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vendredi 26 mars 2004


Genre et lutte contre le VIH/SIDA
Le 8 mars 2004 des femmes du Cameroun

par Billé Siké, sociologue






Écrits d'Élaine Audet



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    8 MARS, Journée Internationale de la femme,
    Journée de bilan,
    Journée de revendications
    Journée de recommandations

Les Camourenaises célèbrent la Journée internationale des femmes
Cette journée a été célébrée au Cameroun pour la première fois en 1984 par les féministes et, ensuite, en 1985, par le Gouvernement. L’histoire ne retient que la date de celui qui détient le pouvoir, c’est-à-dire l’Etat.

Le thème retenu pour le 8 mars 2004 était :
Genre et lutte contre le VIH/SIDA.

Pendant plus d’un mois, les femmes ont tenu des réunions préparatoires. Pendant toute une semaine, elles ont organisé des manifestations dans tout le Département du Diamaré telles : une journée gastronomique, une soirée culturelle, un match de football, un défilé de mode, un atelier de réflexion sur le thème de la journée, un défilé, une soirée dansante, des causeries éducatives, des journées porte ouverte ; toutes ces manifestions se sont déroulées à Maroua et dans d’autres villes du Département.

Les femmes du Département du Diamaré, Province de l’Extrême-Nord du Cameroun, ont fait entendre leurs voix dans la ville de Maroua devant les autorités administratives, religieuses et traditionnelles au moyen des résolutions suivantes :

- considérant le taux élevé d’analphabétisme féminin,
- considérant le caractère tabou des sujets liés à la sexualité,
- considérant les relations inégales de pouvoir entre l’homme et la femme,
- considérant le statut social de la femme qui place celle-ci en position d’infériorité par rapport à l’homme,
- considérant la situation juridique peu favorable à la femme (ignorance des lois, lois inadaptées et non appliquées),
- considérant le poids de la tradition,,
- considérant l’insuffisance de dialogue dans la famille,,
- considérant la mauvaise interprétation de la religion,
- considérant la pratique des mariages précoces et forcés,,
- considérant le comportement léthargique de la femme,
- considérant la vulnérabilité de la femme due à sa constitution biologique et à sa situation économique,
- considérant le bilan de plus en plus alarmant des victimes de la pandémie et dont la majorité est constituée des femmes,,

Reconnaissant les efforts des pouvoirs publics dans la lutte contre le VIH/SIDA notamment :
- la création du Comité National de Lutte contre le VIH/SIDA,
- la création des Groupes Techniques Provinciaux de Lutte contre le VIH/SIDA et ses démembrements,
- l’adoption d’un plan stratégique national de Lutte contre le VIH/SIDA et des stratégies sectorielles de Lutte contre le VIH/SIDA, particulièrement le secteur femmes,
- la formation du personnel sanitaire pour le pré et post counselling de dépistage du VIH/SIDA,
- la révision à la baisse des coûts anti-retroviraux,
- la subvention des préservatifs,
- les préoccupations relatives au genre dans les stratégie de lutte contre le VIH/SIDA notamment la mise à disposition du préservatif féminin, la prévention de la transmission mère/enfant, la prise en charge gratuite des femmes enceintes séropositives,

Reconnaissant la grande implication des autorités hommes/femmes, des ONG nationales et internationales dans la lutte contre le VHI/SIDA,

Les femmes du Département du Diamaré, Province de l’Extrême-Nord du Cameroun, à Maroua recommandent :
- l’intensification de la vulgarisation des messages sur le VIH/SIDA dans les églises, les mosquées et autres milieux socio-professionnels,
- la poursuite des formations dans les centres de santé, centres de promotion de la femme, centres sociaux, en vue du renforcement des connaissances et pratiques des hommes et des femmes en matière du port du Condom,
- la poursuite de la promotion du dialogue entre l’homme, la femme et les enfants dans la famille,
- l’adoption et l’application effective d’une législation fortement répressive en matière de mariages précoces et/ou forcés,
- la révision à la hausse de l’âge minimum légal de mariage de la fille de 15 à 18 ans,
- l’institution de dépistage gratuit et obligatoire avant le mariage,
- l’intensification de la sensibilisation pour l’adoption d’un comportement engagé et responsable par les partenaires vis-à-vis du VIH/SIDA,
- la diffusion intense des informations et messages sur le VIH/SIDA en diverses langues locales au travers des médias ainsi que la production des supports dynamiques,
- la multiplication des ateliers et séminaires de sensibilisation sur le VIH/SIDA en faveur des leaders d’opinions, traditionnels et religieux,
- la poursuite de la vulgarisation des droits et devoirs de la femme,
- la poursuite de la sensibilisation des communautés pour la non stigmatisation des personnes vivantes avec le virus du Sida,
- l’amélioration du niveau d’accès des femmes pour l’exercice des activités génératrices de revenus à l’effet de réduire sa dépendance économique, source de sa vulnérabilité,
- la prise en charge intégrale par les pouvoirs publics des orphelins du Sida notamment en ce qui concerne leur scolarité et leurs soins,
- l’extension des centres de prévention et de dépistage du VIH/SIDA à tous les centres de santé, centres de promotion de la femme et centres sociaux,
- la gratuité pure et simple de la prise en charge psychosociale et médicale des personnes vivantes avec le virus du Sida.
Fait à Maroua le 05 mars 2004

Les femmes ont dénoncé les pratiques discriminatoires à l’égard de la femme et de la fille. Elles ont demandé la révision de l’âge légal du mariage de 15 à 18 ans. La situation actuelle de l’âge du mariage à 15 ans pour la fille encourage la pratique des mariages précoces et forcés.

Les mariages précoces et forcés favorisent l’augmentation du taux de prévalence du sida puisque, à l’arrivée de la fille dans le mariage, l’époux a déjà contacté plus de 3 mariages.

Il faut louer ici le courage des femmes du Département du Diamaré pour la dénonciation en public de ces pratiques.

La province de l’Extrême-Nord du Cameroun est une région influencée par la confusion entre la religion musulmane et la tradition peule.

Elles ont célébré la Journée internationale des femmes

Elles sont venues, elles étaient là, elles ont manifesté avec les autres femmes. Elles ont dénoncé la pratique des mariages précoces et forcés, viol.

Pour la première fois de leur vie, elles ont participé aux manifestations de la Journée Internationale de la Femme. Elles s’appellent Maïmouna, Aminatou, Aîssatou, Fanta. Elles sont analphabètes ; elles ont connu des mariages précoces et forcés , des viols ; elles sont des filles mères. Elles sont encadrées et suivies au Centre Vie de Femmes. Elles se sont regroupées autour d’une association : Association pour la Promotion de l’Autonomie et des Droits de la fille (APAD).

Elles ont pris part à toutes les réunions préparatoires organisées par la délégation du Ministère de la Condition Féminine ; elles ont participé aux débats ; elles s’exprimaient en foufouldé. Elles ont fait des propositions de slogans.

Leur mot d’ordre : " POUR UNE REELLE EGALITE ENTRE GARCONS ET FILLES DANS LA LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA, LUTTONS CONTRE LES MARIAGES PRECOCES ET FORCES, VIOL "

Leurs revendications ont été prises en compte dans les résolutions des femmes du Département du Diamaré.

Elles ont assisté à la causerie éducative tenue au Centre Vie de Femmes le vendredi, 5 mars (photo1) sur les mécanismes d’obtention d’une carte nationale d’identité.

Elles ont présenté une pièce de théâtre à la soirée culturelle le vendredi, 5 mars. Pièce dans la quelle elle dénonçait les mariages précoces et forcés.

Les idées principales de la pièce de théâtre :

- dénonciation du système :

L’ami du père de la fille vient demander la main de la victime âgée de 12 ans. Son père accepte ce mariage sans consulter la mère de la fille. Cette dernière se trouve dans l’obligation d’abandonner ces études et d’aller en mariage pour l’honneur de la famille, la dignité du père parce qu’elle ne doit pas faire un enfant hors mariage. Mais, elle avait entendu parler du SIDA à l’école et du préservatif qui permet de se protéger contre cette maladie.
- notion de pouvoir dans les rapports du couple : arrivée dans le village du mari, elle s’est mise à jouer avec les autres enfants pendant trois semaines. Pour elle, elle était venue passer quelques jours chez l’ami de son père qui avait déjà trois femmes à la maison. Un soir, ce dernier l’appelle dans sa chambre, la viole, elle crie papa, papa, maman, préservatif ; personne ne vient à son secours.
- Quelques mois après, elle tombe malade. Le bourreau la ramène chez ses parents croyant qu’elle était enceinte. Ces derniers se dirigent à l’hôpital avec elle. Après plusieurs examens, on se rend compte qu’elle a le VIRUS du SIDA et qu’elle était déjà malade. Elle meurt quelque temps après.

Elles ont défilé.

LES FILLES MÈRES SE SONT MOBILISÉES LE 8 MARS POUR DÉNONCER LA PRATIQUE DES MARIAGES PRÉCOCES ET FORCÉS,VIOL.

LES FEMMES DU DÉPARTEMENT DU DIAMARÉ ONT DEMANDÉ L’ADOPTION ET L’APPLICATION EFFECTIVE D’UNE LÉGISLATION FORTEMENT RÉPRESSIVE EN MATIERE DE MARIAGES PRÉCOCES ET/OU FORCÉS.

L’ASSOCIATION DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES SOLLICITE LA MOBILISATION DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE POUR LUTTER CONTRE LES MARIAGES PRÉCOCES ET FORCÉS, VIOL.

Mis en ligne sur Sisyphe, 23 mars 2004


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Billé Siké, sociologue


Billé Siké est sociologue en hydraulique villageoise au Cameroun et co-fondatrice de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femme/Filles (ALVF). Fonctionnaire, elle est affectée dans le Nord du Cameroun et c’est dans ce cadre qu’elle a pu créer l’antenne de l’ALVF dans cette localité. Elle est co-fondatrice du Comité Inter-Africain antenne du Cameroun. C’est grâce aux recherches de ce groupe que les camerounais/ses savent que les mutilations génitales féminines (MGF) sont pratiquées dans leur pays.



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