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mardi 13 septembre 2011

« Abolir le système prostitueur » - "L’imposture", d’Ève Lamont, première en Europe le 1 octobre
Au festival Femmes en résistance






Écrits d'Élaine Audet



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« L’imposture », d’Ève Lamont, première en Europe, et séance avec le Mouvement du Nid à voir au Festival de Femmes en Résistance

Le 1er octobre à 21h
Espace municipal Jean Vilar
1, rue Paul Signac
téléphone : 01 41 24 25 55

« Abolir le système prostitueur », c’est le nom de la séance du samedi soir pour la 9ème édition du festival Femmes en résistance… pas étonnant, donc, que le Mouvement du Nid ait souhaité être présent et c’est avec plaisir que nous l’accueillerons à Arcueil pour répondre à des questions à l’issue de la projection du dernier film d’Ève Lamont dont ce sera la première diffusion européenne. Un film militant, fait de témoignages de femmes sorties ou encore sous l’emprise du système prostitueur. Aux côtés du Mouvement du Nid, nous aurons également le plaisir de recevoir Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

Alors n’oubliez pas, et transmettez l’info :

« L’imposture » à Femmes en résistance, c’est le samedi 1er octobre à 21h00 à l’espace municipal Jean Vilar à Arcueil !

Et retrouvez le programme complet ici ou en pdf.

Qui peut le mieux s’exprimer à propos du système prostitutionnel, sinon les personnes prostituées elles-mêmes ?

La réalisatrice québécoise Ève Lamont, riche de leur apport et de leur complicité, fait fructifier leurs témoignages – 75 femmes rencontrées au fil d’une enquête de plusieurs années – dans « L’Imposture », un documentaire choral inoubliable.
Le Mouvement du NID

« Un marché du sexe entre adultes consentants, un métier comme un autre, voire l’exercice d’une liberté sexuelle profitable »... aux femmes : la liste est longue des euphémismes faussement subversifs, mobilisés pour la défense du système prostitutionnel, et qui n’ont d’autre but que sa perpétuation ; qui sont autant de prétextes pour justifier le droit de certains hommes à faire main basse sur le corps de femmes corvéables sexuellement.

Voici pour l’imposture du titre, l’imposture qui sert commodément à esquiver les questions fécondes : pourquoi le droit d’être prostitueur n’est-il jamais questionné ? Pourquoi tant de personnes prostituées, indépendamment de leur voie d’entrée dans la prostitution, souhaitent désespérément en sortir, sans que rien ou presque ne soit fait – au Québec, en France et ailleurs... - pour le leur permettre ?

Le travail d’Ève Lamont ne fournit pas un prêt-à-penser sur la prostitution. Elle invite au contraire une dizaine de femmes à vivre sous l’oeil de sa caméra : l’une peint, l’autre coiffe, une autre déambule dans les couloirs de son école... toutes investissent un quotidien arraché hors de la prostitution ; cette proximité complice (que l’on devine acquise en récompense d’un long travail de la cinéaste) ouvre grand les yeux et les oreilles des spectateurs. À quelques rares exceptions près, tout le documentaire est une tribune offerte à des femmes ayant vécu dans le système prostitutionnel des expériences variées : l’occasion inédite d’un discours enfin débaillonné.

Et sans fioritures. La prostitution ? Un viol continuel, on accepte de se faire payer pour être violée. Les violences incessantes des "clients". Payer donne tous les droits : puisqu’ils payent plus, tu dois en faire plus, et particulièrement celui de se venger sur autrui de ses échecs et défaillances personnels... Elles racontent comment les prostitueurs tirent profit des situations de faiblesse qu’ils repèrent : les clients de la rue sont tout aussi violents que les clients du bordel, mais il est plus difficile de négocier avec eux, ils pensent que tu dois te contenter de peu, puisque tu es dans la rue, c’est que tu es désespérée. La violence des clients et des proxénètes s’inscrit bien souvent dans une continuité, celle de l’inceste et des agressions sexuelles subies dès l’enfance.

Sans jamais tomber dans le misérabilisme, les témoignages sont acérés par le recul et la lucidité qui animent ces survivantes. Elles n’ont rien à prouver, seulement elles refusent désormais d’être jugées, elles exigent le respect, après n’avoir eu d’autre valeur aux yeux d’autrui que celle d’objet sexuel. Leurs convictions ont une force d’évocation extraordinaire, et même vertigineuse, lorsque l’on suit l’une d’entre elles poursuivre cette inlassable quête de parole en faisant témoigner à son tour d’autres
personnes prostituées, au sein du centre d’accueil Projet intervention prostitution de Québec.

Quel accueil est réservé à ces femmes en lutte ? La police, loin de représenter un secours, est vécue comme un nouvel agresseur. Les dispositifs de l’accompagnement social sont quasi-inexistants. La brève interview d’une travailleuse sociale permet de mettre en balance les moyens dérisoires mis en oeuvre pour la protection des personnes prostituées, et la véritable machine de guerre de "l’industrie du sexe". Le proxénétisme, organisé en gangs criminels, est performant : il lamine ses victimes en organisant notamment leur déplacement de ville en ville — une traite intérieure souvent passée sous silence — et ne dédaigne pas le marketing : selon les lubies des prostitueurs, les proxénètes raflent prioritairement des femmes de plus en plus jeunes et d’un type ethnique – noires, asiatiques, aborigènes – devenu à la mode sur le "marché".

Des manoeuvres facilitées par la complaisance de la société toute entière, qui produit une imagerie sexy et glamour de la prostitution rebaptisée "escorting" ou en tire des profits dérivés – que l’on songe aux recettes publicitaires des annonces proxénètes, dont bénéficient les journaux. Et lorsque les survivantes de la prostitution s’efforcent de reprendre leur place légitime au sein de la société, elles rencontrent parfois le mépris et les médisances. Le déni des violences qu’elles ont subies interdit la mise en oeuvre d’une prise en charge à la hauteur, notamment dans le domaine de la santé et face aux troubles psychiques résultant des traumatismes endurés.

« Tout ce que je sais sur la prostitution, confie Rose Dufour, qui anime l’association La maison de Marthe, ce sont les personnes prostituées qui me l’ont enseigné. » * Pourvu que cette attitude - écouter les premières intéressées – se répande parmi les acteurs sociaux et les pouvoirs publics. Le documentaire d’Ève Lamont est salutaire, en ce qu’il contribue à faire entendre les voix de ces femmes, qui proclament : « On est fortes ! » Qu’elles soient enfin entendues.

" La Maison de Marthe travaille à l’accompagnement des personnes prostituées et à l’information sur le système prostitutionnel. Rose Dufour est anthropologue, nous avions recensé dans un précédent numéro de Prostitution et Société son ouvrage Je vous salue... le point zéro de la prostitution (à lire ). Lire aussi : « C’est glacial comme histoire : témoignage de Jade sur son expérience de la prostitution », par Jade et Rose Dufour, Sisyphe, avril 2005.

* Lire aussi : « Le film L’Imposture - La parole de femmes qui veulent se libérer de la prostitution », par Micheline Carrier, Sisyphe, 22 novembre 2010.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 13 septembre 2011


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