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samedi 7 juin 2008


Jugement de Lille
Pas de justice "à la carte" ! Réactions à l’annulation d’un mariage pour non virginité






Écrits d'Élaine Audet



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Nous présentons ici des réactions à ce jugement de Lile, en France, qui annule un mariage pour cause de non virginité de l’épouse. Et nous partageons cette opinion de "Ni putes, ni soumises" que nous aurions intérêt à méditer au Québec :

"Méfions-nous de tout ce qui peut nous faire glisser vers une "justice à la carte" où chacun pourra choisir son menu selon ses coutumes, sa religion, sa philosophie. Et tout ça, au détriment de l’égalité et du droit des femmes."

***

"Virginité, ce mot obscène", par Geneviève Brisac, écrivaine et éditrice

Dans le train qui m’emportait, j’ai pris avec gourmandise ma pile de journaux.

Il y a un plaisir spécial à lire des journaux dans le train. Je crois même que ce plaisir révèle à quel point nous sommes privées le plus souvent de ce temps-là, de ce loisir-là, et on pourrait à cette occasion parler des origines de la crise de la presse, mais ce n’est pas notre sujet. La pluie battait les vitres du train.

Un orage. J’ai lu qu’on venait d’annuler un mariage à la demande du mari, à qui sa promise avait menti. La foudre.

Le pauvre, il n’envisageait pas de passer sa vie aux côtés de quelqu’un à qui il ne pouvait plus faire confiance. Il croyait épouser une jeune fille vierge, et voici qu’elle ne l’était pas.

J’ai relu à haute voix l’article, pour bien comprendre et partager ma stupeur avec l’amie qui m’accompagnait. Au début je n’étais pas révoltée, à peine en colère. J’étais sidérée. Anesthésiée. J’en riais à moitié. C’était simplement trop énorme. Elle s’est pris la tête dans les mains. Elle avait l’air effrayé.

- Au cinéma, on projette Sex and the City. Au tribunal, on disserte sur la virginité d’une mariée. C’est notre monde, qui va à sa perte, tiré à hue et à dia. Une schizophrénie mortelle, a-t-elle dit d’une voix blanche.

- Nous sommes donc toujours au Moyen Âge, ai-je dit. Et il y a encore des hommes, nos frères, nos égaux, nos collègues de travail, pour s’obséder de défloration et de pucelage.

Ces mots : virginité, pucelage, défloration, quelle obscénité ! Avec leur cortège de malheurs, de crimes, d’humiliations.

Mon amie, qui est savante, a renchéri : les draps rougis que l’on montrait autrefois aux fenêtres, le lendemain du mariage, n’étaient-ils pas le symbole de l’appropriation de la vie intime d’une femme par la tribu ? Nous étions...Nous ne savions plus où nous étions.

- Car au-delà des attendus de la juge, ai-je raisonné, c’est évidemment la virginité et non le mensonge qui a motivé cet homme impatient d’être démarié. Et motivé la décision de justice. Si sa fiancée lui avait menti en lui assurant qu’elle était gauchère, ou drôle, ou qu’elle savait le grec ancien, cela n’aurait pas suffi à annuler le mariage. Enfin nous le supposions. Cela ne nous donnait pas envie de rire.

« Mais si c’est leur religion », a hasardé quelqu’un dans le wagon, d’un air bon enfant, d’un air tolérant.

J’en ai eu le souffle coupé. Encore une fois le coup de la religion. La religion n’a rien à faire dans nos mairies et nos tribunaux. Aucune religion a dit mon amie, et je l’ai soutenue en hochant fort la tête.

Elle a ajouté : « Je tiens qu’aucun dieu ne peut se soucier de la virginité de ses créatures. Les anciens propriétaires d’esclaves, oui. Nos ancêtres féodaux.
Les familles bourgeoises au XIXe siècle, oui. Pas nous. Plus nous. » Et j’ai été fière d’elle, une fois de plus.

« Mais ç’aurait pu être l’inverse, a dit quelqu’un d’autre. Ç’aurait pu être une femme qui demande l’annulation de son mariage parce qu’elle découvre que son fiancé n’est pas vierge. »

Nous l’avons regardée avec étonnement. C’était une jeune fille qui parlait. Elle avait l’air franchement désolée pour le marié, à qui l’on avait vilainement menti. Elle respirait cette modernité ignorante que l’on croise à tous les coins de rue. Innocente. Et du coup inconsciente du sort réel de centaines de milliers de femmes autour d’elle.

Cette modernité amnésique et apolitique qui rend possible des décisions de justice comme celle de Lille. Hors histoire.

« Non, malheureusement, ce ne pourrait être l’inverse, cela ne s’est jamais vu, nulle part, jamais, ai-je dit avec un peu de grandiloquence, et j’en avais la chair de poule. On veut nous faire croire que c’est une affaire de mensonge entre égaux, qu’aujourd’hui les hommes et les femmes font alliance entre égaux. On veut nous faire croire qu’il est fini pour toutes et partout le temps de l’oppression, de la violence conjugale, des mariages arrangés, de l’inégalité des droits et des devoirs, de l’échange des femmes, ou de l’appropriation des ventres. »

« Cette affaire, comme bien d’autres, a conclu mon amie, tandis que le train entrait en gare, montre que rien, pour les femmes, n’est jamais acquis. Aucun droit, aucun progrès. Aucune liberté.

Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous sommes en colère. »

(*) Prix Femina 1996. Dernier ouvrage publié : 52 ou la seconde vie, Éditions de l’Olivier, 2006.
Article paru dans L’Humanité du 5 juin 2008.

***

« Une démarche qui rouvre le dossier de l’inégalité des sexes » Entretien avec Geneviève Fraisse.

Ancienne députée de la Gauche unitaire européenne, la philosophe Geneviève Fraisse analyse cette décision de justice sans précédent. Présidente du comité scientifique de l’Institut Émilie-du-Châtelet, centre de recherches sur les femmes, le sexe et le genre, créé en 2006, Geneviève Fraisse a publié notamment Du consentement (Seuil, 2007) et le Privilège de Simone de Beauvoir (Actes Sud, 2008).

Comment réagissez-vous à la décision du tribunal de grande instance de Lille ?

Geneviève Fraisse. On nous propose un grand bond en arrière, vers le temps de la répression sexuelle, vers un temps où les femmes étaient « en charge » d’une sexualité socialement « pure », vers le temps d’une asymétrie entre les sexes. Le mari, lui, était-il puceau ? Mauvaise question apparemment ! On imagine qu’il n’y a aucune raison de s’arrêter en si bon chemin : après la virginité, pourquoi pas la fertilité ? Souvenons-nous que l’absence de descendance a pu entraîner jadis l’annulation d’un mariage... De même, le « consentement mutuel » a été une conquête dans l’histoire du mariage (se choisir et non pas être choisie) comme du divorce : ne plus donner la cause du divorce, avec son lot de faits, de preuves, de culpabilités, mais décider de rompre un lien en gardant par-devers soi les réalités de la désunion, c’est accepter un formalisme démocratique respectueux de l’égalité des individus. Ici, au contraire, cette démarche rouvre le dossier de l’inégalité des sexes.

La notion de « consentement » n’est-elle pas ici dévoyée ?

Geneviève Fraisse. La construction juridique de cet acte de nullité du mariage est tordue : c’est parce qu’elle a menti qu’il y a « une erreur déterminante dans le consentement » du mari. Pourquoi aller chercher une « erreur » ? Il y a donc une vérité de la personne, de la femme, intangible, univoque. La virginité serait-elle de l’ordre d’« une qualité essentielle de la personne », comme le dit l’article invoqué du Code civil ? Mais que sait-on de l’histoire de la perte de cette virginité ? Au total, on passe d’un consentement où priment la liberté et la volonté (et pourquoi pas le désir) à un consentement contractuel, repris ici au nom de la morale, où il ne faut pas faire d’erreur sur la marchandise. On nous invite donc à apprécier le « contenu » du consentement. Il n’y a plus de sujet autonome.

S’agit-il selon vous d’une résurgence anecdotique ou de l’expression d’un retour en arrière plus inquiétant ?

Geneviève Fraisse. S’il y a anecdote, elle est un symptôme. Symptôme d’un marquage des sexes qui se fait toujours au détriment de l’égalité des hommes et des femmes. Nous vivons désormais dans un double discours, égalité des sexes et liberté des femmes du côté de nos démocraties contemporaines, mais aussi respect de dynamiques dites culturelles ou religieuses, obsédées par la séparation des sexes (ne pas être semblables, ne pas se mélanger) et la hiérarchie. Dans ce contexte, la régression générale n’est jamais loin. Les droits des femmes sont réversibles, on le constate à propos de l’avortement en Italie ou en Lituanie. D’ailleurs, nul besoin de regarder hors de nos frontières : en France, l’égalité salariale n’est toujours pas conquise, pas plus que la parité dans les lieux de pouvoir (y compris intellectuel) ; et que dire d’un gouvernement qui supprime le « service du droit des femmes » dans son administration et décide de revenir sur la mixité à l’école ?

Les deux ex-conjoints sont de confession musulmane. S’agit-il selon vous d’une affaire religieuse ?

Geneviève Fraisse. Question intéressante : la religion musulmane impose-t-elle la virginité ? Apparemment, non. Impose-t-elle le port du foulard ? Autorise-t-elle la polygamie ? Rien n’est sûr. Toutes ces questions font l’objet de discussions savantes, et de polémiques sérieuses. Pour ma part, je constate que la religion a bon dos. C’est vrai, aucune religion n’a pensé l’égalité des sexes - même s’il y a toujours des croyants pour plaider l’égalité dans la « complémentarité ». Mais surtout, la religion est de mon point de vue une magnifique couverture pour laisser la régression s’installer...

Entretien réalisé par Alexandre Fache
Article paru dans L’Humanité du 31 mai 2008.

***

Communiqué Collectif National Droits des Femmes

Cela pourrait prêter à rire si ça n’était pas somme toute lourd de menaces : Libération révèle aujourd’hui que le tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage en avril car la mariée n’était pas vierge. En fait, il y aurait eu "tromperie sur la marchandise" car la femme avait prétendu l’être. L’article 180 du Code civil qui a été invoqué par le marié stipule : "S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage."

Ainsi, il existe en France, au 21ème siècle, des juges pour considérer que la virginité (des femmes évidemment !) au mariage est une qualité essentielle... On a vraiment peine à le croire. La police des moeurs est de retour... Bientôt, les femmes seront brûlées sur des bûchers comme des sorcières ! Dormez, braves gens, l’ordre moral veille sur vous.

Plus sérieusement, de quoi la justice se mêle-t-elle ? Pour les intégristes de tous poils, si cela continue comme ça, il ne sera bientôt même plus nécessaire de revendiquer des tribunaux communautaires, ce seront les tribunaux de la très laïque République française qui se chargeront des sales besognes. Quelle aubaine ! Et tout cela sur le dos et le ventre des femmes.

Mais nous l’affirmons solennellement : nous nous sommes battues pour conquérir l’égalité des droits et nous ne nous laisserons pas faire !

CNDF, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, 01 43 56 36 48

***

La Répudiation laïcisée...

3 juin 2008

Communiqué de presse de SOS SEXISME, par Dr Michèle Dayras

Le récent jugement du Tribunal de Lille qui a autorisé l’annulation d’un mariage au motif de « mensonge sur une qualité essentielle de la personne », la virginité de l’épouse, est un pur scandale car il rétablit un système de représentations patriarcales ancestrales contre lequel les féministes luttent depuis des décennies !

Après Sohanne brûlée vive, Ghofrane lapidée, jusqu’où iront les violences sexistes au nom de pratiques culturelles ou cultuelles archaïques ?

Sommes-nous encore dans le pays de l’égalité femmes/hommes inscrite dans la Constitution ? Car si l’on peut généralement prouver la virginité d’une femme, il est impossible de certifier le pucelage d’un homme, ce qui crée ainsi une discrimination entre les sexes. Et si notre société libre a fait disparaître les mariages ‘arrangés’ que nos grands mères subissaient jusqu’au début du 20ème siècle, ce n’est certainement pas pour voir resurgir le tabou de la virginité qui relève de l’intime et non de la sphère publique.

Réduire la femme à sa composante hyménale sous-entend qu’elle n’est qu’un objet de consommation dont la valeur intrinsèque réside dans la présence de ce morceau de membrane qui siège entre ses jambes ; petit bout de viande dont la défloration le soir des noces implique l’honneur de sa famille.

Si elle a déjà perdu sa virginité il y a eu « tromperie sur la qualité de la marchandise » et la jeune fille est rejetée par ses proches. Elle portera toute sa vie l’humiliation de voir inscrit sur son acte de mariage « répudiée parce que non vierge ». Les conséquences de ce fait culturel/cultuel sont désastreuses pour celles qui sont concernées.

Quant à l’amour supposé de l’époux pour la compagne qu’il a choisie, il se limite à l’acquisition d’un produit conforme à ses attentes c’est-à-dire frais, non avarié, dont il sera le premier à faire usage... Les ‘fous de dieu’ ne seront-ils pas récompensés après leur mort par l’accès au paradis où les vierges le sont éternellement ?!... Et Fourniret n’a-t-il pas tué en série pour réaliser son obsession de la virginité ?!

La France combat les mariages forcés, l’excision et les crimes d’honneur qui témoignent de la haine contre les femmes. Elle doit aussi dénoncer les dérives communautaristes sexistes au quotidien : femmes cachées sous les voiles, interdites de sports, confinées à la maison, surveillées par les grands frères.

C’est dans ce contexte que les discours du Président de la République, en totale contradiction avec son rôle de garant de la laïcité lorsqu’ils font l’apologie des religions patriarcales, ont un effet négatif sur la cohésion sociale. Il en est de même des dérives sexistes orchestrées par la Maire de Lille qui autorise les horaires spéciaux dans les piscines pour les intégristes juives et musulmanes.

Quant à la suppression programmée de la mixité scolaire, au retour financé des femmes au foyer pour procréer, au nouveau statut du fœtus fragilisant le droit à l’IVG, au dialogue interculturel et à l’alliance des religions contre les femmes, ils font le jeu des intégristes de toutes obédiences et constituent des menaces qui pèsent lourdement sur nos acquis.

SOS SEXISME condamne fermement toute atteinte au principe de laïcité et tout acte discriminatoire envers la population féminine susceptible de freiner son émancipation, sa libération et sa participation égalitaire à l’évolution de la République.

***

Ni putes ni soumises lance une pétition

Pétition : Pour toutes celles qui souffrent en silence, Nous ne sommes toutes Ni Vierges Ni Soumises

par L’équipe NPNS

L’appel par le parquet de Douai pour revenir sur la décision inacceptable du tribunal de Lille reconnaissant la virginité comme « une qualité essentielle » de l’épouse est une première victoire, mais la bataille est loin d’être gagnée.

Même si incontestablement la justice de notre pays est indépendante et souveraine, il n’en demeure pas moins que le combat démocratique est lui aussi libre et indépendant.

L’écrasante condamnation de cette jeune fille, a une signification sociale très claire en ce qu’elle condamne avec elle des millions de jeunes filles qui, rappelons-le, vivent en permanence sous la pression et le poids des traditions patriarcales. Les communautaristes et les extrémistes religieux de tous bords œuvrent sans cesse pour que ces traditions persistent.

Pourtant Ni Putes ni Soumises, et nous tous, féministes, laïques, alertons depuis 5 ans sur les situations dramatiques que vivent les femmes dans nos quartiers populaires et bien au delà.

Combien faudra-t-il de Sohanne, Samira, Ghofrane, Chahrazad, Myriam pour qu’enfin la justice protège toutes les femmes ? Toutes ces femmes victimes de l’obscurantisme, du poids des traditions, de l’oppression ?

Nous nous sommes accrochés à la Laïcité, à la liberté, à l’égalité, à la mixité. Loin d’être des notions abstraites, ces valeurs sont le véritable moteur de notre émancipation. Partout en Europe, Fathy en Belgique, Souad en Italie, Amineh en Suède et tant d’autres, ont repris ces valeurs. Car pour nous, c’est une question de survie. C’est le sens de notre engagement féministe.

Combien de jeunes adolescentes vont jusqu’au suicide à cause d’un simple flirt, ou subissent des représailles pour avoir parlé à un garçon ou avoir relâché leurs cheveux ? Il est urgent de ne pas oublier ces femmes qui vivent dans la peur, l’angoisse et souffrent en silence !

Nous qui nous sommes battues pour notre émancipation, nous qui luttons encore pour avoir le droit de jouir de notre corps, nous attendons de la Justice qu’elle se range de notre côté : celui du progrès et du droit des femmes. Qu’on en finisse avec ce genre de décision qui sonne comme le glas pour toutes les femmes qui se battent en Inde, en Iran, au Pakistan, au Maroc, en Algérie, en Egypte et ailleurs, contre la lapidation, la répudiation, l’excision et les crimes dit d’honneur.

Nous appelons tous les défenseurs du droit des femmes à se mobiliser. Rassemblons-nous afin que les acquis des luttes féministes profitent à toutes les citoyennes et citoyens. Nous réclamons l’application de la laïcité, véritable vecteur de l’émancipation des femmes et de la démocratie.

Il faut au plus vite que les législateurs rétablissent les failles de la loi, car nous marchons à grand pas vers une sacralisation du communautarisme.

Méfions-nous de tout ce qui peut nous faire glisser vers une "justice à la carte" où chacun pourra choisir son menu selon ses coutumes, sa religion, sa philosophie. Et tout ça, au détriment de l’égalité et du droit des femmes.

Pour signer : Ni putes, ni soumises

Mis en ligne sur Sisyphe, le 5 juin 2008.


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  • Pour info
    (1/2) 11 juin 2008 , par

  • Savoir quel était le degré de liberté de la mariée
    (2/2) 10 juin 2008 , par





  • Pour info
    11 juin 2008 , par   [retour au début des forums]

    Je soumets à lecture cet article paru sur le site du nouvel observateur.
    Article le plus complet paru en France sur le sujet car des journalistes ont rencontré la jeune femme.

    Une justice communautariste ?
    Scandale pour un hymen

    Un mariage annulé pour mensonge sur la virginité de l’épousée, et c’est la France entière qui s’enflamme. Mais que sait-on vraiment des mariés de Lille ? Que dit la tradition musulmane ? Et quelles sont les motivations de Rachida Dati, garde des Sceaux, qui a décidé de faire appel ? Une enquête d’Isabelle Monnin, Agathe Logeart et Marie Lemonnier

    Elle pensait que cela ne regardait qu’elle, l’état de son hymen. Et éventuellement celui qu’elle prendrait pour mari. Mais pour celui qu’elle avait choisi, l’intimité de la femme est patrimoine familial. Et sa non-virginité constituait un affront dont il demandait réparation. Dans ce morceau de peau, petit trophée dont elle le flouait, il mettait l’honneur familial, la tradition et sa position de mâle dominant. Et de la privation dont il se sentait victime, il demandait reconnaissance à la justice de son pays, la France. C’est ainsi que l’hymen d’Inès (son prénom a été modifié) est devenu une affaire nationale. On parle de lui dans les journaux. A la télé, les juristes décortiquent le droit, et les médecins vantent les promesses de l’hyménoplastie qui vous « revirginise » en une intervention. Sur les forums internet, les commentaires se déchaînent. Elisabeth Badinter est choquée. Les associations s’insurgent. Fadela Amara trouve ça « digne de Kandahar », et l’UMP et le PS s’élèvent d’une même voix. A l’Assemblée, les députés s’émeuvent du sort des jeunes filles de France. Et la garde des Sceaux finit par demander qu’appel soit formé de la décision de première instance. Quelque part dans la banlieue parisienne, Inès fait le dos rond. Elle esquive les journalistes, prie pour que son entourage ne fasse pas le rapprochement entre elle et « la mariée qui n’était pas vierge ». Quand son avocat l’a appelée, l’autre jeudi, pour lui raconter l’article dans le journal « Libération » et la déclaration « ulcérée » d’Elisabeth Badinter, elle a pleuré. Ainsi tout recommençait. C’est comme si on jetait du sel sur une plaie ouverte. « Entendre tout le monde parler de moi, c’est très difficile, nous confie-t-elle d’une voix ferme. Je ne suis pas le leader d’un mouvement, je ne revendique rien. Depuis le début, je subis tout dans cette histoire. Que l’on puisse faire appel du jugement alors que je n’ai rien demandé me révolte. Je voudrais juste pouvoir vivre ma vie tranquillement. » Mais Inès, qu’elle le veuille ou non, n’en a pas tout à fait fini avec cette histoire qui commence comme un conte pour jeune fille et se termine dans un enfer pavé de bonnes intentions.

    La journée du 8 juillet 2006 avait pourtant si bien débuté. Inès était en beauté, henné, bijoux et robes tralala. C’était le plus beau jour de sa vie. Elle allait enfin devenir la femme de Hassan (son prénom a également été modifie). L’union, célébrée par la mairie de Mons-en-Baroeul, est suivie d’une grande fête. On vient de tout le Nord, et du Sud aussi, pour célébrer les noces. Hassan aime que les traditions soient respectées. Inès aime Hassan. Ils se sont rencontrés deux ans auparavant lors d’un mariage, déjà. Ils ne font alors que se croiser. Plus tard, les deux familles arrangent des présentations plus officielles. Hassan est né au Maroc en 1976. Il a bien profité de sa jeunesse, il est temps de fonder une famille. Inès a 23 ans, elle est vive et sérieuse. Elle est née à Lens. Elle termine ses études d’infirmière. Pendant deux ans, Hassan, qui est ingénieur consultant à Paris, rend visite à sa promise. Chaque semaine, ils se retrouvent. Quelques heures de discussion et de promenade. Chastes moments passés ensemble. Les familles chaperonnent de loin en loin.
    En juin 2006, Hassan demande la main d’Inès. Une belle cérémonie est organisée, « en grande pompe », comme il dit, pas peu fier de pouvoir offrir cela à ses convives. On mange, on danse, on offre les cadeaux, on applaudit les époux lumineux. Et voici l’heure des mariés. Ca se passe, comme toujours, dans la famille de l’homme. Ils se retirent dans la chambre nuptiale. Inès sait que le moment est important. Elle a un secret à partager avec Hassan. Elle a déjà connu l’amour d’un homme. Pas un gars de passage, elle n’est pas une fille facile ; mais un amoureux qu’elle a fréquenté pendant quatre ans et qui, un jour, a pris sa virginité avant de l’abandonner.

    Hassan aurait pu se taire. Il aurait pu la laisser se faire pardonner son mensonge. Ou, comme d’autres avant lui, se couper au doigt pour recueillir quelques gouttes de sang ; sa famille, pas dupe, aurait applaudi à la tradition honorée. Et les youyous auraient bercé Inès dans sa première nuit de femme mariée. Mais Hassan ne supporte pas. Il rassemble sa colère et sort affronter les siens qui attendent, autour du thé, les preuves de la défloration. « Elle n’est pas vierge. » Il est livide. La famille fait silence autour du fils. Un silence atterré. Inès est désolée. Son beau-père la ramène dès le lendemain à son père, comme une marchandise qui, finalement, ne ferait pas l’affaire. Hassan, lui, ne décolère pas. Il voulait une vierge et il ne l’a pas eue ! Il hurle à la trahison, invoque le déshonneur qui frappe les siens. Que justice lui soit rendue ! Que le contrat soit effacé.
    Le 26 juillet 2006, Inès trouve dans sa boîte aux lettres une invitation à se rendre chez l’huissier : elle est assignée par Hassan devant la justice pour l’annulation de leur mariage. Le ciel lui tombe sur la tête. Elle découvre un Hassan intransigeant et humiliant. Il ne veut rien savoir. Il la prévient : il a le temps et l’argent nécessaire. Il ira en Cassation s’il le faut. Il refuse le divorce, procédure pourtant plus facile, qui n’effacerait en rien ce mariage qui le souille. « On ne peut divorcer que par consentement mutuel ou pour faute, rappelle Xavier Labbée, l’avocat de Hassan. Il n’y avait pas de faute. Et la femme à l’époque ne souhaitait pas la séparation. » Inès cherche un avocat. Me Charles-Edouard Mauger, du barreau de Paris, se souvient de sa réaction quand il a lu l’assignation : « J’étais ulcéré, tout comme Elisabeth Badinter aujourd’hui, que l’on puisse traiter de la sorte un être humain et accorder autant d’importance à cette virginité. » Inès est en état de choc. Celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie ne la respecte pas plus qu’un produit avarié. « Monsieur croyait épouser une fille de caractère sincère et physiquement intègre », dit l’assignation. En annexe, les attestations de la famille C. qui expliquent combien une femme non vierge au mariage est une source de déshonneur. « Ce qui a blessé mon client, c’est le mensonge, plaide pourtant Me Labbée. Si elle avait dit la vérité avant le mariage, il l’aurait acceptée. Après, il n’avait plus confiance. Il n’y a rien de religieux là-dedans. » L’avocat semble oublier qu’il a conclu son assignation par le rappel de l’appartenance des deux mariés à « une communauté où une tradition veut que son épouse demeure vierge jusqu’à son mariage ».
    Il croyait qu’elle était « chaste, pure et sincère » ; elle pensait qu’il était un homme gentil et intelligent, ce qui peut être aussi considéré, après tout, comme une qualité essentielle. Elle s’était trompée. Inès comprend que sa personne importe moins pour son mari que cette petite membrane qui l’obsède. De guerre lasse, après un an de statu quo, Inès « consent » à l’annulation. C’est-à-dire qu’elle se résigne à l’échec de cette relation. Qu’elle n’attend plus rien de cet homme. Elle écrit quelques mots à son avocat ; celui-ci peut faire part de son « acquiescement » à la magistrate en charge du dossier à la première chambre du tribunal de Lille. « L’aquiescement concerne l’annulation de l’union, pas les motifs de cette annulation, tient à préciser Me Mauger. C’était la seule façon pragmatique de se tirer de cette histoire le plus vite possible, puisqu’un divorce était impossible tant que cette procédure était en cours. Mais le motif de l’annulation, son rejet pour non-virginité, reste une meurtrissure pour ma cliente. » Il n’empêche : quand, en avril, la décision tombe et que l’annulation est officialisée par la justice, « Inès était très heureuse ». Elle dit à son avocat : « Je revis. » Et aussi : « Hassan a eu raison défaire cette procédure, parce qu’il m’a fait comprendre que j’allais me planter des années avec ce type. » Inès était soulagée. Inès était libérée.
    « Elle n’est condamnée à rien ! C’est juste un effacement du mariage, elle n’a même pas à porter le fardeau de l’étiquette de femme divorcée », insiste l’avocat du mari. Le jugement, rendu le 1er avril par une magistrate de Lille, ne reprend pas l’argument communautariste ou religieux. Il se base sur l’article 180 du Code civil. La juge, qui n’a jamais rencontré ni Hassan ni Inès, mais s’est fondée sur les conclusions écrites de leurs avocats, explique en substance qu’en lui faisant croire qu’elle était vierge Inès savait qu’elle trompait Hassan sur une qualité essentielle à ses yeux. « La justice n’a pas annulé le mariage parce qu’elle n’était pas vierge, mais parce qu’il y a eu erreur sur une qualité essentielle », martèle le ministère de la Justice. La décision, tranchant un contentieux poisseux, permettait à chacun de retrouver liberté et sérénité. Un avocat lillois en a décidé autrement. Flairant la bonne affaire, et peut-être un marché porteur, Xavier Labbée, le conseil du mari, fit passer le jugement, digne d’un cas d’école, à Pascal Labbée, son frère. Lui aussi avocat, Pascal Labbée est par ailleurs rédacteur de commentaires de décisions de justice pour le recueil Dalloz, destiné aux professionnels du droit. Le 22 mai, il y publie une note concernant l’annulation du mariage d’Inès et Hassan. Il omet bizarrement de donner le nom de l’avocat de Hassan, son propre frère. La note n’échappe pas à une journaliste de « Libération ». Emoi des féministes, indignation des politiques, consigne de la chancellerie pour qu’un appel soit formé : l’ampleur prise par l’affaire dépasse rapidement ses protagonistes. Dans quelques semaines, Hassan et Inès se retrouveront de nouveau, par avocats interposés, devant la justice. « Il s’agira de dire si la virginité peut être considérée comme une qualité essentielle d’une personne », décrypte le porte-parole de la chancellerie. Si la réponse est non, et s’ils ne trouvent pas d’autres raisons d’accéder à leur demande, les magistrats de la cour d’appel de Douai pourraient invalider l’annulation. Et obliger, au nom de principes supérieurs, Hassan et Inès à être mariés. Elle, qu’il croyait vierge. Et lui, qu’elle pensait être un type bien.

    Isabelle Monnin
    Le Nouvel Observateur

    Savoir quel était le degré de liberté de la mariée
    10 juin 2008 , par   [retour au début des forums]

    C’est avant leur mariage qu’elle aurait pu lui dire : « Tu n’as pas à me juger sur le fait que je sois vierge ou pas ». Ou si dès le départ elle avait choisi de mentir, elle aurait pu mentir jusqu’au bout : je crois que par constitution, certaines filles n’ont pas d’hymen, sinon d’autres le perdent en faisant du cheval ou de la gymnastique ; donc elle aurait pu dire que même si elle ne saignait pas, elle était quand même vierge. J’ai entendu parler d’un cas encore plus grave : lors de la nuit de noces, le reste de la famille attendait que le mari ressorte de la chambre avec un drap souillé, or la femme n’a pas saigné et pour cause : elle avait été violée quand elle était enfant et n’en avait parlé à personne. Dans le jugement de Lille c’est sûr que le mari a un critère de choix fasciste et machiste pour trouver une épouse, mais en même temps je peux comprendre qu’il ait demandé l’annulation du mariage : il peut se dire que son épouse n’avait pas à lui mentir, et que si elle commence à lui mentir avant de se marier, ça promet.
    Parmi les gens, religieux ou pas, qui veulent la virginité au mariage, il y en qui sont hypocrites : d’abord souvent l’homme veut que la femme soit vierge alors que lui-même ne l’est pas, d’autre part ce sont les mêmes qui une fois qu’ils auront couché ensemble après le mariage, verront parfois que ça ne va pas, donc ils ne s’entendront pas : il vaut donc mieux consommer avant. Et puis même dans les pays du Maghreb, il ne faut pas se voiler la face (sans jeu de mots !) : beaucoup l’ont déjà fait, et pour montrer le drap souillé à la famille ils égorgent un poulet. Un truc assez choquant : pour dire qu’une femme n’est pas vierge, j’ai déjà entendu un homme (maghrébin) dire qu’elle n’était pas propre !

    Si on y regarde de près, ce n’est pas toujours juste de dire que ces femmes musulmanes ne peuvent pas s’affirmer, qu’elles ont trop la pression de la famille. Les parents de la mariée ont-ils menacé de ne plus lui payer ses études si elle ne se mariait pas avec ce jeune homme ? J’ai l’impression que dans ces milieux il y a soit des filles qui se révoltent et en vont jusqu’à fuir de chez elles et à être hébergées par des associations, soit des filles qui se soumettent, mais pas d’intermédiaire, comme par exemple une fille qui expliquerait à ses parents qu’elle ne souhaite pas forcément épouser un musulman, et si ses parents insistent, expliquer qu’ils doivent vouloir son bonheur, qu’il y a des gens bien qui ont une autre religion, et si vraiment ils ne comprennent pas, leur faire la tête et attendre qu’ils arrêtent de lui mettre la pression pour revenir vers eux. Je ne vois pas pourquoi quand il s’agirait d’une Française de souche qui se soumet on va dire qu’elle n’est pas courageuse, et quand c’est une Maghrébine on dira qu’elle ne pouvait pas faire valoir ses envies. C’est un peu comme si une Blanche disait : « Je ne vais pas quitter mon homme car on ne sait jamais, il peut essayer de me tuer » (ce qui arrive statistiquement) alors que rien ne peut laisser penser qu’il le fera, et que c’est elle qui n’ose pas le quitter. Ce n’est pas parce qu’il y a des cas où les frères et le père vont jusqu’à séquestrer et battre la jeune femme jusqu’à ce qu’elle accepte le mariage que c’est le cas dans toutes les familles musulmanes. C’est quand même plus le cas dans les pays d’origine eux-mêmes qu’en France. Il y a des mariages forcés, mais il y a aussi des mariages arrangés, où il est un peu plus facile pour la femme d’avoir son mot à dire. Et si elle est vraiment répudiée par sa famille, elle peut se dire que ces gens ne la méritent pas puisqu’ils ne veulent pas son bonheur, elle peut prendre un appartement et y vivre seule en attendant de trouver quelqu’un qu’elle aime pour construire une famille, et s’inscrire dans des associations pour trouver des amis, tant pis si elle ne voit plus sa famille. D’autant que certaines de ses cousines seront peut-être jalouses du fait qu’elle au moins a eu suffisamment de caractère, et ne voudront plus la voir. Il arrive qu’une personne porte plainte contre un membre de sa famille pour pédophilie, et que le reste de la famille la rejette : je n’ai jamais vu qu’alors cette personne retire sa plainte pour préserver les liens avec sa famille. Il ne faut pas sacrifier son honneur à tout prix pour préserver les liens familiaux.
    De plus, cette mariée avait une attitude ambivalente : on aurait dit que d’un côté elle se sentait libre, donc n’avait pas hésité à coucher avant le mariage, d’autre part elle culpabilisait de l’avoir fait, c’est pour ça qu’elle avait menti à son mari, et c’est pour ça qu’elle n’a pas remis en cause la demande d’annulation du mariage, considérant implicitement qu’elle n’était pas une bonne musulmane et méritait d’être rejetée. Il aurait fallu qu’elle ait une attitude claire : soit elle couchait et avouait à son mari qu’elle avait déjà eu des relations sexuelles avant lui, soit elle ne consommait pas avant le mariage. Mais pas mentir, puis être prise en défaut ensuite. D’autre part, si elle avait menti sur sa virginité en pensant au déshonneur de sa famille, là c’est raté : car maintenant toute sa famille le sait. Si elle avait avoué à son mari ne plus être vierge, rien ne dit qu’il l’aurait forcément quittée, là le fait qu’il a demandé l’annulation du mariage est lié au moins en partie au mensonge, et pas à l’absence de virginité. S’il l’avait quittée, elle aurait peut-être trouvé à se marier avec quelqu’un d’une autre religion, ou avec un musulman tolérant, ou aurait vécu juste en concubinage, mais les choses auraient été plus dans l’ordre pour sa famille que maintenant. Là, au lieu de s’affirmer tout de suite, « Je ne suis plus vierge et tu peux m’accepter comme telle, ou me quitter », elle a attendu que ce soit un tribunal qui vienne les séparer elle et son mari, et fasse ainsi accepter ça par sa famille : « C’est lui qui a voulu la séparation donc vous ne pouvez pas m’en vouloir ». Elle a peut-être eu la naïveté de penser que si le mari était mis devant le fait accompli, alors que le mariage avait été célébré, il n’oserait pas demander la séparation, alors que c’était plus facile pour lui de la quitter si elle lui avait avoué la perte de sa virginité dès le départ.
    Parmi les jeunes femmes musulmanes, beaucoup revendiquent la liberté, mais elles ne l’ont pas acquise dans leur tête : quand les parents leur serinent qu’il faut qu’elles épousent un musulman, celles qui disent :« Oh mais je ferai ce que je veux » vont ensuite choisir d’elle-même un musulman, et vont argumenter avec force pourquoi il ne faut pas en prendre un autre : elles ont intériorisé la contrainte. Il y en a aussi qui acceptent l’époux que leur a choisi leur famille par loyauté avec leur mère : ma mère n’a pas eu le choix, il n’y a pas de raison que moi je l’aie.

    Le raisonnement de Mme Badinter et de Ni putes ni soumises est théoriquement juste mais souvent faux en pratique. C’est exactement comme si elles disaient : « Il est inconcevable qu’une femme soit battue par son mari, donc forcément celles qui le sont n’ont pas le choix, c’est parce qu’elles n’ont pas l’argent pour le quitter » : ce n’est souvent pas le cas, j’en ai au moins deux exemples dans ma famille. Donc la mariée est peut-être aussi une fille qui avait le choix, elle n’avait peut-être pas la pression de la famille ou très peu, et elle a voulu se conformer à ce qu’on attendait d’elle, ou ce qu’elle pensait qu’on attendait d’elle. La pression familiale peut venir de réflexions du type : « Si tu ne te maries pas vierge tu vas faire mourir ta mère », ou « Les filles qui sont bien se marient vierges ». Après il faut savoir ce qu’on veut, faire de la démagogie ou être libre. Peut-être que c’était une fille qui s’était habituée à mentir, au départ elle mentait peut-être car elle considérait qu’elle ne pouvait pas faire autrement pour certaines choses, puis après elle a menti pour tout ; et il y a aussi un entourage qui sait parfois qu’elle ment et trouve ça mignon, n’essaie même pas de la mettre face à ses mensonges. Je connais des gens pour qui le mensonge du conjoint est quelque chose d’insupportable, même pour des choses bien plus futiles, par principe, et elle doit penser aux conséquences de ses actes.
    Cette affaire devrait pousser à la discussion chez les musulmans, et dans les familles trop rigides les jeunes femmes devraient dire : « A force de nous mettre la pression, voilà à quoi on en arrive », et les parents devraient dire aux filles : « Soit vous ne couchez pas avant le mariage, soit vous assumez, mais vous ne mentez pas ». Et les mères, tantes, … devraient aussi se remettre en question, car si les hommes dictent leur loi, c’est peut-être aussi qu’elles les ont laissé faire. Certaines filles peuvent aussi dire à leur famille : « Moi je me suis soumise à votre pression mais maintenant je vous en veux, est-ce ça que vous vouliez ? ». J’ai une copine née en Algérie qui m’a dit que la fille doit être vierge le jour de ses noces, peu importe si après elle fait les 400 coups : il faut vraiment remettre ça en question. Mais les gens qui sont contre l’islam intégriste se servent de cette affaire pour l’exemple alors que c’est un cas privé. Certes il faut lutter contre les dérives de l’islam : mariages forcés, exigence de virginité, menaces des hommes de la famille, mais ne pas considérer cette affaire comme similaire.
    La virginité est quelque chose de fort, et beaucoup de gens se définissent par rapport à ça, dans un sens comme dans l’autre. Il y a des gens qui sont fiers d’arriver vierges au mariage, à l’inverse il y en a qui passé 18 ans sont honteux d’être encore vierges. Si vous donnez à un homme le choix entre deux femmes identiques, l’une vierge et l’autre pas, généralement il va préférer la vierge. Il y a aussi des filles qui, même sans être fortement imprégnées de religion, se promettent de se marier vierges : elles sont d’autant plus déçues si elles ne s’y tiennent pas et que ça se découvre : c’est ce qui est arrivé à la sœur de Britney Spears… tombée enceinte à 17 ans. C’était peut-être le cas de la mariée, qui par elle-même a culpabilisé parce qu’elle n’était pas vierge et a menti. D’autre part, si un jeune de 22 ans rencontre une fille de 16-17 ans et que ça commence à devenir sérieux, il va lui demander si elle est vierge, pas parce qu’il l’exige, mais pour savoir à quoi s’attendre la première fois s’ils couchent ensemble, et savoir s’il peut la brusquer tout de suite ou pas. C’est peut-être dans cet esprit que le marié a posé la question. Et comme elle a menti, même si ensuite elle explique qu’elle a couché avec un seul homme avec qui elle a eu une relation très sérieuse, il peut croire qu’elle lui ment encore et qu’en fait elle a eu plein d’aventures. De plus, le marié s’est sans doute retenu avec elle car il s’est dit que comme ils allaient se marier et qu’elle était censée être vierge, autant attendre le mariage, alors que s’il avait su la vérité, ils auraient sans doute consommé avant.
    Quand l’affaire sera rejugée, j’espère que le jugement actuel sera confirmé (puisqu’il se base au moins sur le mensonge de la mariée), mais que le juge posera alors la question : « Si elle vous avait dit ne plus être vierge avant le mariage, l’auriez-vous gardée comme petite amie ? » et si le marié répond non, le juge devra alors lui faire la morale par rapport à sa rigidité.
    Je préfère l’attitude des catholiques intégristes à celle des musulmans intégristes : chez les catholiques intégristes, la plupart arrivent vierges au mariage, ou alors ont des relations sexuelles sérieuses même avant le mariage. Mais dans ce cas les femmes n’ont pas recours à des hypocrisies comme le fait de recoudre l’hymen. De même, les hommes respectent les femmes en ne demandant pas un certificat de virginité, comme on demanderait un label rouge pour un jambon. La délivrance de ce certificat devrait être interdite, tout comme le fait de recoudre l’hymen, d’autant que cela a peut-être des conséquences gynécologiques néfastes.


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