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dimanche 7 septembre 2008

La virginité, ce concept flou qui gâche tant de vies

par Stéphanie LeBlanc






Écrits d'Élaine Audet



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De tout temps - et encore aujourd’hui - la virginité a été synonyme de pureté et de vertu. En occident et de plus en plus dans les autres pays, les mariées, vierges ou pas, se marient en blanc. Virginité de l’épouse, traditionnellement garante de la future paternité de l’époux, virginité assurant l’époux que le "territoire" qu’il vient d’acquérir n’a pas été "marqué" par un autre homme. Même dans les cultures où la vie sexuelle est interdite hors mariage pour les deux sexes, ce n’est que de la femme que la virginité est exigée (plutôt absurde, si l’on considère que la majorité des femmes ayant des rapports sexuels hors mariage les ont avec des hommes !)

De tout temps, un hymen intact fut la preuve exigée de la vertu des femmes. "Hymen", du vieux français signifiant "mariage", un petit bout de peau qui n’existe chez aucune autre espèce animale et qui, j’insiste là-dessus, ne joue absolument aucun rôle biologique ! Comment ce petit bout de peau, objet d’un telle obsession, arrive-t-il à causer tant de tort aux filles et aux femmes de la Terre ?

La présence ou non d’un hymen intact ne constitue pas en fait un bon indicateur de la virginité d’une femme. En effet, jusqu’à un tiers des petites filles naissent sans hymen. D’autres ont eu l’hymen rompu lors de l’insersion d’un tampon ou de la pratique d’un sport violent. D’autres encore ont un hymen plus épais qui ne se rompt pas lors d’une pénétration ; il ne fait que s’étirer pour permettre le passage du pénis et reprend sa position après le retrait de celui-ci. Enfin, un petit nombre d’entre elles ont un hymen épais au point d’empêcher toute pénétration. Pour avoir des rapports sexuels avec pénétration vaginale, ces filles doivent subir une hymenectomie, opération se déroulant sous anestésie locale et consistant à pratiquer une incision de l’hymen. Cette opération nécessite des points de suture.

Comme les hymens sont d’épaisseur et de vascularisation variable, il ne se produit pas toujours un saignement lors de la rupture. Le saignement est pourtant considéré dans beaucoup de culture comme une preuve de la virginité, et gare à celle qui ne saigne pas ! Dans certains pays, le drap ayant "servi" lors de la nuit de noce est exhibé dehors le lendemain et on a intérêt à y voir une tache de sang ! Sachant cela, certaines femmes non vierges prévoient utiliser le contenu d’un petit flacon de sang (de poulet par exemple) afin de passer pour vierge. D’autres jeunes femmes se font recoudre l’hymen, même dans les pays occidentaux. Dans les pays à fort tourisme sexuel, la Thaïlande, par exemple, des fillettes forcées de se prostituer sont recousues des dizaines de fois pour être ensuite violées par des pédophiles qui croient ainsi être protégés du VIH/SIDA. Inutile de dire qu’ils n’utilisent pas le condom !

Dans beaucoup de pays, on pratique des tests de virginité afin de délivrer un certificat de virginité aux jeunes filles désirant se trouver un époux, et cette attestation les rend dignes d’être épousées. Dans les pays occidentaux, il arrive que des gynécologues délivrent de tels certificats sur demande, même si la jeune fille qui le demande n’est plus vierge. Au Kenya, pays fortement touché par le VIH/SIDA, des jeunes filles sont examinées à la chaîne sans gants ni lavage des mains. Dans certains pays, des fillettes se font violer par des hommes atteints du VIH/SIDA à cause de la croyance erronée qui veut qu’un rapport sexuel avec une vierge guérisse cette maladie !

Cette obsession de la virginité gâche donc la vie de nombreuses filles, même vierges. Combien de filles sont battues, reniées ou même tuées parce qu’elles n’ont pas d’hymen ? Combien d’autres subiront le même sort parce qu’elles n’ont pas saigné lors de leur "défloration" ? Combien de filles violées sont terrifiées à l’idée qu’on les accuse d’avoir "forniqué" ? Ou qui sucitent la méfiance du fait que leur hymen peut s’étirer sans se rompre ?

Les tabous qui maintiennent les filles dans l’ignorance du fonctionnement de leur propre corps ont des conséquences même chez celles qui ne sont pas issues d’une culture interdisant les rapports sexuels hors mariage. Beaucoup de jeunes filles garderont un souvenir pénible d’une première relation sexuelle avec pénétration à cause de la douleur causée par le déchirement d’un hymen très épais, ou souffrent à chaque pénétration parce que leur hymen ne se rompt jamais et ne s’étire pas suffisamment pour rendre la pénétration confortable.

Un hymen à vif, parce que fraîchement déchiré, ouvre une porte aux infections et facilite la transmission du VIH/SIDA. Une hymenectomie nécessite une convalescence d’une semaine. Peut-être aurait-il lieu d’observer semblable mesure après la rupture d’un hymen épais.

Il est important de s’interroger sur la signification des mots que nous employons. Qu’est-ce que la virginité ? Est-ce le fait de ne pas avoir eu de relations sexuelles ? Qu’est-ce qu’une relation sexuelle alors ? N’est-il pas restrictif de ne considérer comme relations sexuelles que les rapports hétérosexuels qui incluent une pénétration vaginale ? Selon cette définition, les gai-es seraient des vierges éternel-les ! La virginité est-elle le fait d’avoir un hymen intact ? J’ai déjà parlé plus haut des "variétés" d’hymens.

Il est un peu étrange d’entendre des jeunes filles désirant subir une restauration de l’hymen dire qu’elles veulent retrouver leur virginité. Sur un forum de discussion portant sur l’hymenectomie, j’ai déjà lu une lettre d’une jeune femme qui avait un hymen "élastique" et qui s’était fait dire par le médecin qui l’a aidée à accoucher que c’était la première fois qu’il accouchait une vierge... La notion de virginité semble encore plus élastique que l’hymen le plus souple ! Sur une note plus triste, plusieurs jeunes filles acceptent d’être sodomisées pour pouvoir préserver leur virginité.

La sexualité est le seul domaine où l’on ait prévu un terme (vierge ou puceau) pour désigner ceux et celles qui n’en ont pas fait l’expérience (on ne tient bien sûr aucunement compte de la masturbation ou des diverses caresses). Dit-on d’une personne n’ayant jamais sauté en parachute qu’elle est vierge de parachute ? Entend-on d’une personne ayant obtenu son permis de conduire qu’elle est contente d’avoir perdu sa virginité de voiture ? D’ailleurs, pourquoi parle-t-on de "perdre" sa virginité ? Que perd-on exactement ?

En occident, être vierge au-delà des dernières années d’adolescence est fréquemment considérée comme une tare, un sujet de dérision. Dans les films et les émissions pour adolescent-es, les personnages, masculins ou féminins, clairement identifiés comme vierges, sont souvent des personnes naïves, voire idiotes. Beaucoup de jeunes filles se "débarrassent" de leur virginité comme d’un fardeau. Les filles qui ne sont pas encore actives sexuellement se sentent souvent exclues et ont l’impression que les autres accèdent à un mystérieux savoir ou à un statut supérieur du fait qu’elles sont actives sexuellement. Bien sûr, cela vaut mieux que la répression sexuelle, mais cela met quand même une pression indue sur des jeunes filles, qui risquent de se soumettre à des pratiques sexuelles qu’elles ne désirent pas, des pratiques sexuelles à risque et/ou dégradantes, par culpabilité ou pour se sentir "normales".

Il est urgent de mettre fin à cette obsession planétaire malsaine de la virginité ou de la non-virginité des jeunes filles. De mettre fin à toute cette hypocrisie qui impose des critères physiques aux jeunes filles afin de juger de leur "pureté" morale. Avoir un hymen intact ne doit plus être considéré comme une condition sine qua non pour qu’une jeune fille puisse être digne de respect ou même digne de vivre. La vie sexuelle d’une femme hors des liens du mariage doit cesser d’être considérée comme un péché ! Ce domaine est personnel et ce n’est pas l’affaire des voisins ou du prêtre du coin !

Les filles et les femmes ayant subi un viol doivent pouvoir en parler en toute confiance et en toute sécurité. Les tests de virginité, en particulier ceux réalisés dans de mauvaises conditions hygiéniques, doivent cesser. Il faut combattre les mythes au sujet du VIH/SIDA. Il faut mener des actions de sensibilisation auprès des femmes qui pratiquent les tests de virginité dans les pays du Tiers-Monde. On a déjà obtenu des résultats encourageants chez de nombreuses exciseuses qui ont décidé de changer de métier.

Les touristes sexuels potentiels devraient savoir que la "virginité" des enfants exploité-es sexuellement est un leurre et qu’ils et elles sont fréquemment atteints-es du VIH/SIDA. S’ils n’ont pas de concience, peut-être accordent-ils au moins de l’importance à leur propre misérable vie ? Certaines agences de voyages se sont dotées d’un code d’éthique pour dénoncer le tourisme sexuel. Toutes devraient suivre cet exemple.

Pour le reste, la culture occidentale doit cesser d’exercer des pressions sur ses jeunes filles pour qu’elles deviennent actives sexuellement le plus rapidement possible. La sexualité n’a pas à se conformer aux modes.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 août 2008


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Stéphanie LeBlanc



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