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vendredi 22 octobre 2010


Prix Jacques-Rousseau - Le citoyen a le droit de tout savoir
Louise Vandelac veut comprendre la « transformation sociotechnique du vivant »

par Assïa Kettani, Le Devoir






Écrits d'Élaine Audet



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À travers ses travaux, Louise Vandelac s’élève contre le silence de nos « démocraties somnambules ». Devant l’absence de transparence et le manque d’information à la disposition du public, Louise Vandelac en appelle à la responsabilité politique.

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Photo : François Desaulniers

Impossible de se pencher sur le parcours intellectuel de Louise Vandelac sans avoir le tournis. Issue d’une formation en économie politique et en sociologie, elle a mené tout au long de sa carrière des recherches novatrices qui nouent un dialogue entre la sociologie, les sciences politiques, l’économie, les sciences de la santé et les sciences de l’environnement. Elle est aujourd’hui professeure au Département de sociologie et directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM. 

Depuis plus de deux décennies, les recherches de Louise Vandelac gravitent autour d’une thématique fondamentale : la « transformation sociotechnique du vivant ». « Nous avons assisté au remodelage des espèces. Tous les paramètres du vivant sont en train de changer : nous sommes témoins d’une véritable révolution », souligne-t-elle. Elle a interrogé les multiples facettes de cette question en se penchant sur le travail domestique, les technologies de la reproduction, les OGM, la santé écologique, les ressources hydriques ou encore les nanotechnologies.

Ses recherches soulèvent des enjeux philosophiques, politiques, économiques, sociaux ou écologiques. Le prix Jacques-Rousseau, de l’ACFAS, qui récompense chaque année les réalisations d’un chercheur qui a dépassé son domaine de spécialisation, vient donc couronner ce parcours à la croisée des chemins. C’est en effet pour tenter de cerner ces problématiques émergentes dans toute leur complexité que Louise Vandelac brise les barrières disciplinaires : « Dans un univers d’hyperspécialisation des savoirs, la démarche transdisciplinaire privilégie l’étude des relations entre les phénomènes. C’est une démarche qui permet la mise en évidence de problématiques nouvelles et qui offre de nouveaux outils. »

Transdisciplinarité

La transdisciplinarité permet de travailler sur plusieurs interfaces pour mieux comprendre la logique à l’oeuvre derrière ces phénomènes : « Il est passionnant de pouvoir mettre en lumière les relations qui passent d’un secteur à l’autre. On ne peut, par exemple, rien comprendre aux questions écologiques si on ne comprend pas les mécanismes de détérioration de la biodiversité. Compte tenu des urgences planétaires qui sont les nôtres, nous avons intérêt à développer une ouverture et une capacité d’analyse. »

Actuellement, elle concentre ses recherches autour de quatre types de projets : un premier projet sur les nanotechnologies s’intéresse aux dispositifs d’évaluation et d’encadrement de plus de 600 produits alimentaires ou d’usage courant. Un deuxième axe de recherche cible les problèmes de santé liés aux agents polluants persistants et aux effets des perturbateurs endocriniens : augmentation des cancers hormonaux, détérioration du système immunitaire, érosion des facultés intellectuelles. Elle se penche également sur la gestion des déchets dangereux, qui émerge par exemple à travers le dossier de l’incinérateur de Mercier. Enfin, un dernier type de projet aborde la polytoxicosensibilité, c’est-à-dire l’intolérance multiple aux produits chimiques, qui entraîne le développement de problèmes de santé parfois gravissimes après une exposition considérée comme normale. Des sujets brûlants d’actualité qui sont tous reliés par le fil directeur de la transformation par l’homme de son environnement et de l’impact de cette transformation.

Interrogations

Ces réflexions suscitent des interrogations éthiques et médicales. Comment, en effet, concevoir des êtres humains en laboratoire sans se poser la question de la transformation de l’humanité ? Comment accepter la mise sur le marché de produits alimentaires qui pourraient avoir une incidence à long terme sur notre santé, celle de nos enfants, l’environnement, sans exiger que l’innocuité de ces produits soit démontrée ? Quel doit être le rôle de l’État dans l’encadrement de ces transformations et de leurs effets ?

À travers ses travaux, elle s’élève contre le silence de nos « démocraties somnambules » : « Il s’agit de mettre en évidence l’insuffisance notoire de dispositifs d’évaluation rigoureux. Compte tenu de l’extrême complexité de ces questions, il nous semble essentiel qu’il puisse y avoir des débats publics et un véritable travail d’évaluation », affirme-t-elle.

Devant l’absence de transparence et le manque d’information à la disposition du public, Louise Vandelac en appelle à la responsabilité politique : « Le gouvernement a plusieurs missions : il a une mission économique, mais il doit aussi garantir la protection de la santé et de l’environnement. Il ne faut pas que la première soit menée au détriment de la seconde. »

Ainsi, alors que l’urgence de débats publics se fait sentir, ses travaux scientifiques dépassent le cadre universitaire et posent la question de la responsabilité intellectuelle du chercheur. « Pour que la recherche puisse jouer un rôle, encore faut-il qu’on lui en donne la chance, qu’on arrête de considérer le public comme des ignares et qu’on favorise les liens avec la société civile », estime la chercheuse.

* Le prix Jacques-Rousseau a été créé en 1980 en l’honneur de Jacques Rousseau, botaniste, ethnologue et ancien secrétaire de l’Acfas. Il souligne les réalisations scientifiques exceptionnelles d’une personne ou d’une équipe qui a largement dépassé son domaine de spécialisation et qui a établi des ponts novateurs entre différentes disciplines. Il est parrainé par les fonds de recherche du Québec.

Source : Le Devoir, 9 octobre, 2010.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 15 octobre 2010

Pour en savoir plus sur Louise Vandelac


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Assïa Kettani, Le Devoir



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