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dimanche 27 mars 2005

La rhétorique de l’inversion : réponse à la critique de Télé Obs sur le film "In Nomine Patris"

par Myriam Tonelotto et Marc Hansmann






Écrits d'Élaine Audet



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En réponse à la critique de Télé Obs sur le film « In Nomine Patris », diffusé le 22 mars à 21h30 sur ARTE.

Voici comment Jacques Guérin, journaliste et critique de télévision au Nouvel Observateur, rend compte du film « In Nomine Patris », diffusé le 22 mars à 21h35 sur la chaîne de télévision Arte :

« Le deuxième sujet de la soirée, consacré aux mouvements qui, un peu partout dans le monde, se sont créés pour défendre « la condition paternelle », est tout aussi peu objectif que le premier. Il a choisi en effet de nous présenter ses acteurs comme autant de machistes revanchards cachant derrière un soi-disant attachement à leurs enfants un seul objectif : reprendre aux femmes les quelques droits qu’elles ont chèrement acquis. Loin de nous la pensée qu’on ne puisse trouver dans ces mouvements quelques spécimens conformes à ce portrait excessif. Mais généraliser ainsi, comme le fait ce sociologue canadien qui voit dans tous ces mouvements la manifestation du « masculinisme », que « ces hommes n’aiment pas tant que ça leurs enfants, mais ne veulent simplement pas que leurs femmes aient plus de droits qu’eux » , ou, comme ce pédopsychiatre belge, que ces associations de défense des pères sont « des mouvements de droite qui veulent protéger et développer les privilèges des hommes », ressemble davantage à un parti pris idéologique qu’à l’expertise de spécialistes. Il était dit que cette soirée était délibérément « subjective ». C’est une manière habile de ne pas dire « partisane ».
(Source : Soirée thématique : Quand les pères se vengent. Guerre des sexes, par J. Guérin).

Antécédents de M. Guérin

Il est intéressant de noter au préalable que Monsieur Guérin a très brièvement dirigé une édition « famille » des publications du Nouvel Observateur. Nommée Triba, la revue proposait en couverture, de son premier numéro, 6 articles. Sur ces 6, deux s’intitulaient : « De nouveaux droits pour les pères », et « Aimer ses enfants à distance : maintenir le lien quand ils sont loin ». En attendant de nous procurer les articles en question (Triba est une revue quasiment mort-née, qui n’a compté que 3 numéros), nous relevons simplement que, pour présenter Triba, Monsieur Guérin indiquait : « Triba ne souhaite pas s’adresser seulement aux femmes, mais aussi aux hommes à l’heure où leurs revendications sont plus fortes et leur rôle dans la famille reconnu. Je vous rappelle que le congé paternité a été adopté il y a quelques mois ». On peut donc noter que, d’un strict point de vue professionnel, Monsieur Guérin se montre très ouvert aux discours sur les « droits des pères ». Intéressante aussi une caricature homme-femme publiée par Triba, que l’on peut voir à cette adresse.

Il est amusant de relever que les attributs de l’homme sont de type : loisir (cannette, cigarettes), professionnel (cravate, marteau), hygiène (brosse à dent et dentifrice, mousse à raser), intellect (lunettes), contraception/sanitaire (préservatifs) là où ceux de la femme sont : séduction (hauts talons, bijoux, rouge à lèvres, brosse à brushing, épilateur électrique : rien de tout ça ne sert à maintenir son hygiène, juste à être belle pour Monsieur), sexualité (gode-michet : il est bien connu que les femmes ne peuvent jouir qu’ainsi…) bavardage (téléphone portable). La lutte contre les clichés sexistes ne faisait donc pas partie des priorités de Triba, dont Jacques Guérin était rédacteur en chef.

Les acteurs se présentent eux-mêmes

Mais voyons le fond. En effet, Monsieur Guérin d’emblée juge « peu objectif » le documentaire. Pourquoi ? Parce qu’il aurait « choisi en effet de nous présenter ses acteurs comme autant de machistes revanchards ». Or le documentaire ne présente pas les acteurs des mouvements de pères. Ils se présentent eux-mêmes. Donc, s’ils sont « revanchards » - et ils le sont en effet -, ce n’est pas du fait d’une quelconque présentation, mais de par leur propre discours. Fathers 4 Justice dit ainsi dans le film :

« Fathers for Justice will not go away, we will not stop doing our stunts, actions, recruiting, or anything, we will not go away until our blueprint is implemented and is working at 100%. Fathers 4 Justice n’est pas prêt de s’en aller. On ne va pas stopper nos actions, ni nos coups d’éclat, ni le recrutement. Nous ne partirons pas tant que notre projet de loi ne sera pas adopté et appliqué à 100%. » Le représentant de La Condition Parentale et Familiale, affirme lui : « Moi j’ai tendance à dire que, aujourd’hui ce qu’il faudrait en politique familiale, c’est d’abord écouter les hommes. La mère est dans un lien qui est évidemment fusionnel avec l’enfant dans lequel elle perd toute objectivité. Il importe donc, bien évidemment, de soutenir la place du père, d’où toutes ces associations qui se nomment « père quelque chose » : « père exclus », « les pères en avant », « il faut défendre les pères », « la condition des pères »… Il faudrait leur laisser la parole parce qu’ils ont des choses à dire qui sont essentielles pour l’enfant. Et si, lors d’une séparation, les magistrats se disaient tout simplement : on va demander au père comment on l’organise à lui ? ».

Le responsable allemand du site paPPa.com explique : « La femme n’est plus dans la maison, les meubles ne sont plus là, les enfants ne sont plus là… l’homme se retrouve tout seul et il se dit : ’Je ne comprends pas, j’ai toujours été là pour la famille, je travaillais même seize heures par jours pour eux’. - C’est d’ailleurs là le problème. - Bref, son univers s’effondre, et voilà les rapports de violence. Naturellement, ces hommes vont vouloir combattre ce sentiment d’impuissance en essayant de retrouver leur femme, pour se venger… », et celui du site québécois de l’Après-rupture menace : « Enlève mes enfants, si je ne suis pas violent, si je ne suis pas frustré, je ne suis pas un homme. C’est aussi simple. Quelqu’un qui ne réagit pas, qui s’écrase parce qu’on lui enlève ses enfant il ne mérite pas d’être un père, il ne mérite pas d’être un homme ».

Pas représentatifs de quoi ?

Mais qu’à cela ne tienne. Selon Jacques Guérin, ces propos ne sont pas représentatifs des mouvements de pères. Le journaliste écrit en effet : « Loin de nous la pensée qu’on ne puisse trouver dans ces mouvements quelques spécimens conformes à ce portrait excessif. Mais généraliser ainsi … ». Le raisonnement est soit « mal informé », soit, comme dirait Monsieur Guérin, « peu objectif ». Voire malhonnête. Car les « quelques spécimens » interviewées dans In Nomine Patris ne sont pas des brebis égarées des mouvements de défense des droits de pères, mais bien leurs dirigeants et porte-parole officiels. Nous avons en effet tenu à ne donner la parole qu’aux leaders des associations de défense paternelle, précisément pour qu’on ne puisse pas confondre les égarements de quelques membres en déroute avec l’idéologie même véhiculée par les mouvements. Et quels mouvements ? Non pas des groupuscules anecdotiques, mais les mouvements phares de chaque pays : Sos Papa pour la France, Fathers 4 Justice pour l’Angleterre, l’Après-Rupture pour le Québec, le MEP pour la Belgique, Vaeteraufbruch für Kinder et Matthias Matussek pour l’Allemagne.

Si l’on suit le raisonnement de Monsieur Guérin, une interview de Monsieur Le Pen serait un portrait extrémiste du Front National, et ne pourrait représenter qu’un point de vue marginal de son mouvement… !!! Etonnante conception de l’objectivité, que celle de Monsieur Guérin.

Rhétorique d’inversion

Mais l’essentiel est sans doute ici : dans la rhétorique d’inversion qui s’applique au traitement des deux documentaires de la soirée thématique d’Arte. En effet, en définitive, ce n’est pas l’idéologie véhiculée par les mouvements des pères qui est qualifiée d’extrémiste, de partisane, de peu objective. Non, c’est sa dénonciation. Le scandale n’est pas dans le fait que des mères violentées se voient aveuglément imposées des gardes alternées, bien au contraire, il est dans le fait de leur donner la parole.

La critique du Monde sur le film est d’ailleurs elle aussi très parlante : est jugée « grotesque » et « caricaturale » la comparaison faite entre la vision de la femme qu’ont les masculinistes et la fable du Petit Chaperon Rouge, « qui pousse la victimisation de la femme jusqu’à la caricature ». Ainsi donc, pour Le Monde aussi, ce qui est inacceptable, ce n’est pas qu’en France 30 femmes soient mortes sous les coups de leurs conjoints, majoritairement alors qu’elles venaient de rompre, au cours de l’été 2004. Pas du tout. Ce qui est inacceptable, c’est qu’on le montre, même à travers une fable où le loup dévore le petit chaperon rouge.

Bref, par une grossière inversion, le scandale est reporté sur ceux qui le dénoncent, les dirigeants des plus gros mouvements masculinistes sont ramenés à d’anecdotiques membres, les mensonges des masculinistes sur la discrimination dont ils seraient les victimes ou sur la légitimité de leurs violences devient manque d’objectivité de ceux qui le rapportent…

Critiques à orientation variable

Sans oublier les critiques à orientation variable : le documentaire de Claudia Déjà, « Drames de la séparation, quand le père devient l’ennemi », diffusé juste avant le nôtre, à 20h45, est attaqué en raison de l’absence d’interviews de spécialistes. « In Nomine Patris » donne la parole à de nombreux spécialistes. Mais là, ça ne va pas non plus, puisqu’ils sont jugés partisans !!! Il s’agit pourtant d’experts régulièrement sollicités par nos gouvernements : auteurs de rapports nationaux sur la violence (Pr Gene Feder, Londres), sur les effets de la garde alternée (Pr Maurice Berger, expert près les tribunaux, et responsable de mission pour le gouvernement français), sur la parole de l’enfant (Pr Jean-Yves Hayez, grand patron de la pédopsychiatrie en Belgique, expert sollicité par la Justice belge dans les cas les plus douloureux de pédocriminalité) d’hommes politiques (Alian Lipietz, député européen, candidat à la présidence française), de juges aux affaires familiales au plus prestigieux tribunal de France (Brigitte Schwoerer, TGI Paris)… Bref, des experts qui n’en ont pas seulement le titre, mais qui, sans ostentation, peuvent revendiquer une authentique carrière universitaire, professorale, vouée à la recherche, à l’expertise, et couronnée de publications scientifiques. Tout le contraire des petits idéologues qui publient via leur propre maison d’édition des théories fumeuses et qui n’ont aucune recherche clinique universitaire à leur actif…

Autre exemple, si Claudia Déjà est mise en cause pour n’avoir donné la parole qu’à des femmes jugées non-représentatives, nous sommes nous coupables d’avoir donné la parole à des hommes qui, tout en étant tous très différents, sont eux aussi jugés non-représentatifs. Non représentatifs de quoi ? De l’image irénique d’une société où la violence conjugale serait inexistante et l’égalité réalisée ? Ou de la majorité silencieuse des pères ? Si dans le premier cas, nous ne pouvons que répondre qu’il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir, dans le second cas, In Nomine Patris se termine clairement par un rappel : les mouvements masculinistes usurpent la parole de la majorité des pères, et ne les représentent définitivement pas. Il n’en demeure pas moins que c’est aux « vrais » nouveaux pères de s’insurger contre ces lobbies malfaisants qui parlent en leur nom.

Nous ne pouvons nous qu’affirmer une chose : nous avons mis 18 mois à faire ce film, dont 1 an d’enquête. Monsieur Guérin y a accordé 52 minutes de visionnage, et, en comptant large, une heure de rédaction. Quelques minutes de plus lui auraient d’ailleurs permis d’éviter de confondre les propos du pédopsychiatre belge Jean-Yves Hayez avec ceux de l’analyste québécois Martin Dufresne. Ou de légender « manifestation de SOS Papa » le cliché d’une manifestation de Fathers 4 Justice où les banderoles sont pourtant en anglais ! Mais de nos jours, l’objectivité du travail journalistique ne se mesure plus au sérieux du travail fourni, mais aux effets de manche péremptoires. Dommage.

- Myriam Tonelotto et Marc Hansmann, réalisateurs de « In Nomine Patris, ce que veulent les mouvements de pères »

PS : À noter que l’hebdomadaire de référence en matière de critique télévision, Télérama, salue au contraire la subtilité du film et invite ses lecteurs : « Regardez plutôt ce petit film bien étayé et stimulant ».

Autres lectures

- "In nomine patris" ou le lobby des pères revanchards
- Quand les pères se vengent : dossier ARTE

Mis en ligne sur Sisyphe, le 24 mars 2005.

- Vous aimeriez voir ces films au Québec ? Demandez aux chaînes de télé de les acheter et de les présenter. On peut écrire au Service des relations avec l’auditoire des chaînes suivantes :
Télé-Québec : info@telequebec.qc.ca
Radio-Canada : auditoire@radio-canada.ca
ARTV : auditoire@artv.ca
Réseau de l’information (RDI) : rdicomm@montreal.radio-canada.ca
Réseau TVA : genevieve.cardin@tva.ca ou nouvelles@tva.ca

Deux rubriques suggérées :
Féminisme et condition masculine
Famille, droit et bien-être des enfants

Je vous suggère également de visiter le site antipatriarcat.org antipatriarcat.org qui présente d’autres renseignements ainsi que la Plate-forme politique de la "Coalition Anti-masculiniste".


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Myriam Tonelotto et Marc Hansmann

Myriam Tonelotto et Marc Hansmann ont réalisé « In Nomine Patris, ce que veulent les mouvements de pères » (Allemagne, 2004, 52mn).



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  • Le titre de gynandre bien mérité
    (1/1) 25 mars 2005 , par





  • Le titre de gynandre bien mérité
    25 mars 2005 , par   [retour au début des forums]

    Pour celles et ceux qui ont la "malchance" de vivre en France, et qui, partant, ont pu voir sur Arte les profils de masculinistes divers et variés, Martin Dufresne, le sociologue québecois, est apparu comme un
    bienheureux ovni. Ses propos, que je n’ai malheureusement pas enregistrés, étaient tous d’une parfaite justesse, mesure et pertinence. Même une
    radicale n’a rien trouvé à y redire. Il faut dire qu’il a puissamment bénéficié des propos misogynes, haineux et sectaires des masculinistes : la viriocratie les produisant comme la pollution produit les algues malignes.

    Martin Dufresne mérite le titre de gynandre : mot antonyme d’homme. Désigne dans le réel l’animé de la sapiens doté des chromosomes XY et, dans le symbolique, celui qui a pris conscience de l’us et partant abus commis par son semblable envers celles que les
    hommes appellent encore femmes ( voir Stuart-Mill, John Cowper Powys, Poulain de la Barre etc) (glossaire de "Contre le sexage "Paris, Balland, 2000). Dont l’existence nous est précieuse. Michèle Causse


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