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jeudi 21 mai 2009

La FFQ : nouveau porte-étendard de l’islamisme ?

par Catherine Conde, doctorante en sociologie






Écrits d'Élaine Audet



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À entendre le discours affligeant de la Fédération des femmes du Québec au sujet du port du voile islamique dans la fonction publique, on est en droit de se poser de sérieuses questions quant aux valeurs que cette organisation prétend défendre. N’en déplaise aux féministes de cette organisation qui semblent avoir oublié la sémantique de ce mot, le féminisme est avant tout une idéologie avec sa part nécessaire d’intransigeance. Comme pour toute idéologie, faire dans la nuance s’avère en général une erreur stratégique magistrale. De deux choses l’une : soit l’on soutient que le foulard islamique a toujours été le sceau de l’infériorité et de la soumission des femmes, un symbole sexiste réduisant la femme à un objet sexuel et l’homme à un prédateur aux pulsions incontrôlables, soit on y voit là un signe religieux comme un autre, sans aucune connotation symbolique particulière. Soutenir implicitement la première affirmation, comme le fait la FFQ, mais ensuite la relativiser sous prétexte d’accès à l’emploi ou d’intégration sociale, tient du ridicule le plus total.

Il est proprement honteux que la FFQ défende le droit prétendument inaliénable des femmes de porter le voile, qu’elles le fassent ou non de manière libre et consentante. Car il faut tout de même une bonne dose de naïveté pour penser que ce débat ne se résume qu’à la question de la subordination de la femme. N’est-il pas devenu commun de croiser dans la rue ou sur les campus universitaires des musulmanes habillées à l’occidentale, jeans moulants et j’en passe, tout en portant le voile ? Dès lors, comment ne pas s’imaginer que le voile sert davantage d’emblème idéologique que de symbole de pudeur ?

L’écrivaine d’origine iranienne Chahdortt Djavann, auteure de Que pense Allah de l’Europe ?, a d’ailleurs fort bien compris qu’au-delà de sa spécificité religieuse, le foulard islamique était aussi porteur d’une lourde charge politico-idéologique. Véritable porte-étendard de l’islamisme, argue-t-elle, ce simple carré de tissu résume à lui seul toute la vision du monde islamique – antithèse par excellence du monde occidental –, ce qui revient à dire que la prolifération du voile dans nos sociétés occidentales va de pair avec la progression de l’idéologie islamiste. Le caractère géopolitique que revêt le foulard islamique a également été relevé par de nombreux auteurs, dont Alexandre del Valle qui soutient sans ambages que « le port du voile est en réalité une marque visible de la barrière politico-culturelle qui sépare inexorablement la oumma universelle et extraterritoriale du monde non musulman » (Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, p. 69). En d’autres termes, pour certaines musulmanes (et musulmans), le voile est délibérément exploité à des fins de provocation, en ce qu’il témoigne de façon on ne peut plus explicite du rejet des valeurs occidentales perçues comme profondément décadentes et impies.

Les islamistes, ou les musulmans orthodoxes, interprètent chaque droit qui leur est concédé non pas comme un signe d’ouverture ou de tolérance de notre part, mais comme une manifestation de notre faiblesse morale et de notre insécurité civilisationnelle, bref comme une capitulation, voire un signe de soumission à l’islam. Sur le terrain de jeu des représentations symboliques, c’est la loi du plus fort qui règne : chaque gain obtenu, aussi minime soit-il, est vécu comme une victoire importante, mais aussi et surtout comme la promesse de gains futurs. Par conséquent, en dépit de ce que clament les apôtres du multiculturalisme, qui sont par ailleurs les meilleurs alliés de l’islamisme, il faut cesser à tout prix de voir dans toute contrainte imposée aux minorités ethno-religieuses une forme à peine voilée de racisme ou d’impérialisme culturel occidental. Bien entendu, les partisans du relativisme multiculturel ne peuvent, du moins en théorie, établir une quelconque hiérarchie entre les différentes cultures et les valeurs qu’elles véhiculent (ou alors s’ils le faisaient, ils admettraient par le fait même, implicitement, l’imposture idéologique du multiculturalisme, puisqu’il est contradictoire de prôner à la fois l’universalité des droits de l’homme et le respect des différentes cultures). Si bien qu’un multiculturaliste conséquent ne verra aucune objection à accepter des valeurs menaçantes pour nos sociétés ouvertes bien que ces dernières reposent sur des bases philosophiques fragiles.

Dans son dernier essai intitulé La société ouverte et ses nouveaux ennemis, Alain Laurent a brillamment démontré que les démocraties occidentales, ouvertes au pluralisme et la diversité, contenaient en elles les germes de leur propre autodestruction. Selon lui, le prix à payer pour vivre dans un monde libre et ouvert est une constante vigilance à l’égard de tout ce qui pourrait ébranler les assises juridico-morales sur lesquelles reposent nos sociétés. Voilà pourquoi l’imposition d’obligations contraignantes est le corolaire obligé de l’ouverture (pris en son sens étendu). L’équilibre à respecter est certes des plus délicats, mais s’avère néanmoins vital pour l’avenir de nos démocraties libérales. Tous ceux et celles, et dans ce cas précis je m’adresse à nos féministes officielles de la FFQ, qui tiennent à préserver nos privilèges, notre mode de vie et de pensée, ne doivent pas perdre de vue que ces derniers ne sont pas le fruit d’un heureux caprice de l’Histoire, mais bien le résultat de siècles de progrès et d’acquis en matière de droits de l’homme.

Ainsi, si la FFQ faisait preuve d’un tant soi peu d’objectivité, elle se rendrait compte que son discours n’aide en rien la cause des femmes où qu’elles habitent, et que sa mission première devrait être de défendre les droits qui prévalent en Occident et pour lesquels des générations de femmes se sont âprement battues. Ce n’est pas en flirtant avec des idéologies rétrogrades et farouchement anti-occidentales qu’elle y parviendra.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 21 mai 2009


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Catherine Conde, doctorante en sociologie



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  • Une laicité accommodante ???
    (1/2) 28 mai 2009 , par

  • La FFQ : nouveau porte-étendard de l’islamisme ?
    (2/2) 24 mai 2009 , par





  • Une laicité accommodante ???
    28 mai 2009 , par   [retour au début des forums]

    Pour publication en réponse à l’article de Brigitte Breton, Journal Le Soleil, en éditorial du 23 mai 2009, titrée "Une laïcité accommodante".

    Madame vous écrivez dans ce document :
    "Le voile est signe d’oppression des femmes musulmanes. Nous ne pouvons réfuter cet argument. Il faut néanmoins tenir compte que des femmes choisissent librement de s’en couvrir la tête."

    Je commente :
    Si effectivement il est un signe d’oppression, alors l’État qu’il soit laïque ou pas, doit absolument empêcher toute personne de s’en couvrir la tête. Si par contre il est porté par simple choix, tout employeur peut demander de l’enlever. À ma connaissance depuis toujours la plupart des employeurs ont dicté à leurs employé(e)s la façon de s’habiller. Chemise blanche, cravate, pas de bottes de cowboys, pas de souliers à bouts pointus et j’en passe. J’ai même eu un employeur qui me dictait la couleur de l’habit et celle de la cravate. Le même employeur, et plusieurs autres l’imitaient, n’autorisaient que les têtes à cheveux courts et sans barbe.

    Quantité d’employeurs dictent aussi les vêtements à porter relativement à la sécurité. Chapeaux, bottes, gants, lunettes. Un grand nombre d’employeurs prohibent le port de vêtements trop amples. Pour les femmes la profondeur acceptable des décolletés est établie par l’employeur depuis toujours. De même la longueur de leurs jupes, la hauteur de leurs talons haut, l’épaisseur et la couleur de leur maquillage. De nombreux employeurs obligent le port d’un uniforme donné.

    Imaginez un instant que le port du voile ne puisse être critiqué par les employeurs. Les Sikhs et Hindous refuseront à leur tour de porter les chapeaux de sécurité. Ils le font déjà d’ailleurs. Hommes et femmes de différentes cultures pourront porter des vêtement amples le long des convoyeurs et autres machines tournantes ou grimperont dans des échelles ainsi attriqués. De même plusieurs pourront refuser de porter les gants et bottes en peau de porc lorsque travaillant dans des endroits de haute tension électrique. Et j’arrête ici croyant avoir démontré la non faisabilité de cette approche. Si l’employeur peut dicter les vêtements à porter, l’employé lui demeure libre de choisir l’employeur qui lui convient le mieux.

    Lorsqu’un croyant nécessite d’être accommodé pour pouvoir vivre en société il ne doit pas demander à l’État ou à l’employeur. Il doit simplement demander à la divinité invisible qui le gouverne de le faire. Le dernier exemple important s’est produit ici même au Québec, en 1992, lorsque l’État a obliger les commerces à opérer le dimanche. Le Dieu des catholiques les a accommoder en leur permettant d’obéir à l’État. Avant cette date le fait de travailler le dimanche conduisait automatiquement ces croyants à l’enfer. Ainsi les Vishnu, Bouddha, Jehovah, Yaweh, Krishna, Guru Nanak, Allah et les autres peuvent aussi respecter leurs fidèles.

    Donc je persiste à croire que vous, Françoise David et la FFQ avez tort. Le CSF a raison.

    André Drouin, Hérouxville Qc

    Une laïcité accommodante
    Brigitte Breton
    Éditorial - Le Soleil, samedi 23 mai 2009

    (Québec) L’État n’a pas de religion. Afin que cette laïcité soit bien claire, certains souhaitent que le Québec interdise le port de signes religieux à tous les agents de l’État, qu’ils soient fonctionnaires, enseignants, infirmiè­res, policiers ou juges. Nous ne partageons pas cet avis. Ce n’est pas l’apparence des employés qui assure la neutralité de l’État, mais bien ses actes, ses lois et sa charte des droits et libertés. Un voile, une kippa ou une croix ne peuvent recouvrir ceux-ci.

    Un an après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, la place de la religion dans l’espace public fait de nouveau l’objet de controverse. Et pour cause. Le gouvernement Charest s’est bien gar­dé d’aborder cette délicate question. La Commission lui recommandait pourtant de présenter un Livre blanc sur la laïcité.

    À la suite de leur vaste consultation populaire et d’experts, les commissaires avaient tracé une voie en préconisant une laïcité ouverte. Selon eux, le Québec devrait autoriser les fonctionnaires, le personnel des écoles et les professionnels de la santé de porter des signes religieux au travail. La burka et le niqab étant bien évidemment exclus.

    Parce qu’ils incarnent la neutralité de l’État et parce qu’ils ont un pouvoir de coercition, la Commission suggérait cependant que les policiers, les procureurs de la Couronne, les juges, les gardiens de prison et le président de l’Assemblée nationale s’abstiennent d’afficher leur religion.

    Nous adhérons à cette approche parce que la liberté de religion et de croyance inscrite dans la charte des droits et libertés ne peut être qu’un simple voeu pieux, une liberté circonscrite au foyer et au lieu de culte. Aussi, parce que la société a mieux à tirer de la cohabitation de gens de diverses croyances que de l’exclusion qui favorise la ghettoïsation.

    Que craint-on en permettant qu’une enseignante se présente en classe la tête voilée ? Qu’elle brime la liberté et les droits des élèves et qu’elle tente de convertir les catholiques, juifs, athées ou agnostiques ? Elle aura du boulot, car la religion catholique est toujours celle de la majorité. Seulement 1 % de la population est musulmane. Présume-t-on que la prof voilée est moins compétente, moins tolérante que ses confrères et qu’elle dérogera aux programmes ? Sans afficher aucun signe religieux, des enseignants peuvent être des modèles d’intolérance et d’incompétence.

    Le voile est signe d’oppression des femmes musulmanes. Nous ne pouvons réfuter cet argument. Il faut néanmoins tenir compte que des femmes choisissent librement de s’en couvrir la tête. De quelle autorité pouvons-nous leur dire que nous détenons la vérité ?

    Quant aux femmes sous le joug de leur religion et de leur mari, nous croyons que la meilleure façon pour elles de s’en libérer est d’accéder au marché du travail pour acquérir une autonomie financière et s’ouvrir à d’autres réalités, plutôt que de demeurer voilée à la maison.

    Qu’il porte ou non des signes religieux au travail, qu’il soit croyant ou non, immigrant ou de souche, chaque Québécois sera toujours soumis aux règles, aux lois et aux valeurs fondamentales prévalant ici, dont l’égalité entre les hommes et les femmes.

    Le Québec doit définir son propre modèle de laïcité. Certains vantent le modèle français, alors que des Français envient l’approche développée ici. D’autres désapprouvent la façon de faire trop permissive des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne.

    Retenons que le succès ou l’échec de la cohabitation harmonieuse de gens de religions diverses ne reposent pas uniquement sur le port ou non de symboles religieux. Mais bien sur un ensemble de politiques gouvernementales en matière d’emploi, d’éducation, de justice et d’immigration. Et bien sûr, sur le regard que chaque individu pose sur celui qui diffère de lui.

    La FFQ : nouveau porte-étendard de l’islamisme ?
    24 mai 2009 , par   [retour au début des forums]

    Bon Jour Honorable tout Sisyphe !

    Hier-matin, avons accueilli une Photo de Mariage d’Islam : toutes les Madames portaient le Voile !

    On ne peut mêmne pas les Identifier !

    Espérons que, parmi Elles, ne figurent aucun Mâle ! sinon ce sera comme "drôle" !

    La FFQ en est-Elle Consciente du Choix qu’Elle favorise pour le Peuple du Québec ?

    Amitiés,

    Marcel (Fafouin)
    24 mai 2009


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