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jeudi 2 décembre 2004


Commémoration de la tuerie de Polytechnique
Une violence socialement construite, mais individuellement choisie

par Manon Monastesse, intervenante sociale






Écrits d'Élaine Audet



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La Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, rappelle amèrement la tuerie de l’école Polytechnique de l’Université de Montréal survenue le 6 décembre 1989. Cette journée-là, quatorze jeunes femmes étudiant dans un domaine « masculin », tombaient sous les coups de feu d’un jeune homme « frustré » de n’avoir pas été admis puisque selon lui, les « filles » volaient les places aux garçons…

Ce jeune homme, témoin et victime dans son enfance de violence conjugale et familiale, avait intégré un discours dénigrant et stéréotypé face à la condition et au statut des femmes dans la société. Voici un triste exemple de la transmission intergénérationnelle de la violence faite aux femmes qui illustre fort bien l’assertion voulant que la violence est socialement construite mais individuellement choisie.
Statistique Canada (2004), dans sa plus récente étude « La violence familiale au Canada : un profil statistique », note que les femmes représentent encore 85% des victimes dans les situations de violence conjugale avec une forte représentation de celles âgées de 25 et 34 ans. 62% des victimes ont été agressées par leur conjoint.

Les services policiers connaissaient les antécédents de violence conjugale dans une proportion de 70% des homicides sur des ex-conjointes. Quant aux enfants âgés de moins de 18 ans, malgré le fait qu’ils ne représentent que 23% de la population canadienne, ils correspondent cependant à 61% des victimes d’agression sexuelle et 20% de toutes les victimes de voies de fait, une forte représentation de 79% des victimes d’agression sexuelle étant de sexe féminin. Les chiffres transmis par le Collectif masculin contre le sexisme (2004) démontrent une réalité encore plus concrète : depuis le 6 décembre 1989 au Québec, 595 femmes et 172 enfants sont morts de façon violente des mains d’un agresseur masculin, dont 37 femmes et enfants au cours de la dernière année. Tableau peu réjouissant….

Des gains fragiles

Pourtant depuis vingt ans, dans la foulée du mouvement d’émancipation des femmes amorcé dans les années 60, nombre de mesures socio-politiques et structurelles ont été mises en place afin de reconnaître ce phénomène de violences faites aux femmes comme une problématique sociale et de le contrer. On n’a qu’à penser à la mise sur pied du réseau des maisons d’hébergement pour femmes violentées, des centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et d’agressions à caractère sexuel dont les CALACS, de l’instauration de la politique québécoise en matière de violence conjugale, des orientations en matière d’agressions à caractère sexuel, etc…

Par ailleurs, ces gains demeurent fragiles ; nombre d’organismes communautaires ne fournissent pas à la demande et leur financement est souvent inadéquat. À titre d’exemple, la situation du territoire de Laval où on ne trouve que deux maisons d’hébergement dont le taux d’occupation est de plus de 80%, une seule ressource qui s’occupe des femmes violentées issues des communautés culturelles et leurs enfants (Bouclier d’Athéna), une seule ressource pour les victimes d’agression sexuelle, femmes ET hommes (CPIVAS), un seul Centre des femmes, deux ressources pour les hommes en difficulté.

Du point de vue idéologique, on remet en question l’analyse de la violence en terme de rapports de pouvoir entre hommes et femmes, on occulte progressivement la réalité spécifique de la violence conjugale pour les femmes, ce qui se traduit par la propagation du concept de « symétrie » en violence (le coup de poing de l’homme violent équivalant au coup de poing de la femme qui se défend, donc que les femmes sont aussi violentes que les hommes), on véhicule aussi l’idée que notre société est devenue matriarcale et fait primer les droits des femmes au détriment de ceux des hommes.

Pourtant, sur le plan international, la déclaration concernant l’élimination de la violence contre les femmes a été adoptée par l’Assemblée générale des pays membres de l’O.N.U.(Organisation des Nations-Unies) en décembre 1993, le Canada em ayant été l’un des principaux instigateurs. Cette Déclaration définit clairement la violence contre les femmes comme une manifestation des rapports de domination hommes/femmes historiquement reconnus et structurellement construits, qui ont validé la discrimination à l’égard des femmes au sein des institutions et empêché la promotion de celles-ci dans toutes les sphères de la société (privée, sociale, religieuse, politique, économique etc). Dans cette perspective, les femmes immigrantes, autochtones, handicapées et autres se retrouvent doublement victimisées.

Les masculinistes et la symétrie de la violence féminine et masculine

Nous croyons qu’un des enjeux majeurs est de replacer la problématique des violences contre les femmes dans une perspective d’analyse centrée sur la discrimination et l’inégalité sociale et structurelle des femmes malgré la tangente inverse mise de l’avant par le courant masculiniste, qui est de rendre la violence « gender neutral » (neutre en termes d’analyse) et d’occulter l’incidence du contexte social, pour la réduire à un phénomène où les personnes sont « victimes » d’un disfonctionnement de l’interaction familiale uniquement. Cette perspective spécifique permet de garder en tête que cette problématique demeure la responsabilité de la collectivité et, par conséquent, que sa solution est aussi collective et non individuelle.

En positionnant les violences contre les femmes comme une violation des droits humains, les instances politiques n’auront d’autre choix que d’intervenir en précisant la spécificité de cette problématique, ce qui aura un impact à la fois sur l’analyse, les structures mises en place pour la contrer et les modalités d’intervention autant envers les femmes qu’envers les hommes ? Dans cette perspective, la campagne « Halte à la violence faite aux femmes » menée par Amnistie internationale et la FFQ qui propose un programme gouvernemental de sensibilisation et d’information sur 10 ans est certainement une initiative des plus pertinentes.

Les évènements soulignés par la couverture médiatique (l’affaire Cloutier, le réseau de prostitution juvénile à Québec, les homicides de conjointes et d’enfants, l’instauration éventuelle d’un tribunal islamique en Ontario au nom de la Charte des droits et liberté) nous rappellent que les violences contre les femmes et les enfants perdurent dans notre société qui démontre, d’une part, une volonté d’établir des rapports sociaux de sexes plus égalitaires mais, d’autre part, maintient des idéologies et des structures qui occultent encore la pleine reconnaissance et la résolution de cette problématique qui, ne l’oublions pas, demeure pandémique à l’échelle mondiale.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 décembre 2004.


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Manon Monastesse, intervenante sociale

Intervenante sociale et coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval.



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