| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






mercredi 16 mars 2005

Qui est le plus violent : le mouvement étudiant ou le gouvernement ?

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Legault et la CAQ - Tout ce caquetage pour si peu
Prostitution = violence - Imitons les féministes françaises
Glissement vers la futilité à Radio-Canada
Souvenirs des Himalayas
Démission de Bernard Landry - Je me souviens...
Espace musique, espace fourre tout à Radio-Canada
La prostitution, c’est du sport !
Branle-bas chez les péquistes... cherchez la femme
Sur le CMAC, les femmes sont "toutes des salopes" et les féministes "des chiennes"
La politique et le désenchantement
Antigone, figure mythique inspirante défiant la loi patriarcale
Les chats de ma vie
Du bonheur à Radio-Canada
Le silence entre les mots
Écrire avec la voix
Terre, expérience ratée ?
Les petits bonheurs du jour
Politique et médias
Terreur aux États-Unis
Encore un bel automne tout doux
Chronique du désenchantement ou pour en finir avec la guerre







Les Carnets de Sisyphe, no 7, le 16 mars 2005
Qui est le plus violent :
le mouvement étudiant ou le gouvernement ?

Je n’aurais pas fait les études collégiales et universitaires que j’ai eu la chance de faire, il y a trente ans, si j’avais eu 18 ou 20 ans en ce début du XXIe siècle. Dernière d’une famille nombreuse au revenu modeste, c’est grâce à des prêts et à des bourses, à mon travail et aux restrictions que je m’imposais que j’ai pu mener à bien ces études. Les frais de scolarité étaient dérisoires en comparaison de ce qu’ils sont aujourd’hui et le coût de la vie était abordable. Quand j’ai commencé à travailler, il ne m’a fallu que quelques années, sans me restreindre, pour rembourser tous les prêts que j’avais contractés auprès du gouvernement du Québec. En outre, j’ai eu la possibilité de retourner à l’université quelques années plus tard suivre des cours dans des domaines autres que celui de ma formation initiale, tout simplement parce que cela m’intéressait.

Comme moi, bien des enfants de parents à revenus modestes ou pauvres ont bénéficié du mouvement de démocratisation de l’éducation qui animait le Québec d’alors. C’était l’époque de tous les espoirs et de tous les rêves.

Au souvenir de ma jeunesse et de ce que je dois à la société québécoise, je ne peux qu’encourager les étudiantes et les étudiants qui protestent contre les restrictions budgétaires importantes dans le domaine de l’éducation et, notamment, contre la conversion de leurs bourses en prêts, ce qui accroîtra sensiblement le fardeau déjà lourd de leur endettement. Je n’ai aucune difficulté à croire que plusieurs compromettent déjà leur avenir soit en abandonnant leurs études, soit en continuant de s’endetter, car cette mesure touche les plus pauvres, les étudiant-es que les parents ne peuvent pas beaucoup aider financièrement. Toute une liste de mes connaissances défilent dans ma tête quand je pense à ces étudiant-es et à leurs parents. Se souvient-on qu’au Québec la majorité de la population active touche le salaire minimum ?

La violence de l’État

L’incompréhension de ceux et de celles qui les traitent « d’enfants gâtés » me paraît profondément injuste et attristante. Il est facile de ne penser qu’aux étudiantes et étudiants qui ont leur voiture personnelle et à qui les parents donnent une carte de crédit à marge illimitée. Moi, je pense aux étudiant-es de Rimouski, de Rivière-du-Loup, de Gaspé, de Chicoutimi, de Sept-Îles ou d’Amos par exemple, qui n’ont pas tous les moyens d’avoir une voiture pour se rendre à leurs cours mais qui n’ont pas le choix puisque ces villes n’ont pas de transport en commun adéquat, quand elles en ont un. Je pense aussi à ces mères étudiantes (et dans une moindre proportion à ces pères étudiants), seules pour élever leur(s) enfant(s), et qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts avant la réforme du programme des prêts et bourses. Ces jeunes sont déjà endetté-es pour plusieurs années et le gouvernement Charest leur propose de s’endetter davantage.

Les prétextes que certain-es invoquent pour blâmer le mouvement étudiant en grève me semblent dérisoires. L’autre jour, j’entendais une chroniqueure du Devoir et du Toronto Star mettre l’accent sur la merde (pardonnez le mot inhabituel sur Sisyphe, mais c’est bien de cela qu’il s’agit) que des étudiant-es de la CASSEE (Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie) ont déposée sur les beaux tapis du ministre de l’Éducation. Elle disait au leader de la CASSEE : « Les gens de ma génération ne se sont pas opposés à la guerre du Vietnam et n’ont pas prôné la non-violence pour vous voir aujourd’hui utiliser la violence dans vos revendications et chier sur les tapis des ministres ».

Certes, cette action est disgracieuse, elle est un manque de civisme et de respect, et peut-être le ministre devrait-il envoyer la facture de nettoyage à la CASSEE. Mais s’il s’agit d’un acte violent, il ne peut se comparer à la stupide guerre américaine au Vietnam qui a fait tant de morts. Il faut avoir le sens des valeurs un peu déréglé pour invoquer un tel argument. L’action des étudiant-es de la CASSEE me semble bien moins violente que les actes des gouvernements qui se sont succédés à Québec depuis une dizaine d’années et qui visent les classes les plus pauvres, pour obéir à l’agenda des milieux d’affaires inféodés à un type de mondialisation qui dépossède des peuples entiers au profit d’une poignée de nantis.

S’il faut parler de merde, on peut dire que le gouvernement Charest s’est lui-même illustré en la matière depuis son élection. Il n’a pas cessé d’emmerder les gens au pouvoir et aux moyens financiers limités - les étudiant-es, les femmes, les personnes assistées sociales, les groupes communautaires, et aussi les travailleuses/travailleurs des services de garde auxquel-les il a retiré le droit de se syndiquer et dont il a annulé la hausse de salaire accordée par le gouvernement précédent. Pour ce dernier groupe, comme pour tant d’autres, l’équité salariale est un rêve.

La soi-disant « violence » du mouvement étudiant me semble bien moins dangereuse que celle qui consiste à mettre en danger l’avenir de milliers de jeunes par des restrictions budgétaires injustifiées dans le domaine de l’éducation. Pourquoi des journalistes discernent-elles/ils si mal la violence des gouvernements à l’endroit des groupes les moins puissants ? Serait-ce qu’une trop longue et étroite fréquentation des pouvoirs politiques et économiques finit par susciter une sorte d’identification et par rendre aveugle ?

Que sont 103 millions de dollars ?

Que sont 103 millions de dollars sur un budget global de près de 100 milliards ? D’autant plus qu’une grande partie de cette somme est déjà disponible dans les coffres du gouvernement fédéral qui refuse, avec raison, de les verser à d’autres fins que pour les bourses d’étudiant-es. Que sont 103 millions de dollars pour l’éducation de milliers de jeunes quand on gaspille les fonds publics à gauche et à droite, tantôt pour des études inutiles sur l’emplacement d’un nouvel hôpital universitaire à Montréal, tantôt pour créer des postes de consultant-es pour les ami-es du pouvoir, tantôt pour payer grassement les directeurs/trices des agences et organismes parapublics (Loto-Québec, par exemple) ? Que sont 103 millions de dollars en comparaison des baisses d’impôts de plus d’un milliard que le gouvernement du Québec promet aux classes sociales qui jouissent déjà de toutes sortes d’allègements fiscaux parce qu’ils ont les moyens de payer des impôts élevés ? Ce gouvernement a de bien étranges priorités.

Une dernière question se pose. Le mouvement étudiant contre les compressions budgétaires en éducation et plus précisément contre la réforme du programme de prêts et bourses reçoit un vaste appui populaire. Quelle légitimité possède alors un gouvernement qui s’oppose à la volonté du peuple qui l’a élu ? La démocratie, ce n’est pas seulement voter tous les quatre ans, c’est aussi écouter la population et tenir compte de ses choix sociaux.

Micheline Carrier, le 16 mars 2005

- Pour envoyer au premier ministre Jean Charest une lettre d’appui aux étudiant-es, vous rendre sur le site de la FEUQ.
- Grève étudiante ou choc des générations ? par Jean-Claude St-Amant, chercheur en éducation
- Lire, imprimer et télécharger le manifeste de la MÉMEQ, « Les revendications des mères étudiantes et des ménages étudiants du Québec ».
- Lettre de Georges Leroux et de 21 intellectuel-les sur la grève étudiante et sur le sous-financement de l’éducation.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



Plan-Liens Forum

  • > Qui est le plus violent : le mouvement étudiant ou le gouvernement ?
    (1/1) 17 mars 2005 , par





  • > Qui est le plus violent : le mouvement étudiant ou le gouvernement ?
    17 mars 2005 , par   [retour au début des forums]

    Madame Carrier nous fait part de cette époque récente où une large part des jeunes ont pu accéder à des études post-secondaires. Aujourd’hui ce sont généralement, par leurs instructions, ces anciens jeunes qui paient le plus d’impôts.

    Nos politiciennes et politiciens actuels font partie de cette génération qui a profité de ces conditions favorables. C’est aussi cette génération qui fait et va faire peser un lourd fardeau à la génération étudiante actuelle par les budgets destinés à leur retraite et leur santé.

    Je considère donc comme une injustice des plus indécente qui soit que c’est jeunes aient des fardeaux financiers si importants à la fin de leurs études et qui devront en plus composer avec tout le soutien à apporter à la société québecoise vieillissante, sans compter la dette publique indécente qu’il vont recevoir en héritage de ceux qui leur auront couper les vivres.

    C’est un jeu dangeureux auquel se prête le présent gouvernement. Nous pourrions voir apparaître une guerre générationnelle... où les étudiants d’aujourd’hui devenu les décideurs de demain auront certains comptes à règler avec la génération qui les a précédée.

    Certains ont affirmé qu’il revenait aux parents, ayant mis au monde des enfants, d’assurer les frais de leur instruction. Ce qui fait dire à certains jeunes que ceux qui n’auront pas eu la charge d’enfants n’auront pas besoin d’aide puisqu’ils auront eu toute une carrière pour se préparer... à vivre seul.


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2005
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin