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mardi 17 février 2009

Polytechnique – Le contrôle de la représentation par les hommes

par Annick Dockstader, lesbienne féministe






Écrits d'Élaine Audet



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Le film Polytechnique est une fiction qui pousse volontairement à apaiser les tensions. Tout en montrant le caractère politique de cette tuerie, comme le faisait remarquer Mélissa Blais (1), le film, qui est un produit de la société de spectacle, met à l’avant-plan les personnages masculins et a permis au réalisateur de "dédouaner le sentiment d’impuissance de plusieurs gars" (selon les propos même de Denis Villeneuve, dans Le Devoir, 31-01-09).

C’est ce qui explique le choix des personnages, leurs actions et celui du montage des séquences.

Notamment ce personnage fictif de l’étudiant joué par Sébastien Huberdeau. Un homme travaillant, sensible et gentil, qui quitte la salle de cours et laisse ses collègues aux mains du tueur, comme tous les autres hommes de cette salle, (mais lui, après un moment d’hésitation) ; court aviser la sécurité, revient et est en état de choc en les voyant mortes ; tente de secourir une femme blessée ; s’excuse de les avoir laissées seules, etc., et fini par se suicider... En un seul personnage, c’est presque héroïque.

Fait à noter, qu’on nous mentionne au début du film, il s’agit de personnages fictifs. Donc, on a créé un personnage masculin qui vient faire « le bon gars pour les femmes » et qui a pour effet de contre-balancer les actions de l’homme violent qui les tue.

Un autre personnage masculin, celui du chum de l’étudiante rescapée, qui la serre dans ses bras pour la réconforter des cauchemars qu’elle fait. Pourquoi cette nécessité de montrer les femmes protégées par des hommes, alors que cette tuerie montrait précisément la violence faite contre les femmes PAR un homme ?

Lorsque vous irez voir le film, remarquez bien le rôle que jouent les personnages masculins. Ce n’est pas anodin. Exception faite des paroles qui ont été répertoriées sur papier, le reste est une FICTION qui tente de CONTREBALANCER le poids des gestes de cet homme armé qui tue des femmes de manière rationnelle, un geste politique. On ne parle pas des femmes ici.

Ce film est un produit de la société de spectacle. On voit le tueur se préparer, charger son arme, pointer les étudiants-es, tirer maintes fois sur elles (des femmes anonymes),.. C’est ça, le spectacle. On accapare notre vision par les scènes-chocs que l’on voulait voir, qui permettent de montrer le tueur comme un fou, mais qui ne répondent pas au contexte politique. On veut le voir tirer, on veut voir les étudiantes mortes, on nous montre tout ça. C’est un conditionnement qui est passé sous silence.

Milaine Alarie de la CLAP (la Collective des luttes pour l’abolition de la prostitution) (2) écrivait samedi que le réalisateur s’attarde peu au contexte social de l’époque, ne tente pas non plus de léguer un message politique. Mais, il en a un. C’est celui du contrôle de la représentation des hommes dans ce film.

Que dire de la fin ? Ce renversement de la caméra montrant le pavé des néons lumineux d’un couloir d’école. Que tout redevient dans « l’ordre » et tous deviennent lumineux. On est très loin de la réalité. Mais, c’est apaisant après tous ces tirs. C’est beau. C’est bien fait.

C’est un choix d’exclure tout ce contexte politique, alors que le film se voulait un hommage aux victimes, aux femmes mortes. Tuées à cause de la répression que subissent les femmes qui veulent sortir du rôle qu’on leur a assigné.

Il y a bien peu pour les femmes, dans ce film, sinon tout ce qui en a été exclu et passé sous silence. C’est tout le chemin qui reste à faire pour reprendre possession de notre représentation.

Notes

1. "Polytechnique - En souvenir de la féministe inconnue".
2. "Polytechnique et le féminisme au Canada".

Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 février 2009


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