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lundi 14 février 2011

Prostitution - Ce que vous ne voulez pas savoir existe tout de même

par Rebecca Mott, survivante et écrivaine






Écrits d'Élaine Audet



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La traite domestique des femmes à des fins sexuelles est peut-être bien cachée, mais elle existe.

On ne parle peut-être pas des violences infligées aux escortes, mais elles existent.

Les femmes prostituées qui ne sont pas narco-dépendantes, mais qui sont tout de même traitées comme des marchandises - elles existent.

Les femmes et les filles qui pensent que le seul amour qu’elles peuvent trouver se loge dans les courts moments de non-violence que leur accorde l’industrie du sexe – elles existent.

Les femmes et les filles prostituées qui sont enfermées – elles existent.

Les femmes et les filles captives de l’industrie du sexe et qui ne savent rien de la langue du pays où elles se trouvent – elles existent.

Dire qu’elles n’existent pas, c’est méconnaître délibérément la réalité de l’industrie du sexe.

Les profiteurs de l’industrie du sexe rouleront bêtement sur l’or – cela existe réellement.

Pour vous enrichir dans l’industrie du sexe, vous devez disposer d’un flux constant de femmes et de filles qui sont toujours baisables, et le reste sont détruites et rejetées – ces profiteurs existent.

Pour être un bon profiteur, vous devez transformer ces femmes et ces filles en marchandises, les battre, les violer, amener beaucoup d’hommes à les torturer sexuellement, les couper de l’extérieur et constamment répéter aux marchandises que c’est leur choix d’être là – cette violence et ce lavage de cerveau existent.

Un profiteur apprend rapidement qu’installer le commerce du sexe à l’intérieur signifie que la société ne se préoccupera pas ce qui se passe derrière des portes closes – cette indifférence existe réellement.

Cette indifférence détruit et tue des femmes et des filles à l’intérieur de l’industrie du sexe à chaque instant de chaque jour – leurs tortures, leurs dommages psychiques et leurs décès existent.

Les prostitueurs qui achètent des femmes et des filles juste pour les battre, juste pour les écraser solidement au moyen de violences verbales, juste pour les violer impunément, juste pour les torturer sexuellement comme dans la porno qu’ils ont consommée – ces hommes existent.

Ces prostitueurs vont détruire les femmes où qu’elles soient, s’attaquer à n’importe quelle putain même si elle est vendue comme un produit haut de gamme – ces hommes existent.

Les prostitueurs qui « ne font que parler » parlent souvent pour semer la confusion chez les femmes, s’insérer dans ses interstices de vie privée, parler de violence pornographique et dire ensuite que c’était pour rire ; leur conversation sème la haine et répand la terreur dans la pièce – ces hommes existent .

Il est rare qu’il n’existe aucune violence, aucune torture mentale, aucune crainte de la mort dans la pièce – voilà l’existence des femmes et des filles à l’intérieur de l’industrie du sexe.

Si vous choisissez de dire qu’il s’agit simplement d’expériences malheureuses, juste de femmes et de filles qui n’avaient pas compris les règles de l’industrie du sexe, qu’il s’agissait peut-être simplement de quelques pommes pourries dans le baril, alors non seulement vous racontez-vous des histoires, mais vous participez à la déshumanisation de millions de femmes et de filles à l’intérieur de l’industrie du sexe.

Dans votre ignorance délibérée de leurs enfers, vous devenez une partie du problème ; il est réel que les femmes qui ont quitté l’industrie peuvent éprouver beaucoup de fureur face à votre abandon, pendant que vous cherchez désespérément à prouver que la plupart de celles qui sont à l’intérieur de l’industrie du sexe doivent être heureuses.

C’est un problème de droits humains, c’est un problème de torture à long terme, c’est l’enjeu de l’anéantissement de millions de femmes et des filles, c’est de la violence sexuelle industrialisée, c’est un système profondément raciste, cela affectera chaque femme et chaque jeune fille qui est suffisamment vulnérable, c’est un problème mondial – c’est la réalité de l’industrie du sexe et non quelque fantasme à la « Pretty Woman » que vous pouvez avoir.

C’est l’enfer sur terre – et c’est réel.

Rebecca Mott

Version originale. Traduction : Martin Dufresne.

© Tous droits réservés à Rebecca Mott

Mis en ligne sur Sisyphe, le 28 janvier 2011


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Rebecca Mott, survivante et écrivaine

Je suis une écrivaine britannique, survivante d’abus sexuels dans l’enfance et de la prostitution. Une partie de la maltraitance que m’a infligée mon beau-père durant mon enfance a été la violence psychologique de me faire regarder de la pornographie hyperviolente. Combinées à la violence sexuelle qu’il m’infligeait, ces images me faisaient ressentir que je n’avais d’autre valeur que celle de servir d’objet sexuel à un homme et que le sexe était toujours associé à la violence et à la douleur. À 14 ans, je suis tombée dans la prostitution et elle était extrêmement sadique. Je ne m’en suis pas détournée pas car j’éprouvais trop de haine de moi-même pour y reconnaître de la violence et du viol - j’avais l’impression que c’était tout ce que je méritais. J’ai fait de la prostitution entre l’âge de 14 ans à 27 ans et, la majorité du temps, les hommes qui m’achetaient tenaient à m’infliger des rapports sexuels très sadiques. Je me suis habituée à des viols collectifs, du sexe oral et anal violent, et au fait de devoir jouer des scènes de porno dure - cela devint mon existence. J’ai failli être tuée à plusieurs reprises, et fait beaucoup de tentatives de suicide, mais j’ai survécu. Quand j’ai réussi à quitter le milieu, j’ai effacé durant 10 ans la plupart de mes expériences. Ce n’est qu’après avoir dépassé le souvenir des violences de mon beau-père que j’ai trouvé l’espace mental pour me souvenir. Se souvenir de la prostitution est terrible, et je souffre d’un lourd syndrome de stress post-traumatique (SSPT). J’ai créé mon blog pour explorer mon SSPT à titre de survivante à la prostitution, pour réclamer l’abolition du commerce du sexe et pour faire état des conditions terribles de la prostitution vécue à l’intérieur. J’essaie d’écrire de la prose poétique, mais je crois que mon travail est de nature politique.



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