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samedi 10 septembre 2005


Entrevue
À coeur ouvert avec Dre Aoua Bocar Ly, présidente fondatrice de Femmes africaines Horizon 2015

par Julie-Bintou Bienvenue, du Regroupement général des Sénégalais du Canada






Écrits d'Élaine Audet



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Aoua Bocar Ly a une formation pluridisciplinaire (philosophie, sociologie, psychologie et environnement). Elle est sociologue et chercheure en sciences sociales et humaines, ainsi qu’en sciences environnementales. Elle est spécialisée notamment dans les questions de Genre/Égalité, de diversité culturelle et de développement international. Aoua Bocar Ly est présidente fondatrice du groupe québécois Femmes africaines Horizon 2015, créé en 1994, et elle préside l’organisme Fem En Vie, Inc.

Extraits d’une longue entrevue passionnante qu’on pourra lire sur le site du Regroupement général des Sénégalais du Canada.

Femme de coeur, femme de tête, femme passionnée et engagée, Dre Aoua Bocar LY est une pure Hal Pulaar et fière de l’être. Ses racines et ses origines sont pour elle des trésors immenses. Elle se plait à parler « peulh » et à faire la promotion de sa culture qu’elle connaît sur le bout des doigts. Ses racines se transposent dans sa personnalité généreuse et fière.

Elle défend avec ferveur et détermination la cause des femmes africaines qu’elle aime tant, en informant et conscientisant la population. Les efforts et le temps ne se comptent pas. C’est une femme entière, avec elle, il n’y a pas de demi-mesure. Elle est une combattante, une militante et une bagarreuse de ses idées et de ses principes. Déterminée, elle avance à grands pas et fait son chemin ici au Québec, comme ailleurs dans le monde, où ses compétences sont grandement sollicitées.

RGSC : Dre Aoua Bocar LY, merci infiniment de bien vouloir répondre « à coeur ouvert » à nos nombreuses questions afin de nous permettre de mieux vous connaître et partager votre expérience avec vos frères et soeurs sénégalais et sénégalophiles. Nous savons qu’il n’est pas toujours facile de se livrer à coeur ouvert devant un public si nombreux, mais quelle joie de pouvoir partager son expérience personnelle de vie et de permettre à la communauté sénégalaise de se connaître mieux !

Dre Bocar Ly : Merci à vous Julie-Bintou de m’y avoir invitée et de cette généreuse présentation. Une interviewer est toujours une accoucheuse. Alors, grosse de beaucoup d’idées et d’opinions, je me livre à vous à coeur ouvert.

RGSC : Pourriez-vous nous présenter votre famille ?

Dre Bocar Ly : Hal pulaar du Foutah Tooro (ancien Royaume du Tékrour) à cheval sur le fleuve Sénégal, je suis sénégalo-mauritanienne. Ma mère est de Boghé (Mauritanie) et mon père est sénégalais (Saldé Tébégout situé dans le Département de Podor, dans l’Île à Morphil). Je suis moi-même née en Rosso-Mauritanie, une petite ville à la lisière du Sénégal et de la Mauritanie. Comme c’est le cas de la plupart des habitants de la Vallée du Fleuve Sénégal (Hal pulaar, Soninké, Waalo Waalo et autres minorités), les 2/3 de ma famille sont de nationalité mauritanienne et vivent dans ce pays.

Mon enfance à Saldé m’a profondément implantée dans mes racines culturelles comme vous le dites si bien, Julie dans votre présentation. Ce, d’autant plus que j’ai été élevée par ma tante paternelle, Mawdo Élimane LY qui fait partie de celles que l’ouvrage "l’Aventure ambiguë" dénomme la Grande Royale de la famille Peulh/Hal pulaar. Elle m’a moi-même élevée comme une Princesse, une future Reine. En effet, descendante d’Elhadj Foutiyou TALL, Grand résistant à la colonisation française et Panafricaniste avant la lettre, je suis de descendance royale, tant du côté maternel mais paternel, comme l’écrivait l’historien américain David Robinson de Michigan State University (MSU) et spécialiste des études islamiques en Afrique Noire dans sa lettre d’invitation (13 novembre 2001) au Département d’Histoire du MSU qu’il dirige. Aujourd’hui encore, ce sont mes oncles qui, du Sahara au Tchad, règnent auprès des populations musulmanes de leurs pays comme guides spirituels et religieux. Pour n’en citer que quelques uns, c’est le cas de mon oncle Thierno Mountaga Tall au Sénégal, de Thierno Hady Tall à Nioro (Mali), de Thierno Mountaga à Bandiagara (Mali), sans compter leur défunt frère Thierno Oumar Tall à Boghé (Mauritanie).

Je suis d’une grande famille de 22 enfants (11 filles et 11 garçons) dont deux sont décédés ces dernières années. Grâce à l’ouverture d’esprit de mon père Bocar Élimane LY qui estimait qu’une fille éduquée peut valoir un homme, nous sommes une famille d’intellectuel-e-s où hormis les deux filles aînées, tous sont diplômés dont beaucoup de niveau universitaire. C’est le cas de ma grande soeur Mme Kane Oumou LY (psychologue clinicienne) à qui j’avais confié mes deux filles au moment de venir au Québec préparer mon doctorat. Elle et son mari Boubacar KANE (professeur d’anglais et pédagogue) ont veillé sur mes filles Mariam Mawdo et Oumou Salam KANE. Elles sont maintenant à l’Université, la première en communication à l’UQAM et la seconde en psycho-éducation à l’Université de Montréal. Ce sont deux gentilles filles dont je suis très fière.

RGSC : Racontez-nous un peu votre vie au Sénégal.

J’ai toujours eu une vie « rock and roll » parce qu’à 15 ans déjà, je menais des activités militantes. Le directeur du Collège de Ziguinchor avait été bien surpris de voir que la responsable de classe était une fille. À la récréation, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Durant les vacances de cette année là, à 16-17 ans, j’ai co-fondé avec des amis d’enfance l’Association des jeunes de l’Arrondissement de Saldé (AJS) qui regroupait des jeunes d’une dizaine de villages de l’Île à Morphil (Département de Podor, Région du Fleuve Sénégal - St-Louis). Nous avions la prétention d’éduquer nos populations en vue du développement. Pour ce, durant les grandes vacances, nous organisions des Séminaires. Au séminaire de Saldé, j’ai fait une présentation sur les castes et la nécessité de les abolir et d’établir des relations égalitaires dans la société Hal pulaar. L’année suivante au Séminaire de Galoya, j’ai traité de la condition de la femme. Je n’ai pu assister à celui de Pété l’année d’après : j’attendais mon premier enfant. Tout cela était audacieux de notre part vu notre âge, mais les villageois en parlent encore aujourd’hui avec nostalgie, et nous, avec des fous rires. Les membres fondateurs de l’AJS, dont le père de mes filles, sont tous devenus et restés des gens engagés.

Du fait de cet engagement, j’ai pris part aux mobilisations estudiantines au lycée, plus encore à l’Université de Dakar. Cela m’a même valu d’être arrêtée et d’être une prisonnière politique… juste quelques jours, le temps que le Mouvement étudiant se calme et de relâcher ses dirigeant-e-s et les autres.

Plus tard, avec la plupart des membres dynamiques de l’AJS, nous avons adhéré au Rassemblement National Démocratique du Sénégal (RND), parti d’opposition politique fondé et dirigé par feu le Professeur Cheick Anta DIOP, savant africain, d’origine sénégalaise. Là, ce fut des années épiques de militantisme politique où nous courrions chaque jour le risque d’être arrêtés, surtout au sein du Groupe Culturel du RND que certains des jeunes du parti animaient. Nous faisions des représentations publiques alors que le parti n’était pas reconnu, était donc illégal. Nous menions nos activités, faisant fi de l’interdiction du RND. Mais grâce à la mobilisation de tous les secteurs du parti - dirigeants, "journalistes" du quotidien du RND, SIGGEE puis, TAXAW, jeunes, femmes, paysans, camarades de Paris, … - nous avons fini par arracher la reconnaissance officielle du RND.

- Lire la suite de cette entrevue sur le site du Regroupement général des Sénégalais du Canada, le 5 juillet 2005.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 25 août 2005


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Julie-Bintou Bienvenue, du Regroupement général des Sénégalais du Canada



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