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mercredi 13 avril 2011

Prostitution en Suède - Ce pourquoi nous avons criminalisé l’achat de services sexuels

par Beatrice Ask, ministre suédoise de la Justice et Affaires intérieures






Écrits d'Élaine Audet



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    La Suède lutte contre la traite à des fins sexuelles. La criminalisation de l’achat de services sexuels a été un succès. Existe-il d’autres façons de s’en prendre à la traite à des fins sexuelles ? Aucun pays ne peut seul, par ses propres mesures nationales, lutter avec succès contre cette traite. La coopération internationale et le partage des meilleures pratiques est de la plus haute importance. - Beatrice Ask, ministre de la Justice et Affaires intérieures en Suède

Stockholm, Suède (CNN) - En 1999, la Suède est devenue le premier pays au monde à criminaliser l’achat – mais non la vente – de services sexuels. Au fil des années, l’intérêt d’autres pays pour notre législation s’est accru, principalement parce que l’on constate clairement un lien entre la prostitution et la traite des êtres humains.

La Suède a connu un flot constant de visiteurs qui viennent étudier le modèle suédois et ses effets observables. Nous avons accueilli des parlementaires et d’autres responsables politiques, des experts et universitaires et des représentants de groupes d’intérêt. La Norvège et l’Islande, par exemple, ont maintenant leur propre forme de criminalisation de l’achat de services sexuels. Je suis heureuse que plusieurs pays envisagent de suivre l’exemple suédois.

Le principal facteur qui entretient la prostitution et la traite des personnes est la demande pour ces services, c’est-à-dire l’achat du sexe par des gens. Les efforts visant à contrer la demande sont donc d’une importance fondamentale.

L’interdiction suédoise de l’achat de services sexuels a récemment fait l’objet d’une évaluation. Selon les conclusions de l’évaluateur nommé par le gouvernement, la prostitution en Suède n’a pas augmenté depuis l’instauration de l’interdiction de la prostitution et la prostitution de rue a été réduite de moitié. Bien que le nombre de femmes étrangères impliquées dans la prostitution en Suède semble avoir augmenté au cours des années, cette augmentation n’est pas aussi grande que celle constatée chez nos pays voisins.

L’évaluateur a également conclu que la prostitution où le premier contact se fait par Internet est plus répandue chez les pays voisins et que l’interdiction suédoise n’a pas amené la prostitution de rue à se déplacer verss Internet.

Aucun élément probant ne suggère non plus que les femmes prostituées autrefois exploitées dans la rue sont maintenant engagées dans la prostitution à l’intérieur (en bordel, par exemple).

L’évaluateur a également noté que l’interdiction de l’achat de services sexuels a eu un effet normatif et qu’il existe désormais en Suède un ferme soutien pour cette interdiction.

En outre, la police affirme, comme les travailleurs sociaux, que les groupes criminalisés qui vendent des femmes à des fins sexuelles considèrent maintenant la Suède comme un marché médiocre. Ils choisissent de ne pas s’établir en Suède à cause de notre législation. Les quelques cas qui ont été découverts ont une portée nettement moindre que dans d’autres pays.

Selon notre police nationale, il est clair que l’interdiction de l’achat de services sexuels agit comme une entrave aux trafiquants et aux proxénètes qui envisageraient de s’établir en Suède.

La traite des êtres humains est, nous le savons tous, un problème croissant dans le monde entier. Aucun pays ne peut seul, par ses propres mesures nationales, lutter avec succès contre cette traite. La coopération internationale et le partage des meilleures pratiques sont de la plus haute importance.

Donc, après 12 ans d’une loi interdisant l’achat de services sexuels, on peut établir que l’interdiction en Suède a été d’une grande valeur dans la lutte contre la prostitution et la traite des êtres humains. Ce n’est certainement pas une solution qui résout tous les problèmes à la fois, mais c’est un pas dans la bonne direction. La criminalisation ne peut jamais être plus qu’un complément de mesures sociales plus globales, nécessaires pour combattre et prévenir la prostitution.

J’espère que d’autres pays envisageront de suivre la voie que la Suède a choisi d’emprunter dans ce dossier. Chaque pays doit trouver la législation la mieux adaptée à son appareil juridique - mais j’espère que davantage de pays feront des efforts pour diminuer la demande de services sexuels.

Si oui, alors je pense que nous pouvons éviter que des jeunes filles et des garçons soient exploité-es par des trafiquants d’êtres humains.

Note de l’éditeur (CNN) : Beatrice Ask est ministre suédoise de la Justice et des Affaires intérieures. Les opinions exprimées dans ces commentaires sont uniquement celles de Beatrice Ask.

- Version originale.
- Traduction : Martin Dufresne

- Lire le Dossier Prostitution sur Rue89.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 avril 2011


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Beatrice Ask, ministre suédoise de la Justice et Affaires intérieures



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