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mercredi 9 février 2005


Commission parlementaire sur l’égalité
Une politique d’égalité doit s’appuyer sur des assises théoriques solides
Mémoire de la Chaire d’étude sur la condition des femmes, UL






Écrits d'Élaine Audet



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Résumé du mémoire présenté par Pierrette Bouchard, titulaire de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes - Université Laval

Il faut reconnaître d’entrée de jeu l’excellent travail de documentation accompli par le CSF pour démontrer que l’égalité des femmes avec les hommes n’est toujours pas atteinte, de même que pour cerner certains des nouveaux enjeux qui se dessinent pour les prochaines décennies. Le document témoigne d’un souci de cohésion et de l’intégration de plusieurs des points de vue exprimés par les groupes de femmes. Le travail d’arrimage entre les stratégies, orientations et axes d’intervention mérite en outre d’être souligné, car il renseigne sur le sérieux de la démarche et sur les efforts consentis.

Cependant, nous tenons à exprimer des réserves sur la vision d’ensemble qui inspire la conceptualisation même du document et, donc, sur les approches développées. Les approches transversale et sociétale souffrent, de notre point de vue, d’une même lacune, celle de croire que l’égalité entre les sexes relève de la bonne volonté de gens qui vont, du jour au lendemain, décider de s’en occuper ou de s’assurer qu’elle soit appliquée.

Comme en témoignent les diverses tendances sur l’approche intégrée de l’égalité ou du gender mainstreaming, l’AIÉ comporte des faiblesses théoriques intrinsèques. Cette stratégie consiste entre autres à promouvoir l’égalité de manière transversale par le biais de toutes les politiques étatiques. Les difficultés d’implantation d’une telle approche s’expliqueraient sans doute par le refus d’un l’État de devenir l’interlocuteur privilégié du changement social en général, et de l’égalité des femmes avec les hommes en particulier. Le concept pourrait par ailleurs s’avérer utile si l’idée sous-jacente, mais non dite, était de faire disparaître des structures à vocation d’analyse et d’action en faveur des femmes afin d’en remettre la responsabilité à la bonne volonté de tout le monde (donc de personne).

Une lecture politique du contexte social et économique actuel fait douter de l’efficacité éventuelle de l’approche intégrée de l’égalité. Nous avons vu en effet s’éloigner l’époque où le gouvernement nommait une ministre en titre à la condition féminine et c’est plutôt la voie de la réduction des responsabilités et des structures qui prévaut ces temps-ci. S’ajoutent à cela des intentions manifestes quant à une diminution de la taille de l’État. Dissocier la future politique d’égalité de ses appareils (qui ont fait leur preuve) soulève le doute sur une stratégie qui mise sur le leadership gouvernemental.

L’approche sociétale relève elle aussi de la bonne volonté, celle des hommes en ce cas-ci. Le gender mainstreaming inclut en effet une dimension idéologique. Il focalise sur l’aspect harmonieux des rapports entre les hommes et les femmes plutôt que sur les luttes sociales et politiques pour mettre fin aux inégalités. Le document du Conseil du statut de la femme propose une stratégie du changement des mentalités inspirée des actions particulières. Faire référence à des pratiques individuelles de changement est certes réconfortant, et celles-ci peuvent être encouragées, mais il ne faut cependant pas en déduire qu’une conscience sociale des inégalités sous-tend ces pratiques. Ni s’attendre à ce qu’elles débouchent sur une action collective engagée. Le document introduit malheureusement une dimension de symétrie entre les sexes quand il met sur le même pied des difficultés personnelles vécues par des hommes et des femmes et des inégalités découlant de la discrimination systémique à l’égard des femmes. Comment croire que les hommes qui, comme groupe social, bénéficient du partage inégal des tâches domestiques, par exemple, ou de l’iniquité salariale, vont accepter, juste parce qu’on les y incite, d’engager des changements qui ébranlent en profondeur leur statut dans la société ?

Dans le contexte social actuel, où s’installe un antiféminisme provocateur porté par des groupes qui veulent plus de financement de l’État, nous sommes en désaccord avec une stratégie qui vise à intégrer des hommes dans les structures gouvernementales ou paragouvernementales s’occupant de l’amélioration des conditions de vie des femmes parce que le danger de récupération (symétrisation) est trop grand. L’État doit être sans équivoque quant à ses engagements à l’égard des femmes, le groupe social discriminé sur la base du sexe, et il doit traduire ces engagements dans des orientations et actions conséquentes. Nous croyons, bien sûr, qu’une collaboration avec des groupes d’hommes proféministes et des hommes progressistes doit se poursuivre, et même prendre plus de place dans le mouvement social.

Par ailleurs, une stratégie politique qui mise sur l’utilisation abusive des jeunes femmes, qu’on présente comme plus ouvertes et plus conciliantes que leurs aînées, est décevante à plus d’un titre et crée inutilement de la division. C’est faire le jeu de masculinistes qui n’en demandent pas tant et qui travaillent fort de leur côté pour discréditer des femmes engagées.

Au sein de l’État, le dossier de l’éducation et de la conscientisation aux valeurs d’égalité entre les sexes s’impose comme une priorité, tout comme le maintien des programmes et mesures spécifiques en faveur des femmes. Nous réaffirmons qu’il est primordial de maintenir les deux institutions en matière de condition féminine dont le Québec s’est doté, et ce, d’autant plus qu’elles n’ont pas les mêmes missions. Le Secrétariat à la condition féminine et le Conseil du statut de la femme sont plus que jamais nécessaires pour empêcher des reculs lourd de conséquences pour les femmes du Québec. Un véritable ministère de la Condition féminine, doté de budgets appropriés, s’impose également. Quelque 6000 femmes, hommes, groupes de femmes et groupes communautaires ont d’ailleurs signé des pétitions à cet effet. Celles-ci ont été déposées à l’Assemblée nationale en février dernier.

- Pour télécharger et lire le mémoire complet

PDF - 207.4 ko


Les porte-parole de la Chaire d’étude devant la commission parlementaire

Pierrette Bouchard est docteure en Science politique, titulaire de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes et professeure titulaire au Département des fondements et pratiques de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval depuis 1982. Elle a aussi enseigné à l’élémentaire lors d’une première carrière d’enseignante.

Ses recherches et ses publications récentes portent sur les rapports sociaux de sexe, sur la réussite, l’échec et l’abandon scolaires selon le sexe et selon le milieu social, sur la socialisation et les stéréotypes de sexe et sur la sexualisation des jeunes filles. Pierrette Bouchard est l’auteure, en collaboration, d’ouvrages tels que Dynamiques familiales de la réussite scolaire au secondaire (2003), Les héritières du féminisme (2003), « Miroir, miroir… » La précocité provoquée de l’adolescence et ses effets sur la vulnérabilité des filles (2003), La réussite scolaire comparée selon le sexe : catalyseur des discours masculinistes (2003), Familles, école et milieu populaire (2000), De l’amour de l’école (1997) et de Garçons et filles, stéréotypes et réussite scolaire (1996) ainsi que de plusieurs articles scientifiques.

Micheline Beauregard est adjointe à la titulaire de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes de l’Université depuis 1989. Elle est détentrice d’un doctorat en littérature française, décerné en 1988 par l’Université Laval. Son expérience de travail comporte également plusieurs années dans le domaine de la santé, en tant qu’infirmière enseignante. Elle a fait paraître divers articles dans des revues spécialisées en littérature et codirigé la publication de deux livres dans le champ de la santé.

Christine Piette est professeure titulaire au Département d’histoire de l’Université Laval. Elle est présidente du Comité directeur de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes de l’Université Laval, coprésidente du Comité paritaire sur l’accès à l’égalité en emploi pour les femmes du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université Laval (SPUL), présidente du Comité de la condition féminine du SPUL et elle dirige depuis plusieurs années la revue Recherche féministes. Elle a publié de nombreux ouvrages et articles scientifiques dans son domaine d’expertise. Elle a aussi été membre du Conseil d’administration du CSF.

Brève présentation de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes - Université Laval

La mission de la Chaire d’étude est de promouvoir des travaux dont l’objectif est de transformer les valeurs, les structures et les rapports sociaux qui maintiennent les inégalités entre les hommes et les femmes. La Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes encourage l’interdisciplinarité, valorise l’enseignement sur la condition des femmes et entretient une étroite collaboration avec les groupes de femmes et les organismes du milieu, de manière à leur donner accès aux ressources universitaires. Ces orientations sont des moyens concrets d’influencer la société québécoise de façon positive en répondant à la fois aux demandes grandissantes du milieu social, en appuyant les réseaux de femmes et les acteurs de la société en général pour qui les inégalités entre les sexes sont un enjeu important. La Chaire d’étude a été créée en 1988 dans le cadre du Programme canadien de promotion de la femme par le Secrétariat d’État du Canada. Elle est la seule, parmi les cinq chaires canadiennes, qui soit au Québec et uniquement francophone. La Chaire d’étude Claire-Bonenfant réunit des chercheuses et des chercheurs qui, de concert avec des professionnelles de recherche et le milieu étudiant, font avancer les connaissances par la recherche. Elle est à l’origine d’une série de colloques internationaux sur la recherche féministe francophone dont le prochain se tiendra à Ottawa en 2005.


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