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vendredi 15 octobre 2004 Mexique : Femmes perdues dans l’arrière-cour de Satan
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Pourquoi personne n’arrive-t-il (ou ne veut-il arriver) à arrêter le massacre des femmes et jeunes filles qui continue depuis dix ans dans les villes des maquiladoras* à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis ?
Si c’était un roman noir, tous les éditeurs l’auraient refusé parce que trop répétitif et féroce. Malheureusement, à Ciudad Juarez (Etat de Chihuahua, frontière mexicaine avec El Paso au Texas), les disparitions mystérieuses de jeunes femmes sont une réalité quotidienne qui dure depuis plus de dix ans. Et les chiffres n’en finissent pas d’augmenter. Depuis 1993, environ 400 cadavres de femmes, en majorité jeunes, voire adolescentes, de petite taille et aux cheveux lisses, étudiantes ou ouvrières de nuit dans les usines, ont été retrouvés dans des décharges et dans les zones désertes. Beaucoup d’entre elles avaient été violées, torturées et mutilées. Tuées à coups de couteau ou étranglées. Cette pathologie sociale inquiétante, pour laquelle la presse mexicaine a créé le terme de féminicide, est la pointe de l’iceberg d’une véritable guerre d’extermination et de terreur : à Ciudad Juarez, au cours des onze dernières années, et selon des chiffres officiels, on a déclaré 4 587 femmes disparues, disparues dans le vide. Plus d’une par jour. Dans moins d’un cas sur dix, elles ont été retrouvées, recouvertes par le sable du désert, victimes sacrificielles du sadisme machiste. Malgré les dénonciations continues des organisations féministes et de Bien qu’appartenant à des partis différents, l’ex-gouverneur de l’État de C’est la grande manifestation du 14 février, sur la frontière, à laquelle Ville frontière Maquis humain d’un million et demi d’habitants, pôle de maquiladoras au milieu du désert, frontière blindée entre le premier et le tiers monde, Sur cette terrible réalité de Ciudad Juarez et son triste record, on trouve Pour les familles des victimes et des jeunes disparues, la seconde étape Dans un document d’enseignantes et de chercheuses du Colegio de Mexico, on avance quelques hypothèses sur les mobiles du féminicide. "On parle d’une chaîne internationale qui réalise des vidéos porno de violence et d’homicides pour les revendre à l’étranger ; on évoque aussi la possibilité de serial killings motivés par le sadisme et la haine raciale. Une autre hypothèse est le trafic d’organes. Les mobiles peuvent être Ni una mas ! Sans les vrais responsables derrière les barreaux - et surtout avec des L’écrivain Carlos Monsivais a proposé de changer le terme. "Féminicide est un terme descriptif ; par contre commencer à les classer dans les ’crimes de haine’ nous oblige à faire une réflexion sérieuse sur le machisme dans son ignominie physique et sur les enquêtes des crimes". Pour donner la mesure de l’intérêt des institutions pour le problème, Pendant ce temps, dans l’état de Chihuahua, on vend des porte-clé avec des breloques en plastique imitant un mamelon de femme. Les maris coléreux menacent leur femme en leur disant maintenant : "Si tu me fais chier, je te jette dans le désert !" Ces six derniers mois on a retrouvé neuf autres cadavres de femmes. Il y a quelques jours seulement, quatre filles à la sortie d’une discothèque ont été embarquées de force dans une camionnette par plusieurs hommes. On n’a plus rien su d’elles. A Ciudad Juarez, où fleurissent les bordels pour gringos et où on découvre périodiquement de nouvelles narcofosses, les cimetières clandestins des narcotrafiquants, la police se borne à regarder. Et les assassins marchent librement, protégés par l’impunité et la corruption. * Les maquiladoras sont des usines de montage, pour la plupart propriétés étatsuniennes, qui ont proliféré à partir des années 60 en raison du faible coût de la main d’oeuvre mexicaine. (N.d.T.). Source : Il Manifesto, Italie, 2 juillet 2004. – Merci au Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine (Rial) pour le droit de reproduire et diffuser ce texte sur Sisyphe. Mis en ligne sur Sisyphe le 4 octobre 2004. |