que certaines escortes vedettes peuvent encaisser quelques dizaines de milliers de dollars pendant l’événement. C’est ce discours racoleur qu’utilisent les proxénètes rapaces et manipulateurs lorsqu’ils recrutent les gamines, souvent mineures, dans les cours d’école, les centres de jeunesses ou par le biais des petites annonces sur Craig’s List.

Or, le phénomène est beaucoup plus pervers qu’il n’en parait. Car, au-delà de l’argent « facile », il y a tout le côté « glamour » qui ensorcelle les candidates.

Lorsqu’elles répondent à une annonce ou qu’elles suivent un de ces proxénètes véreux, les nouvelles recrues se font tout un cinéma et rêvent de rencontrer de beaux hommes riches qui les amèneront dans les soirées les plus chics et les plus exclusives du Grand Prix. On se croirait dans une scène du film « Pretty woman », cependant, tout ce faste et tout ce glam demeurera un privilège réservé uniquement à une poignée de filles.

Qu’en est-il des autres, des moins flamboyantes, des plus vulnérables, celles qu’on exhibe en enfilade à moitié nues devant des mâles en quête d’une passe à moins de 20$ ? Ou des étrangères importées (lire trafiquées) pour l’occasion et coincées au fond des salons de massage miteux enchainant 14 ou 16 clients par jour ? Leurs mères les avaient sans doute mis en garde contre les étrangers, mais voilà que ce week-end, elles vont s’agenouiller devant de parfaits inconnus pour satisfaire leurs besoins, leurs fantasmes et leurs travers sexuels.

Par choix ou contraintes, les femmes qui se livreront à la prostitution ce weekend se mettront sérieusement à risques, supporteront des conditions de travail parfois ignobles où très souvent, humiliation, intimidation et violence feront partie de l’expérience.

Pas si glam que ça être escorte au Grand Prix finalement.
Dans ces conditions, l’enveloppe que ces femmes recevront après services rendus ne contiendra jamais suffisamment de liasses de billets pour effacer le dégout, les remords ou les blessures du corps, du cœur et de l’âme inévitablement laissés par les touristes en rut et sans scrupule. Car pour chaque escorte heureuse de son sort, maitre de son agenda, de sa clientèle et de son argent, combien d’autres moins chanceuses seront prises en otage et pleureront leur misère entre deux clients repus et indifférents ?

Quand je pense à ces hommes qui décrocheront le téléphone ce week-end pour commander une femme, "comme on commande une pizza", je me demande quelle tête ils feraient, si, en ouvrant la porte de leur chambre d’hôtel, ils tombaient face à face avec leur fille ou leur petite fille.

- L’auteure a publié cet article dans son blogue le 5 juin 2015. Mis à jour le 6 juin 2016. Nous la remercions.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 8 juin 2016

Tina Karr, auteure, conférencière et formatrice

P.S.

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