| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






mardi 24 janvier 2012

Prostitution - Quand s’exprimer est dangereux

par Rebecca Mott, survivante et écrivaine






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Prostitution - Silence et tapage : la limite des mots
Je célébrerai la Journée internationale des femmes quand…
Chanson pour mon âme guerrière
En studio avec Ruth – Interview de Rebecca Mott, femme rescapée de la prostitution et abolitionniste
Prostitution et viol de mineures - Pas le droit d’être trop jeune
Le "travail du sexe" est une arnaque
Prostitution - Un tissu de mensonges répandus à souhait
La pornographie ? Parlons-en
Prostitution – Le viol comme routine et le traumatisme comme fosse
Prostitution - J’ai le cœur qui désespère
Prostitution - Nos corps et nos esprits sont lourds de l’indicible
Les bons prostitueurs, ça n’existe pas
Le véritable danger du proxénétisme tient à la légitimité qu’il a acquise
Prostitution - Votre sollicitude nous tue, levez le huis clos
Prostitution - Être transformée en poupée porno
Prostitution - Mes années perdues
Prostitution - Un déni facile à comprendre
Prostitution - Méthodes de l’esprit proxénète
Prostitution - Écrire de l’intérieur et nommer l’ennui
Prostitution - Des mots qui désignent la réalité des femmes prostituées
Prostitution - Se faire manipuler, le quotidien des femmes prostituées
La crainte d’une voix distincte, celle des survivantes de la prostitution
Prostitution - Je dois me vider le coeur
Prostitution - Je rêve de tout cœur
De nouveaux mythes dangereux entourant la prostitution
Pornographie – La toile blanche
Prostitution - Confiance brisée
Prostitution - Je me suis absentée
Manif Reprendre la nuit - Un malaise dans l’âme
Prostitution - Faut-il se contenter de réduire les méfaits ?
Pendant que vous défilez, nous, on se noie !
Prostitution et viol - Dommages collatéraux
La Journée internationale de non-prostitution le 5 octobre
Prostitution - Vivre avec la mort
Prostitution et déni – Le mythe de la prostituée heureuse
La porno m’a façonnée
Aussi longtemps que les "Slutwalks" définiront la prostitution comme un travail, nous ne voulons rien avoir affaire avec ces défilés
Pourquoi je ne participerai pas à la ‘Slutwalk’ - L’ultime "salope"
Prostitution - Ce que vous ne voulez pas savoir existe tout de même
Prostitution - Du sang dans la pièce
Mes craintes face aux pressions pour dissimuler la prostitution derrière des portes closes







Prendre la parole en tant que femme sortie de la prostitution peut être terrifiant. Pas à cause du déclenchement évident des émotions réprimées, des effets prévisibles du traumatisme ou de la profonde douleur qui est ranimée. Tout cela est prévisible, et c’est la raison principale pour laquelle s’exprimer est plus une mission qu’un choix.

Non, parler en tant qu’ex-femme prostituée est rendu terrifiant à cause de certaines attaques vicieuses et hautement personnelles.

Ces attaques ne surgissent pas au hasard : elles sont principalement le fait des gens qui soutiennent le commerce du sexe et qui ont souvent beaucoup à gagner en muselant les femmes qui en sont sorties. Ces attaques sont planifiées, elles ne sont pas naïves - elles viennent de personnes qui ne sont pas innocentes. Beaucoup des attaquant-es pourraient être des proxénètes ou des gens qui veulent le devenir, même s’ils se qualifient de gens d’affaires ou prétendent être des putes bien dans leur peau.

Les femmes sorties de l’industrie doivent être muselées parce que nous faisons l’impardonnable, nous nous souvenons et nous savons ce que la prostitution est vraiment.

Nous n’étions pas censées nous en souvenir, en fait, nous étions censées en mourir ou être suffisamment détruites au plan mental pour ne nous souvenir de rien.

Nous nous souvenons des conditions vécues quand nous étions prostituées. Nous nous souvenons de viols multiples au-delà de ce que cherche à savoir un esprit. Nous nous souvenons de toutes les violences mentales et physiques, et nous nous souvenons du temps d’avant la condition sous-humaine qui nous fut imposée.

Nous ne sommes pas censées savoir que nous sommes et pouvons être des humaines à part entière.

On nous a implanté dans le cerveau l’idée que nous étions des marchandises à baiser ; nous étions trois orifices et deux mains, notre seule fonction était d’être de la porno vivante.

Notre humanité était sans importance – seule comptait notre profitabilité.

J’ai constaté que plus je parlais et j’écrivais de façon forte et claire, plus les attaques dirigées contre moi étaient personnelles et vicieuses. Je suis actuellement en très mauvaise condition mais, en définitive, la raison pour laquelle on m’attaque c’est que ces gens ne peuvent nier ce que je dis, alors ils doivent plutôt tenter de détruire mon essence.

Texte original : « When Speaking Out is Dangerous ».

Traduction : Martin Dufresne

Mis en ligne sur Sisyphe, le 17 janvier 2012


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Rebecca Mott, survivante et écrivaine

Je suis une écrivaine britannique, survivante d’abus sexuels dans l’enfance et de la prostitution. Une partie de la maltraitance que m’a infligée mon beau-père durant mon enfance a été la violence psychologique de me faire regarder de la pornographie hyperviolente. Combinées à la violence sexuelle qu’il m’infligeait, ces images me faisaient ressentir que je n’avais d’autre valeur que celle de servir d’objet sexuel à un homme et que le sexe était toujours associé à la violence et à la douleur. À 14 ans, je suis tombée dans la prostitution et elle était extrêmement sadique. Je ne m’en suis pas détournée pas car j’éprouvais trop de haine de moi-même pour y reconnaître de la violence et du viol - j’avais l’impression que c’était tout ce que je méritais. J’ai fait de la prostitution entre l’âge de 14 ans à 27 ans et, la majorité du temps, les hommes qui m’achetaient tenaient à m’infliger des rapports sexuels très sadiques. Je me suis habituée à des viols collectifs, du sexe oral et anal violent, et au fait de devoir jouer des scènes de porno dure - cela devint mon existence. J’ai failli être tuée à plusieurs reprises, et fait beaucoup de tentatives de suicide, mais j’ai survécu. Quand j’ai réussi à quitter le milieu, j’ai effacé durant 10 ans la plupart de mes expériences. Ce n’est qu’après avoir dépassé le souvenir des violences de mon beau-père que j’ai trouvé l’espace mental pour me souvenir. Se souvenir de la prostitution est terrible, et je souffre d’un lourd syndrome de stress post-traumatique (SSPT). J’ai créé mon blog pour explorer mon SSPT à titre de survivante à la prostitution, pour réclamer l’abolition du commerce du sexe et pour faire état des conditions terribles de la prostitution vécue à l’intérieur. J’essaie d’écrire de la prose poétique, mais je crois que mon travail est de nature politique.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2012
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin