source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=5574 -



Le printemps intérieur

25 avril 2020

par Élaine Audet


Ce matin le chant d’une nuée d’oiseaux
la ramène sur le versant de la beauté
là où les ailes soulèvent des montagnes
de peur sur les lèvres en quarantaine

Elle écoute la voix de sa jeunesse
chanter sa France et le goût du bonheur
au-delà du malheur le printemps
et l’eau sous les ponts neufs de l’amour

Seul le printemps peut encore pénétrer
dans la maison vide sans blesser le silence
et la perfection de la mémoire sur les murs
la patience du rêve à travers la tempête

Nous nous souviendrons toi et moi
une a une tous et chacun du moment
où un mur de fer d’effroi nous a unis
en une seule et même vie en péril

Le moindre de tes gestes hier encore anodin
devient impérissable dans sa mémoire
comme ces roses séchées dont les mots
préservent à jamais le parfum d’une main

Le printemps intérieur nous appartient
il a le bleu de ces soleils nocturnes
réapparus dans les interstices de l’âme
avec le mal indomptable de l’infini

Aujourd’hui la neige a recouvert le printemps
d’un silence immobile de fin du monde
plus un oiseau la musique suspendue
à l’épreuve du seul paysage vital possible

L’amour vit en nous au plus près de la mort
avec sa peur de perdre l’irremplaçable
la parfaite adéquation de tous les sens
il nous apprend à respirer d’entre les murs

Il suffit d’un peu de soleil
d’un instant suspendu d’abandon
d’une pensée prise de bleu
d’accueillir l’espace nomade en soi

Il y le miracle éclair de la synchronie
les mots qui prennent de vitesse le vent
l’émotion le poème miroir symphonique
passage secret de l’univers en nous

Il y a des jours où le bleu du ciel
lui rappelle l’arrêt du temps le feu
ce moment précis où tu te lèves
où frémit la peau promise du rêve

Elle a fait le choix du poème
du silence de nuit surgi de la forêt
à l’aube des yeux et des mots
le parcours des pierres jusqu’à toi

Oublie les barreaux la neige d’avril
tu as des yeux pour voir
le goût du rêve au corps
la voix de l’eau le parfum des mots

Immobile entière tout le bleu l’envahit
elle devient pure vibration de l’air
un instrument a deux cordes une âme
un souffle d’ailes déjà sur ta nuque

Mis en ligne sur Sisyphe, le 24 avril 2020

Élaine Audet


Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=5574 -