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dimanche 10 avril 2005

La soirée "Thema" du 22 mars à la chaîne ARTE : commentaire






Écrits d'Élaine Audet



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A propos de la soirée « THEMA » organisée par la chaîne ARTE le 22 mars 2005

Deux séquences ont été présentées :

- « Quand les pères se vengent » portait sur la résidence alternée imposée à des enfants en toutes situations, y compris celle de violences conjugales à la mère.
- « In nomine patris » avait pour objet d’entendre la parole des responsables d’associations de pères, en France, Angleterre, Allemagne, Belgique, Canada.

1 - Un nouveau concept : la violence « globalement » faite aux femmes

Ce documentaire a révélé une réalité aux conséquences dramatiques : la justice aux affaires familiales a le pouvoir de soumettre des enfants parfois très jeunes à une résidence alternée. Ceci quand bien même la mère a subi des violences conjugales, quand bien même ces violences étaient graves, quand bien même elles étaient administrées devant les enfants.

Notre association avait été contactée par une interprète française de la direction allemande d’ARTE. Nous avons en effet de nombreux dossiers qui illustrent de telles situations, dont nous avons fourni à la chaîne les références, bien entendu avec l’accord de ces jeunes femmes. Jusqu’à la diffusion de l’émission nous avons ignoré quels dossiers étaient retenus pour témoigner de ces drames vécus par les enfants et leurs mères.

Tous ceux qui ont vu ces images ont été bouleversés … sauf … Monsieur Jacques GUERIN, par exemple, journaliste de TV Obs (Nouvel Observateur, n° 2106) mais aussi d’autres qui procèdent du même raisonnement. Commentant cette soirée sous l’intitulé révélateur « La guerre des sexes », il accuse ARTE « d’avoir choisi le parti d’un soutien inconditionnel à des mères dont rien, sinon leur discours, ne permet d’établir la véracité de leur histoire » (sic). Il admet pourtant qu’il ne faut pas mettre « globalement » en doute la souffrance des femmes confrontées à la violence des hommes et souligne « la résistance de la société à la prendre en compte », tout en affirmant que la démarche d’ARTE est du « militantisme le plus outrancier » (sic).

Autrement dit, Monsieur GUERIN accepte que l’on parle « globalement » de la souffrance des femmes (et de leurs enfants), mais trouve intolérable qu’un media les montre. Cet article « La guerre des sexes » confirme ce qui était écrit dans un long article de Blandine GROSJEAN (Libération, 9 septembre 2004) intitulé « La violence des hommes est un tabou ».

2 - « La violence des hommes est un tabou » (B. GROSJEAN)

Alors que cet été, du 29 juin au 29 août, 29 femmes au moins ont été tuées par leur conjoint au moment de la rupture, leur calvaire n’a rencontré que l’indifférence générale autorisé par la « globalisation » du phénomène : on désigne sous le terme de « crimes passionnels » ce qui ailleurs est appelé « crime de genre » ou « homicide sexiste ou féminicide » (B. GROSJEAN). Dans les colloques internationaux cette « exception française » est désormais soulignée.

Anne HOUEL, professeure de Psychologie sociale à l’Université Lyon II, a participé à l’enquête ENVEFF (Enquête nationale sur les violences faites envers les femmes en France). Cette enquête effectuée en 1999 (six ans déjà) établissait que 10% des femmes de 20 à 59 ans subissaient menaces, mépris, séquestration, coups, tentatives de meurtres, rapports sexuels imposés, mise à la porte… Et chantage affectif sur les enfants. Mais, comme le confirme A. HOUEL, il est de bon ton de contester ces chiffres.

Jeanine MOSSUZ-LAVAU, politologue, Directrice de recherche au CNRS, (rapporté par B. GROSJEAN) dénonce aussi l’existence d’un courant qui nie les violences comme les discriminations sexistes sous le discours : « ces bonnes femmes nous font chier, elles ont pris le pouvoir dans la sphère privée, dans la procréation, la famille, qu’est ce qu’elles demandent de plus ? » et elle poursuit : « ceux et celles qui en parlent sont accusés de rallumer la guerre des sexes ».

Voilà de quoi sont accusés les journalistes d’ARTE, par J. GUERIN certes, mais aussi par quelques autres dont certaines associations de pères.

Une dernière précision de B. GROSJEAN : « 5 des 29 agresseurs ont également tué leurs enfants », soit 1 sur 6.

3 - Les conséquences ?

L’Enfant d’Abord les constate quotidiennement : les appels se multiplient pour demander une aide devant la souffrance des enfants, et dans 50 à 60% des cas qui nous sont soumis les motifs de la rupture sont liés à des violences conjugales en tous genres. Parmi ces dernières figure la violence « en col blanc » d’hommes dominants qui ne laisse pas toujours de traces visibles.
Ces enfants soumis à un système de résidence alternée deviennent alors les otages de la mésentente.

Que disent ces pères-là dont le langage est stéréotypé ?

- tu as voulu partir, tu vas le payer cher
- tu as voulu partir, je te pourrirai la vie
- tu as voulu partir, pour moi tu es morte et je ferai en sorte que tu sois morte pour les enfants.

Ils demandent alors une résidence alternée, et ils l’obtiennent bien souvent, ou obtiennent un droit de visite élargi … même s’il s’agit de bébés de 6 mois, huit mois, … au détriment de l’enfant autant que de sa mère : n’en déplaise aux idéologues si soucieux de leurs droits.

Merci donc à ARTE d’avoir, ENFIN, abordé un problème extrêmement grave qui, pour être minoritaire n’en est pas moins fréquent et n’était pas présenté comme exclusif d’autres réalités.

4 - « In nomine patris »

Dans ce documentaire les journalistes Myriam TONELOTTO et Marc HANSMANN ont pris le parti de laisser la parole aux responsables de plusieurs associations de pères, et non à leurs seuls adhérents.

Sachant qu’aujourd’hui ce sont les conjointes qui demandent la séparation dans les trois quarts des cas, voici en résumé quelles sont les revendications de ces associations :

- le refus pour les mères de toute mobilité géographique, y compris pour leur travail … sinon elles devraient laisser leur enfant au père
- la résidence alternée « 50/50 » systématique … « pour commencer » précise l’un des intervenants anglais (Fathers of Justice)
- pour un autre intervenant (Condition parentale et familiale), la suppression des pensions alimentaires. Il ajoute que c’est au père d’organiser la garde des enfants
- pour un responsable allemand, « il n’y a pas de pire crime que de laisser un enfant à sa mère ». Et il justifie les rapports de violence.

Tous veulent ainsi réduire les séparations d’initiative féminine.

Bien sûr, la grande majorité des pères ne se reconnaissent pas dans de tels discours, et plusieurs d’entre eux, ayant consulté auparavant certaines associations de pères, ont ensuite eu recours à nous pour rechercher une attitude favorable au bien-être de leur enfant.

Mais certains pères, fragilisés par les turbulences de la séparation, suivent les conseils et parfois les « recettes » de ces responsables pour obtenir gain de cause devant la justice (un 50/50 à tout prix). Ils nuisent ainsi à leur enfant, mais aussi à la qualité du lien qu’ils vont avoir avec lui : nous avons actuellement des centaines d’enfants qui finissent par rejeter leur père, sentant bien qu’il ne respecte pas leur ressenti mais cherche à imposer sa loi.

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Mis en ligne sur Sisyphe, le 20 avril 2005.


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