| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






mardi 9 janvier 2007

Des coupures antidémocratiques à Condition féminine Canada

par Kathleen O’Grady






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Canada - Le retour des Autochtones : une lutte à nulle autre pareille
La cheffe Theresa Spence s’exprime sur sa grève de la faim et la situation actuelle des Autochtones
Repenser le multiculturalisme
G20 à Toronto - Le Comité jeunes féministes de la CLES dénonce les violences sexistes et la violation des libertés civiles
G20 et brutalité policière au pays de Stephen Harper
Gouvernement Harper – Sabrer avec un zèle religieux dans les programmes pour les femmes
Sommet UE-Canada : les sables bitumineux en accusation
Le viol psychologique d’Omar Khadr
Manifestation pour le retrait de l’ambassadeur du Mexique au Canada
Équité salariale - Entre un idéologue obtus et un opportuniste, les droits des femmes sont menacés à Ottawa
Stephen Harper est-il allergique à Céline Galipeau en particulier ou aux intervieweuses en général ?
La fin de l’équité salariale pour les femmes dans la Fonction publique fédérale
Les femmes et la crise économique
Le budget fédéral laisse tomber les femmes, les travailleurs et les travailleuses
Lettre à la Gouverneure générale Michaëlle Jean en faveur de la coalition des partis d’opposition à Ottawa
Harper Rule : une gouvernance sexiste et inéquitable
Les femmes vous observent, disent des groupes de femmes au premier ministre Harper
Le Comité de la CEDEF de l’ONU scrute la performance du Canada
"À voix égales" invite le Premier ministre à nommer des femmes au Cabinet
Appel des artistes pour la Paix : "Dans dix ans, quelle direction voulez-vous voir le Canada et le Québec emprunter ?"
Votre vote comptera-t-il le 14 octobre ?
Avortement et élection : souvenons-nous
Élection Canada - Sur la question de l’égalité des femmes, Stephen Harper ne répond pas
Maintes raisons de ne pas voter pour Stephen Harper
"Les conservateurs nous ont rappelé que nous sommes ‘juste’ des femmes"
Élections fédérales - Battons-nous contre la droite !
Dieu au pouvoir ! God Bless Canada !
La Fédération des femmes du Québec appelle les Québécoises et les Québécois à battre les Conservateurs
Margaret Atwood s’explique - Harper : déconnecté, dépassé
Ingérence de l’Église catholique dans la campagne électorale au Canada
L’Association des Femmes Autochtones du Québec répond aux excuses du gouvernement Harper
Les compressions du gouvernement Harper forcent le départ d’une leader féministe
Le gouvernement Harper cherche à réduire les femmes au silence
La ministre Oda quitte le ministère de la Condition féminine. Enfin !
La déclaration du Canada à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies est tendancieuse et décevante
Politique Canada : dossier principal
Les promesses brisées de Stephen Harper
Stephen Harper tient ses promesses
Le gouvernement Harper veut museler les groupes de femmes
La ministre de la Condition féminine, Bev Oda, passe un mauvais quart d’heure devant un comité parlementaire
La ministre à la Condition féminine du Canada interdit aux groupes de femmes de défendre ... les droits des femmes
Il faut rétablir immédiatement le Programme de contestation judiciaire
Le discours de la Traîne
Pour l’égalité entre les femmes et les hommes, il faut changer le mode de scrutin !
Victoire réjouissante : Vivian Barbot a battu le ministre Pierre Pettigrew
Voter ? Mais pour qui ?
Des leaders afro-québécoises inquiètes s’adressent aux chefs des partis politiques en campagne électorale
L’R des Centres de femmes écrit aux quatre chefs de parti à Ottawa
"Des tribunaux islamiques au Canada ?"
10 ans de budgets fédéraux : les femmes doublement pénalisées
Le budget fédéral ne tient pas compte des femmes
Une décennie de reculs : le Canada de l’après-Beijing
Une autre élection injuste pour la population québécoise et canadienne
Harper, une menace sérieuse au droit des femmes à l’avortement







Au-delà des coupures budgétaires, un changement fondamental de la mission de Condition féminine Canada et l’abandon de la lutte pour l’égalité.

Les dernières semaines ont été marquées par deux moments importants dans l’histoire des droits des femmes au Canada, moments clairement contradictoires.

Le 10 décembre dernier, on soulignait le 25e anniversaire de la ratification par le Canada de la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, une victoire à célébrer. Mais cette dernière semaine a aussi été le théâtre d’une série de débats sur la Colline menés par le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes dans le but d’évaluer la réponse aux récentes coupures budgétaires et réformes faites à Condition féminine Canada (CFC) et mises en branle par le gouvernement conservateur en place. Et quelle a été la réponse jusqu’à présent ? Disons simplement que les organisations de femmes à travers le pays ne sont pas prêtes à baisser les bras.

Beverley Oda, la ministre responsable de la Condition féminine, a récemment annoncé des réformes radicales à CFC au nom de la « rationalisation » et de « l’efficacité ». Ces changements se traduisent par des coupures importantes au budget de fonctionnement de CFC (une perte de 40 %) et par la fermeture subséquente de bureaux régionaux de CFC (qui sont passés de 16 à 4).

Ces réductions économiques considérables imposées au budget déjà minuscule de CFC, durant une période prospère de l’économie canadienne et alors que le gouvernement fait état d’un excédent budgétaire (constant), ont provoqué un concert de huées et de revendications chez les partis de l’opposition à l’endroit du Parti conservateur au pouvoir. Les analystes de la presse s’interrogent également, à juste titre, sur les raisons pour lesquelles le gouvernement conservateur cherche à réaliser des économies superficielles en s’en prenant aux organisations - des groupes communautaires de femmes de partout au pays - qui peuvent le moins se le permettre, leur enlevant littéralement la chemise sur le dos.

Cependant, ce qui est souvent passé sous silence, dans le mécontentement général entourant les coupures infligées à CFC et dans la couverture que les médias en ont fait, c’est le changement fondamental apporté au mandat de CFC, un changement qui va bien au-delà de l’aspect monétaire et qui devrait faire réagir toute personne intéressée par une saine démocratie.

Alors que la couverture médiatique et les préoccupations portaient sur la fermeture de bureaux régionaux de CFC, les mots « égalité », « défense » et « action » ont été retirés en douce des modalités du mandat de CFC et de divers documents de CFC, notamment son site Web (un processus de suppression inacceptable visant à changer l’Histoire - et emprunté directement à l’administration Bush et à sa façon de traiter les organisations de femmes aux États-Unis).

De plus, la ministre Oda a éliminé presque toute l’aide financière destinée à la recherche sur les femmes et sur les enjeux féminins et a fait en sorte que les organisations de femmes participant à des activités de défense de droits ou de lobbying n’aient plus accès au financement de CFC. Parallèlement, Mme Oda a décrété que les organismes à but lucratif sont désormais admissibles au financement de CFC.

Que veut dire tout cela ? Cela signifie que si les sociétés Shell, Microsoft ou Bell veulent mettre en place un programme de stages pour femmes, elles peuvent obtenir l’argent des contribuables pour le faire ; à l’inverse, votre organisation pour femmes œuvrant à l’échelle régionale, provinciale/territoriale ou nationale et traitant quotidiennement avec des femmes et des familles canadiennes par rapport à des questions de violence, de santé ou de pauvreté n’est plus en droit de recevoir le financement gouvernemental de CFC pour faire de la recherche, de même qu’elle ne peut plus faire bénéficier les représentants du gouvernement ou les décideurs gouvernementaux de ses connaissances et de son expérience.

Certains critiques ont déclaré que les coupures à CFC étaient idéologiques et, par conséquent, pas tellement surprenantes de la part d’un gouvernement de droite. En implantant fermement ces nouvelles mesures de resserrement à CFC, le gouvernement conservateur tente clairement de museler les femmes de partout au pays.

Mais ce qui est ironique dans tout cela, et à la fois contradictoire, c’est que ce gouvernement s’est fait élire sur la base d’une plateforme de responsabilisation, de démocratie et d’élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Les organisations communautaires de femmes à travers le pays, dont bon nombre ont reçu leur financement de CFC, exercent un rôle et une fonction démocratiques essentiels en tant que mécanisme de responsabilité pour le gouvernement, en s’assurant que les politiques sont fondées d’abord et avant tout sur des faits (la recherche) et sur l’expérience (contact direct avec la population), de même que sur les besoins réels des femmes canadiennes et de leurs familles.

L’important travail de défense qu’accomplissent les organisations de femmes, loin d’être partisan, est un moyen fondamental pour continuer d’éduquer nos représentants élus sur ce qui se passe à l’échelle régionale dans ce vaste pays, et de les inciter à agir. Il s’agit là d’une voix essentielle du discours public qui ne fait que rendre les politiques gouvernementales plus fortes, plus complètes et mieux éclairées.

Les conflits d’opinion et les débats soulevés par les organisations de femmes à l’endroit des représentants ou des ministères du gouvernement ne devraient pas être craints ou réprimés par le gouvernement conservateur, ni par aucun gouvernement, mais plutôt vus comme le signe d’une démocratie saine et vigoureuse.

Un gouvernement qui est à l’écoute des personnes qui travaillent directement sur le terrain et qui font une différence est un gouvernement responsable. Un gouvernement qui collabore avec les organisations répondant aux besoins directs des citoyens canadiens est un gouvernement suffisamment souple et adaptable pour gouverner l’ensemble des Canadiens et Canadiennes.

Le gouvernement Harper fait, en outre, totalement fausse route s’il croit que les Canadiens et Canadiennes considèrent l’égalité - que ce soit celle des femmes ou de quiconque - et la défense des droits à l’égalité, comme un enjeu partisan ou idéologique. Les organisations communautaires de femmes de notre pays emploient une multitude de femmes et d’hommes aux allégeances politiques diverses, et travaillent pour le compte de collectivités qui votent pour tous les partis politiques.

L’égalité est une valeur canadienne, et non une option idéologique. Défendre les droits à l’égalité afin d’améliorer les programmes et politiques publiques ne constitue pas un enjeu partisan, mais simplement une bonne politique publique. Et financer les organisations (avec des sommes dérisoires) dans le but d’informer nos représentants élus sur ce qu’elles savent - à la fois par la recherche et l’expérience - peut uniquement profiter à toute la population canadienne, et assurer la prestation de services la plus efficace à tous les contribuables de nos régions.

Le gouvernement Harper se trompe également s’il croit que l’égalité des femmes est pleinement réalisée ou que ce combat a été gagné (sans efforts) et qu’il est maintenant terminé. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Selon Statistique Canada (2006), 1 Canadienne sur 9 vit dans la pauvreté et les femmes gagnent toujours seulement 70,5 % du salaire des hommes pour un travail à temps plein ; de plus, la plus grande partie des soins non rémunérés (prodigués aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes invalides) continue d’être accomplie par des femmes. Trop de femmes sont encore victimes de violence conjugale. Et la liste pourrait s’allonger ; de toute évidence, il reste beaucoup de travail à faire.

Il existe, bien sûr, de nombreuses façons de s’attaquer aux problèmes d’injustice de notre pays, et les moyens et méthodes pour y arriver peuvent devenir la source de discussions partisanes ou idéologiques. Toutefois, faire taire les personnes travaillant directement avec les collectivités qui méritent le plus notre attention n’aide personne. Et cela ne fera certainement pas disparaître les besoins de ces collectivités.

Les organisations communautaires possèdent des connaissances et une expérience qui devraient faire partie intégrante du discours éclairant le processus décisionnel. Soutenir des organisations qui revendiquent l’égalité inhérente à notre Charte et qui travaillent à préserver des valeurs d’égalité dont tous les Canadiens et Canadiennes peuvent être fiers, peut seulement faire du Canada un pays encore meilleur.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 30 décembre 2006


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Kathleen O’Grady
Réseau canadien pour la santé des femmes

L’auteure est associée de recherche à l’Institut Simone-de-Beauvoir de l’Université Concordia et directrice des communications du Réseau canadien pour la santé des femmes.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2007
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin