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dimanche 3 avril 2011

Côte d’Ivoire - Attaquées par l’armée de Gbagbo, des femmes résistent et appellent à l’aide

par David Smith, The Guardian






Écrits d'Élaine Audet



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D’abord de la culpabilité, ensuite de la douleur, puis du dégoût. D’abord des larmes, puis de l’insomnie, ensuite le défi. Tel a été le trouble intérieur de Aya Virginie Toure, principale organisatrice d’une manifestation pacifique de 15 000 femmes qui s’est terminée dans un carnage horrible impensable.

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Photo : Sia Kambou/AFP/Getty Images. Mars 2011.

Comme des millions de gens en Côte d’Ivoire et dans le monde entier, Toure a eu la nausée, la semaine dernière (début de mars), quand des soldats loyaux au Président en exercice, Laurent Gbagbo, ont braqué leurs mitraillettes sur les manifestantes et ont tiré. Six ont été tuées sur place, une septième est morte à l’hôpital et près d’une centaine ont été blessées tandis que les rues d’Abidjan baignaient dans le sang. 

Mais résolues et la tête haute, des femmes jeunes et vieilles, sont revenues en force cette semaine brandissant des panneaux qui disaient : « Ne tirez pas sur nous », une action qui a suscité l’admiration du président Barack Obama et qui attestait du riche héritage de militantisme féminin en Afrique occidentale, annonciateur de la perte de Gbagbo.

Toure est présidente du groupe de femmes alliées au parti d’Alassane Ouattara, l’homme que la communauté internationale considère comme le vainqueur des élections contestées de novembre. Elle a appelé à la manifestation du 3 mars pour intensifier la pression sur Gbagbo afin qu’il démissionne. « Ils disaient qu’en tant que femmes, elles devaient faire leur part maintenant, rappelle-t-elle. Les forces de Gbagbo ont tiré sur des hommes, mais nous n’avons jamais pensé qu’elles tireraient sur des femmes ». Toure estime que près de 500 des manifestantes étaient soit nues, soit vêtues de noir. « En Afrique et en Côte d’Ivoire, c’est comme une malédiction », a-t-elle expliqué. « C’est pourquoi les soldats étaient effrayés et ont tiré sur elles. »

« Certaines avaient aussi des balais et des feuilles dans les mains. Elles maudissaient l’autorité de Gbagbo et lui jetaient un sort : Si tu es né d’une femme, retire-toi, sinon tu peux rester. Voilà pourquoi les soldats avaient peur. Les femmes sifflaient, chantaient, scandaient et dansaient pour encourager M. Gbagbo à s’en aller. Des tanks et des Humvees ont fait leur apparition. » Les femmes se mirent à applaudir parce qu’elles pensaient qu’ils les soutenaient. Mais soudain, ils se sont mis à tirer sur elles. Une femme avait un bébé sur le dos. Elle est morte, mais le bébé a survécu. « Quand je suis arrivée sur place, c’était terrible. Les gens devenus fous se jetaient sur le sol. Des femmes pleuraient et il y avait du sang. Certaines femmes couraient et d’autres recouvraient les cadavres de vêtements ou de linge. Elles disaient : Gbagbo nous a tuées, Gbagbo nous tue ! S’il vous plaît, aidez-nous, aidez-nous ! »

Le massacre a été une épreuve épouvantable pour la confiance en soi et la résistance de Toure. « Mon premier sentiment fut la culpabilité. J’avais appelé toutes les mères et toutes les sœurs dans la rue et je me sentais coupable de ce qui était arrivé. J’ai passé toute la journée à pleurer, me demandant ce que nous allions faire maintenant. Ensuite, j’ai éprouvé une grande douleur pour celles qui avaient perdu la vie. Je n’ai pas pu dormir de la nuit et j’ai dû prendre des somnifères. Enfin, j’ai dit aux femmes que si nous nous arrêtions ici, ce serait comme si nos amies étaient mortes pour rien. Nous devions continuer le combat pour honorer leur mémoire ».

Quand on lui a demandé ce qu’elle éprouvait pour Gbagbo, elle a répliqué : « Du dégoût. De la pitié. Il est fou. Personne ne peut faire ce qu’il a fait contre des femmes. Je ne peux pas dire que je le hais parce que je suis chrétienne, mais il doit démissionner. Gbagbo n’aime pas les Ivoiriens, la seule chose qu’il aime est son siège présidentiel. »

Toure ne se sent plus en sécurité chez elle. Par précaution, la grand-mère de 58 ans dort à différentes adresses chaque nuit. Mais malgré la menace, a-t-elle dit, trois fois plus de manifestantes que celles qui avaient manifesté le 3 mars se sont présentées pour marquer la Journée internationale des Femmes (le 8 mars).

« Nous continuerons à marcher jusqu’à ce que Gbagbo démissionne », a dit Toure. « Il a tué ces femmes parce qu’il voulait créer la peur. Quand une population aspire à la liberté, elle n’a pas peur. Elles n’avaient pas peur ce jour-là. Aujourd’hui, je suis fière comme femme ivoirienne de résister à la dictature et de choisir notre propre camp. »

La Côte d’Ivoire a une longue tradition de militantisme féminin qui précède l’indépendance du pays, en 1960, époque où des épouses marchèrent sur la ville de Bassam pour réclamer la libération de dirigeants emprisonnés par les colonialistes français. « Les femmes descendent dans la rue quand les hommes ont échoué, dit Toure. Quand les femmes descendent dans la rue, cela indique que la situation n’est pas bonne. »

Un mouvement pacifique de femmes dans le pays voisin, le Liberia, a précipité la fin de guerre civile et forcé le Président Charles Taylor à l’exil. Le pays a ensuite choisi Ellen Johnson Sirleaf comme première cheffe d’État africaine élue.

Mais la semaine dernière, ce qui a choqué à tous points de vue, c’est la réplique de l’armée ivoirienne qui a attaqué des femmes, provoquant la mort de certaines d’entre elles, ce qui était jusque-là considéré tabou. C’est, de loin, perçu comme l’un des jours les plus sombres que le pays a vécus.

L’indifférence du monde

Certaines femmes ont l’impression que la réponse du monde a été inadéquate. Kandia Camara, une membre du gouvernement en attente de Ouattara, responsable de l’Éducation et des affaires des femmes, a dit : « Nous sommes vraiment déçus par la communauté internationale. C’est comme si personne ne voulait nous aider. Ils nous regardent nous faire tuer sans rien faire. Il n’y a pas de respect pour la vie humaine ici en Côte d’Ivoire, pourtant, personne ne réagit. Nous avons besoin d’une aide immédiate, pas demain, pas le semaine prochaine, pas le mois prochain. » Elle a même comparé la situation actuelle au génocide notoire des années 1990. « Nous ne voulons pas que M. Gbagbo tue tout le monde comme cela s’est passé au Rwanda, et qu’ensuite la communauté internationale vienne s’excuser. Agissez maintenant au lieu de dire plus tard : on s’excuse. Nous n’avons pas besoin de médecin quand le patient est mort. »

Camara, 51 ans, se terre à l’Hôtel du Golf, protégée par des agents de la paix de l’ONU et encerclée par les troupes de Gbagbo depuis les élections de novembre. Elle n’a pas vu depuis près de quatre mois son mari ni ses enfants âgés de 7 ans à 20 ans. Sa famille se cache à Abidjan et elle ne peut communiquer avec elle que par téléphone. « Pour une mère, c’est très difficile, a-t-elle dit. Toutes les femmes de la Côte d’Ivoire supplient la communauté internationale de venir nous aider à mettre fin au massacre de nos femmes, nos enfants, nos hommes, notre pays. La Côte d’Ivoire est en train de mourir à cause de cet homme. M. Gbagbo n’est pas un homme normal. Il est fou. »

« S.v.p., s.v.p., s.v.p., l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’ECOWAS (le bloc régional d’Afrique de l’ouest), l’Union africaine, pitié pour le peuple ivoirien. Nous sommes sans défense maintenant. Nous ne savons pas quoi faire. C’est catastrophique. »

- Version originale : "Ivory Coast women defiant after being targeted by Gbagbo’s guns - Slaughter of protesters calling for president Laurent Gbagbo to quit heightens resistance", The Guardian, 11 mars 2011.

- Traduction : Édith Rubinstein, Liste Femmes en noir, 30 mars 2011. Pour vous inscrire à la liste de Femmes en noir, cliquez ici.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 1 avril 2011


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