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samedi 18 novembre 2006

Prostitution et lesbianisme, des logiques contraires

par Ana Popovic, animatrice communautaire au Centre des femmes de Laval et Carole Lizée, membre du conseil d’administration du Centre des femmes de Laval






Écrits d'Élaine Audet



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Je suis émotivement atteinte de constater que parmi les réactions sur le communiqué du Centre des femmes de Laval surgit une sorte de parallèle entre la prostitution et le lesbianisme. Cela m’étonne beaucoup parce que je suis lesbienne.

La découverte de mon lesbianisme, et le processus qui m’a amenée à l’affirmer, ont été très significatifs dans ma vie. Non seulement j’affirmais mon désir, puis celui d’en avoir envers la femme que j’aimais et qui m’aimait, j’affirmais aussi le fait de ne pas désirer les hommes et le droit de ne pas être assujettie à leur domination sexuelle. Ce droit déroge de l’ordre patriarcal, que nous soyons lesbiennes ou célibataires. Peut-être que je participe à la promotion du lesbianisme.

Au Centre des femmes de Laval, depuis que nous sommes plusieurs à ouvertement afficher notre orientation sexuelle, des femmes se sentent plus à l’aise à la questionner et l’affirmer. Tant mieux ! Alors qu’il me semble que la route vers la prostitution suit une autre logique. Puisqu’elle implique une valeur marchande, elle ne conçoit pas le désir légitime des femmes que nous sommes. Que ce soit pour atteindre une hétéronorme patriarcale, ou pour répondre à la norme hypersexuée, ou tout simplement parce que nous sentons notre corps sous l’emprise d’un geste que nous ne voulons pas et que notre âme crie « NON, je n’aime pas ça ! », quand nous sentons notre intégrité violée, notre désir n’est pas respecté. La liberté sexuelle comprend l’espace où l’on a le droit de dire « non, je ne le désire pas » et « oui, c’est magnifiquement réciproque ». Ce n’est pas le cas de la prostitution et ça l’est du lesbianisme.

Dans notre Centre, nous luttons fermement contre les préjugés envers les femmes. Tout comme les femmes victimes de violence conjugale, d’agression à caractère sexuel, les femmes prostituées sont victimes de stigma, alors que les agresseurs, dont les prostitueurs et les proxénètes, sont légitimés. La criminalisation des femmes prostituées est inacceptable ! C’est de la revictimisation secondaire des femmes. Nous y sommes férocément opposées.

D’ailleurs, au Centre, nous luttons contre les revictimisations multiples des femmes, dont celles qui sont victimes de violence conjugale ou dont les enfants sont abusés sexuellement. Les mères sont accusées d’aliénation parentale et dans l’impossibilité de protéger leur enfant dont le conjoint a la garde, ou le fameux « droit d’accès », parce qu’elles n’ont pas été crues ou parce que la violence de l’ex-conjoint a été minimisée par le système institutionnel.

C’est important de lutter contre les revictimisations multiples si nous souhaitons offrir aux femmes la possibilité de s’extirper et de guérir de la violence subie. C’est aussi important de responsabiliser les agresseurs. Le viol, même s’il est payé, ne peut être un travail.

Les voix des femmes ont toujours été étouffées. Surtout, celles qui revendiquent la liberté. « Ça (en parlant de la prostitution) ce n’est pas une vie », je l’ai entendu ce matin même. Ces femmes qui revendiquent une meilleure condition de vie ont le droit d’être entendues. Effectivement, nous sommes en accord que toute mesure politique doit mesurer la portée de ses impacts sur la vie des femmes, mais nous croyons aussi que les mesures politiques constituent un apport structurel aux changements sociaux. Décriminalisons les prostituées, mais criminalisons toutes les formes de violence faite aux femmes !

Au Centre des femmes de Laval, nous vous aimons. Nous aimons toutes les femmes. Que nous ayons des positions idéologiques semblables ou pas, nous pensons que nous avons certainement un intérêt commun : celui d’abolir le patriarcat. Or, le patriarcat ne peut être aboli sans l’abolition de la prostitution, sans l’abolition de l’esclavage sexué des femmes. Nous y arriverons.

Ana Popovic,
Animatrice communautaire au Centre des femmes de Laval

Le 16 novembre 2006

Mis en ligne sur Sisyphe, le 18 novembre 2006.


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Ana Popovic, animatrice communautaire au Centre des femmes de Laval et Carole Lizée, membre du conseil d’administration du Centre des femmes de Laval
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  • > Prostitution et lesbianisme, des logiques contraires
    (1/1) 25 novembre 2006 , par





  • > Prostitution et lesbianisme, des logiques contraires
    25 novembre 2006 , par   [retour au début des forums]

    Bonjour Madame,
    j’ai lu votre intervention avec beaucoup d’entrain. Je partage avec vous l’idée qu’il n’ y a pas d’amalgame à faire ( de relation de cause à effet)entre prostitution et lesbianisme ... pas plus qu’avec une autre orientation sexuelle d’ailleurs.
    Je me demandais si des hommes pouvaient participer directement à vos réflexions voire y être associés ?
    Je me questionne pas mal par ailleurs sur deux points notamment :

    - quelle attention portez-vous à la fonction paternelle ( en lien avec la fonction maternelle et à l’enfant) ? Ce qu’elle promeut comme accès à un désir non incestuel pour l’enfant ?
    - Pensez vous que la domination sexuelle ne s’immisce pas dans la relation homosexuelle ?


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