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jeudi 14 octobre 2004


Selon le chercheur Roch Chouinard
La mixité scolaire n’a pas d’effet sur la motivation

par Daniel Baril, anthropologue et militant laïque






Écrits d'Élaine Audet



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La mixité scolaire est régulièrement remise en question depuis quelques années, notamment quand on cherche des solutions pour contrer le décrochage chez les garçons. Certains avancent également que les filles gagneraient à fréquenter des classes non mixtes puisque celles-ci seraient moins perturbées par l’agitation des garçons.
Dans les deux cas, il s’agirait d’une idée surfaite. Lorsqu’un effet lié à la non-mixité est observé, il est si faible qu’il ne met pas en cause la mixité scolaire, soutient Roch Chouinard, professeur au Département de psychopédagogie et d’andragogie.

Le professeur a effectué l’une des seules études longitudinales jamais menées sur le sujet au Québec en prenant comme élément d’observation la motivation des filles. Un groupe de 220 filles inscrites dans des écoles publiques - mixtes pour les unes et non mixtes pour les autres - a été suivi pendant les trois premières années du secondaire. Deux fois par année, le chercheur a pris des mesures de leur confiance en elles et de leur intérêt à l’égard du français et des mathématiques.

Des profils identiques

« L’approche longitudinale est importante puisque les filles provenaient d’écoles primaires mixtes ; si la non-mixité a un effet, il faut sans doute un certain temps avant qu’il se fasse sentir », précise Roch Chouinard. Cette approche permet également d’observer si la situation change selon les âges. Le fait de retenir deux disciplines a aussi son importance. « L’effet de genre est différent sur l’apprentissage du français et sur celui des mathématiques ; les filles manifestent plus d’intérêt pour le français et ont moins confiance en elles en mathématiques. Nos mesures permettaient donc de tenir compte de cet effet et de comparer la motivation dans deux disciplines. »

Les mesures prises en début et en fin d’année montrent que la confiance en soi diminue de façon linéaire et constante entre la première et la troisième année du secondaire. Quant à l’intérêt pour la matière, il diminue aussi avec les années, mais la courbe est en dents de scie, l’intérêt étant plus fort en début qu’en fin d’année.

Ces profils sont les mêmes pour les deux matières, le français et les mathématiques. Mais le plus important, c’est qu’ils sont identiques peu importe le type d’école, mixte ou non mixte. « La mixité n’a pas d’effet sur la motivation, en conclut Roch Chouinard. Les filles des écoles non mixtes ne sont ni plus ni moins motivées en français et en mathématiques et elles n’ont ni plus ni moins confiance en elles que les filles des écoles mixtes. »

Selon la littérature, la non-mixité pourrait toutefois avoir un faible effet positif sur les filles en mathématiques, mais uniquement lorsque ce sont des femmes qui les enseignent. Dans ce cas, les filles ne sont pas soumises à la compétition plus dure que se livrent les garçons. Ceci n’a pas été observé dans l’étude de Roch Chouinard, probablement parce qu’à l’école publique, même non mixte, ce sont surtout des hommes qui enseignent les sciences.

Une idée simpliste

Mais qu’en est-il des garçons ? L’ensemble des études montre que la non-mixité a encore moins d’effet sur eux, affirme le chercheur. À son avis, l’idée de concevoir des écoles « pour les gars » est une idée simpliste. « Ce ne sont pas tous les garçons qui aiment le hockey ou les jeux de guerre, souligne-t-il. De tels projets ne sont pas fondés sur les goûts des enfants mais sur les stéréotypes. Les prétendus problèmes de motivation des garçons ne sont pas nouveaux. Ceux-ci ont toujours été moins intéressés par l’école et plus agités. La non-mixité ne règlerait pas ce problème. »

Le professeur est également critique à l’égard des expériences de classes non mixtes dans des écoles mixtes. « On oublie que les classes d’élèves en difficulté sont presque uniquement des classes de garçons », rappelle-t-il. Même si certaines expériences de non-mixité ont été évaluées avec satisfaction par les milieux concernés, Roch Chouinard estime qu’il est difficile de déterminer qu’elle est, dans l’ensemble des facteurs en cause, la variable déterminante. « La réussite du projet peut être due à la motivation de l’enseignant ou aux ressources qu’on a accordées au projet. »

Même si les deux contextes scolaires sont en définitive équivalents, le professeur n’en cache pas moins sa préférence pour la mixité. « Il n’y a pas d’avantage pédagogique à la mixité, mais on peut lui trouver un avantage économique. On ne pourrait pas assurer l’accès à l’instruction pour tous s’il fallait des classes ou des écoles non mixtes, affirme-t-il. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a fait le choix de la mixité. S’il avait fallu construire des polyvalentes pour filles et d’autres pour garçons, ça nous aurait coûté le double. »

Il n’y a donc pas lieu, à son avis, de remettre la mixité scolaire en question. Plutôt que d’investir de l’énergie et des ressources de ce côté, Roch Chouinard estime qu’il serait plus profitable d’accorder au système scolaire un financement plus équitable et d’offrir les services nécessaires aux écoles des milieux défavorisés.

Merci à Daniel Baril pour l’autorisation de diffuser sur Sisyphe cet article paru dans le journal Forum, le 7 septembre 2004.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 3 octobre 2004.


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Daniel Baril, anthropologue et militant laïque



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