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lundi 29 juillet 2002

Du bonheur à Radio-Canada

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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Il m’arrive de m’éveiller en me demandant si la vie -ma vie en particulier - vaut la peine d’être vécue. C’est une impression diffuse, un sentiment vague qui ne me plaît pas beaucoup.

Puis, les yeux fermés, j’entends ronronner à mon oreille et je sens des moustaches me frôler la joue. C’est mon chat Pesto. Il veut que j’écarte le bras et viendra s’y coucher, après deux ou trois petits tours sur lui-même. À ma droite, un coup de tête me secoue l’épaule et une patte velue, toutes griffes rentrées, se pose délicatement sur mon bras. C’est Minou, mon autre chat, qui me dit : « Je suis là, aussi. » Je recommence le rituel et Minou s’installe à son tour au creux de mon autre bras.

Nous écoutons les étourneaux et les moineaux se disputer dans le grand arbre devant la maison. J’ouvre un œil sur le store qui laisse filtrer un ou deux rayons. Il fera probablement beau aujourd’hui. Je m’étire pour ouvrir l’appareil radio, autre compagnon de mes matins et, ce faisant, je dérange Minou qui soupire. Pas moyen de rester tranquille, semble-t-il dire. On joue du Schubert. Dans quelques instants, Mario Paquet identifiera l’oeuvre et peut-être fera-t-il quelques réflexions poétiques ou philosophiques comme je les aime.

Mais Mario Paquet n’est pas au rendez-vous. Cet automne, les matins ne sont plus tout à fait les mêmes à la chaîne culturelle de Radio-Canada. Je regrette un brin Mario Paquet à cette émission matinale. Richard Garneau a une voix agréable, c’est un grand professionnel et un grand communicateur, mais c’est différent. Il manque à « Salut Garneau » l’atmosphère et le ton. Mario Paquet cause et raconte tandis que Richard Garneau rapporte et présente. Mais bon, donnons à M. Garneau le temps d’imprimer son style à l’émission. La musique a changé de style également. Des musiques qu’on n’entend pas souvent mais qui ne sont pas toutes intéressantes. Une revue de presse à cette émission, est-elle vraiment nécessaire ? Enfin, il en faut pour tous les goûts.

Les gens qui prétendent que la culture est austère ne connaissent certainement pas Carole Trahan et l’équipe de « L’Échappée belle ». Je retrouve avec bonheur cette émission à 9 heures plutôt qu’à 16. Carole Trahan respire la joie de vivre et sait nous la communiquer. J’oublie tout en l’écoutant, je suis là tout simplement. J’aime sa culture, ses réflexions, ses citations, ses obsessions, même ses distractions. Voilà une émission où l’on apprend dans le plaisir. C’est à « L’Échappée belle » que j’ai découvert, il y a quelques années, l’écrivain Christian Bobin, dont je fréquente les livres depuis. À « L’Échappée belle », il y a aussi un je ne sais quoi qui donne l’impression, l’espace de deux heures, que la vie la plus banale est la plus belle aventure. C’est une émission que j’écoute avec carnet de notes et crayon tout près.

Il m’arrive souvent de tomber sous le charme de la voix et des propos de Cynthia Dubois à « L’arbre chante ». Quel titre merveilleux ! Un poème en soi ! Pour l’amour de la voix. Profondeur, passion de la vie, lucidité, goût de la communication, voix chaleureuse. Voilà une autre excellente communicatrice, dont j’apprécie également l’étonnante émission avec les enfants à la fin de la journée.

La trouvaille, cette année, c’est l’émission « Ici, tout est permis » animée par François Dompierre. Ce dernier reçoit chaque jour une personnalité qui discute avec lui de ses goûts et de ses humeurs, entre quelques bons moments de piano. La personne invitée parfois apporte une recette, parfois nous parle de son restaurant et de son vin préférés. Curieux : au cours de la première semaine, les hommes invités disaient tous aimer faire la cuisine. Le président d’Analekta, par exemple, nous a appris que c’est surtout lui qui cuisine et fait le repassage à la maison. Parce qu’il aime le faire. Et il sort les poubelles. Mais ce sont là ses seules taches domestiques, précise-t-il. Bien des femmes s’en trouveraient comblées ! En dépit du titre de l’émission, la réalisatrice ne devrait-elle pas demander à l’animateur de parler un peu moins ?

Agréable surprise ! J’ai retrouvé Mario Paquet au début de l’après-midi à « Concerts sans mesure ». Il y déploie là aussi son talent de causeur pour parler des arts et des artistes. Ainsi, à la première émission de la saison, il a lu un extrait de Proust qui commentait une musique de César Frank, si ma mémoire est bonne. C’est aussi un bonheur de retrouver Françoise Davoine le vendredi. Heureuse initiative également de présenter l’émission culturelle de Johanne Despins à 16 heures au lieu du midi comme l’an dernier. À cette heure-là, pour ma part, je suis plus réceptive à ce genre d’émission et j’apprécie beaucoup que la musique y occupe une bonne place. Un jour, par exemple, j’y ai entendu Christiane Rabie chanter a capella. Un beau moment de radio et, pour moi, une découverte.

Que serait la soirée à la chaîne culturelle de Radio-Canada sans André Vigeant et le jazz, compagnons d’un bon repas, la fine intelligence, l’humour et l’à-propos de Mira Cree, ainsi que l’indispensable concert ?

Je regrette un peu l’absence de Georges Nicholson, du lundi au vendredi. Il m’a beaucoup appris et j’apprécie sa vaste culture. Il promet de m’en apprendre davantage le dimanche soir, car il consacre une partie de son émission à la musique contemporaine, domaine où je suis ignare. Nicholson s’est parfois montré un peu dur envers les personnes qui n’apprécient pas cette musique. Il faut comprendre : l’oreille a besoin de s’y habituer et le cœur de s’y découvrir des affinités. Il faut pour cela du temps et peut-être le talent de Georges Nicholson.

À la première émission, quelques pièces m’ont plu, mais d’autres m’ont fait fuir à toute allure (pardon, Monsieur Georges). Pesto a vivement réagi lui aussi. Il s’est dressé dans son fauteuil, le poil hérissé, et du regard m’a intimé l’ordre de changer de registre. Je promets cependant de faire un effort, sans mon chat. Je commets parfois quelques infidélités à la chaîne culturelle pour une petite incursion du côté de Monique Giroux et « Les refrains d’abord », dont les deux dernières heures sont aussi les premières de Georges Nicholson.

Le week-end à la chaîne culturelle n’est pas en reste. Austères et plates les émissions qui commentent la musique classique, croyez-vous ? Écoutez une bonne fois « Rayon musique », Johanne Laurendeau et ses invitées/invités, et vous changerez d’avis. Je l’avoue, je suis une fan de « Rayon musique », une autre émission que j’écoute le carnet de notes pas très loin. Là aussi, on aime passionnément la musique, et ça s’entend. Je participe parfois aux concours de l’émission qui offrent la chance d’assister à des concerts et de gagner des disques.

Quant à Élisabeth Gagnon, elle me touche parfois à son émission « Les musiques en mémoire », comme ce samedi où elle nous a laissé voir son chagrin de la mort du musicien, Pierre Hébert. La chaîne culturelle, c’est aussi la place de l’émotion. Il est heureux que les animateurs et animatrices ne fassent pas semblant d’être de marbre.

La « Grande fugue » et Gilles Dupuis, dont les réflexions et la voix entre les musiques m’enchantent littéralement, font souvent partie de mes week-end matinaux. Je partage avec Gilles Dupuis l’opinion que « la couleur et la sensualité de la musique de Mozart sont uniques. » Quand je le peux - on a besoin de sortir de temps à autre - j’écoute aussi l’opéra avec Jean Deschamps, ainsi que « Le petit chemin », ce bijou d’émission méconnue. Il m’arrive de tendre l’oreille à l’émission « Bouquinville » animée par Stanley Péant, où la musique est encore présente. Vraiment, je lève mon chapeau à Radio-Canada, pour cette abondance de culture et de plaisir.

Je me suis attardée à la musique à la chaîne culturelle, car c’est pour la musique principalement que j’écoute la radio. Mais Radio-Canada présente également des émissions sur le théatre, la littérature, les courants de pensée du monde, en soirée et les week-end. C’est la radio de la culture.

On peut penser que je passe mes journées à écouter la radio. C’est un peu vrai, ces temps-ci. Je suis plus radio que télévision, même si cette dernière peut me procurer de bons moments à l’occasion. Il y a aussi que la vie m’a mise à la retraite plus tôt que je ne l’aurais voulu et, pour quelque temps, je dois mettre à contribution davantage mon ouïe que ma vue. À cet égard, la chaîne culturelle est une précieuse complice.

La chaîne culturelle de Radio-Canada est un merveilleux instrument de culture et de communication, une généreuse dispensatrice de connaissances et de plaisirs pour le cœur et l’esprit. Cette radio se distingue également par la qualité remarquable de ses animatrices et de ses animateurs. Tant mieux si par surcroît elle adoucit les aspérités de la vie. Je m’étonne que ces évidences soient occultées quand surgit périodiquement la tentation de lui couper les vivres. Ça coûte cher Radio-Canada ? Vraiment ? Je doublerais les budgets de Radio-Canada et je diminuerais les subventions et les prêts aux entreprises privées milliardaires, et même à leurs clients américains. L’argent dont dispose le gouvernement appartient aux contribuables. Je ne doute pas qu’ils et elles en tirent meilleur profit quand cet argent est investi dans des entreprises culturelles publiques plutôt que dans des industries privées dont les surplus ne servent qu’une poignée de personnes. « Hum, hum, me souffle une petite voix féline, près de moi. T’es pas capable d’oublier la politique, hein ? » « Chut, p’tite peste, tu vas me faire perdre le fil de mes pensées. »

Récemment, Carole Trahan citait le Dalaï Lama : « Le but de la vie, disait ce dernier, c’est d’augmenter la chaleur du cœur. » Eh bien, la radio de Radio-Canada y contribue de belle façon.

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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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  • > Du bonheur à Radio-Canada
    (1/2) 30 avril 2003 , par Claude Guay

    rép: Internaute
  • > Du bonheur à Radio-Canada
    (2/2) 16 novembre 2002 , par Ghislain Plamondon





  • > Du bonheur à Radio-Canada
    30 avril 2003 , par Claude Guay   [retour au début des forums]

    Bonjour,

    Je viens de lire votre article du 29 juillet 2002, "Du bonheur à Radio-Canada". Il en a coulé depuis, de l’eau sous les ponts, et si certaines pluies nous ont apporté plus de bonheur encore, d’autres ont eu des conséquences moins heureuses. Je regrette plus particulièrement la disparition du "petit chemin" de Jean Deschamps. Mais qu’est-il advenu à cet animateur chaleureureux, d’un si grand humour et, surtout, d’une si grande finesse d’esprit, à cet esthète d’un autre âge qui était si heureusement, si humblement, si fondamentalement imprégné de culture qu’il n’avait jamais besoin d’en faire étalage ?

    Je ne m’attend pas à que vous répondiez à ma question. J’aimerais seulement que M. Deschamps sache qu’il y a des gens qui regrettent sa disparition des ondes. Si jamais vous avez le moyen de le lui faire savoir, peut-être que ca lui ferait plaisir.

    Merci de toute façon.

    Claude Guay
    Sherbrooke

    > Du bonheur à Radio-Canada
    16 novembre 2002 , par Ghislain Plamondon   [retour au début des forums]

    Bonjour,

    Je viens de tomber par hasard sur ce texte et il me fait tout chaud au coeur de réaliser que des inconnu(e)s partagent ces même bonheurs. Merci de l’avoir écrit.

    Je vais faire lire votre article à ma douce. Elle va mieux comprendre le sentiment qui m’habite.


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