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vendredi 10 février 2012

Prostitution - Le mythe du "bon client"

par Angel K






Écrits d'Élaine Audet



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Les prostitueurs (« clients ») veulent que l’on masse leur ego, et pas seulement leur bite. S’ils aiment fantasmer sur le pouvoir, la force et l’humiliation, ils veulent voir de la peur et de honte dans vos yeux. S’ils imaginent être généreux envers les femmes, ils veulent vous entendre dire que vous aimez être avec eux et parler avec eux. S’ils imaginent être un amant fantastique, eh bien, il faut leur dire : « Yeah baby, j’adore quand tu me fais ça ... mmm, ça me fait tellement de bien ... tu es formidable ... ooh, tu m’as fait jouir à nouveau ... »

Peut-être pas. J’étais toujours étonnée de constater que les prostitueurs que je voyais étaient assez stupides pour s’imaginer que ce qu’ils me faisaient pouvait donner un orgasme à qui que ce soit. Helloooo ! Il est peut-être temps de vous débrancher du porno et de vous débarrasser de l’idée que baiser n’importe quel orifice de mon corps avec quoi que ce soit me rendra extatique. Et puis avez-vous déjà pensé à vous laver le bas-ventre avant de me le pousser dans le visage ? Une simple suggestion, en passant.

Ils veulent parfois être vus comme de bons gars, malgré toutes les preuves du contraire. Ils veulent se différencier du prostitueur moyen, ils ne veulent pas être classés parmi les mésadaptés sexuels, les misogynes et les tordus. « Je ne suis pas un type comme ça ! Les filles m’aiment parce que je les comprends, parce que je leur parle. Les filles m’aiment parce que je suis un bon amant. »

Quelle risée !

Qu’est-ce que vous imaginez, vous voulez qu’on vous donne une putain de médaille parce que vous avez choisi de ne pas être totalement sadique aujourd’hui ? Vous ne m’avez pas crié après ou battu, et alors ? Il n’y a vraiment pas de quoi vous canoniser.

Peut-être que vous m’avez demandé comment ça va ou pourquoi je suis ici, dans un simulacre d’attention délicate (vous ne voulez pas réellement le savoir), pour vous faire sentir mieux. Cela démontre soit de la stupidité de votre part, soit une ignorance délibérée de l’évidence même que tout ce que je vais dire dans ce contexte sera des mensonges à votre avantage, afin d’apaiser le peu de conscience qui vous reste.

Désobéir et rétorquer exposent une prostituée au meurtre, alors je suis forcée de dire ce que vous voulez entendre. Je vais donc vous dire que je suis ici parce que j’adore le sexe, et que j’aime parler avec vous et j’aime être ici, j’aime votre compagnie, j’aime votre bite, et je vais faire semblant que je ne suis pas ici par besoin d’argent pour la drogue, et à cause de l’enfer mental causé par les violences que j’ai subies autrefois. Et vous allez faire semblant de ne pas remarquer mes cicatrices d’auto-agression et l’odeur de l’alcool, et vous allez repartir en vous imaginant que vous avez peut-être réellement amélioré ma journée ! Wow, vous ne m’avez pas flanqué une raclée, merci pour ça !

Si vous vous inquiétiez vraiment de mon mieux-être, vous ne seriez pas ici, vous ne seriez pas un prostitueur. Ce ne sont pas des miettes de pseudo-gentillesse qui vont cacher cela.

Vous continuez à payer pour l’usage de mon corps, vous exigez toujours une performance, vous continuez à violer mon espace et à financer le système qui me détruit, un mensonge à la fois.

Qu’ils désirent consciemment nous faire souffrir ou qu’ils tentent de faire valoir leur expertise sexuelle, les prostitueurs sont les prostitueurs, les gars qui ont le pognon, les gars qui donnent les ordres, ceux qui ont le pouvoir. Ils sont toujours là pour nous baiser, nous utiliser, nous avilir. Ils exigent toujours qu’on leur réponde de la quelconque manière qui les excite, que ce soit la terreur abjecte quand ils nous blessent ou en douce petite fille jouant le jeu « oh que c’est agréable ! » Ils ne veulent pas que vous soyez vous-même - c’est pourquoi ils paient plutôt que d’être avec une amie. Même la fameuse « Girlfriend Experience » (« expérience copine ») consiste à acquiescer à tous leurs caprices.

Bref, ils nous paient pour être moins qu’humaines, pour ne pas avoir de besoins ou de désirs en propre, pour être utilisées à leur guise, pour réagir comme ils le souhaitent, pour dire ce qu’ils veulent, pour faire de notre corps une toile vierge pour leurs fantasmes, si extrêmes soient-ils, en mettant dans notre bouche leurs propres mots. Si quelqu’un nous parle avant de nous baiser, cela ne réduit en rien la violation.

Évidemment, l’omniprésence du porno a pour effet de légitimer la perspective du prostitueur. Le porno leur apprend que les femmes veulent se faire baiser de toutes les façons possibles, si extrêmes ou apparemment douloureuses qu’elles soient. C’est sûr qu’elle va finir par aimer ça, utilisée, abusée et couverte de sperme, souriant à la caméra.

Nous les haïssons et ils nous utilisent, que ce soit plus ou moins brutalement, avec des paroles ou des gestes plus ou moins hard. Une situation perdant-perdant, un tissu de mensonges destiné à masser leur ego, à les faire éjaculer.

En toute honnêteté, je dois reconnaître que je n’en ai jamais rien tiré. Moins que cela, en fait. Cela m’a simplement laissé une surcharge de cicatrices affectives, beaucoup plus lentes à guérir que les cicatrices physiques. Et un désir ardent de remettre les pendules à l’heure pour les prostitueurs. Ils ont besoin de se regarder honnêtement. Un bon prostitueur, ça n’existe pas.

Version originale : « Good john, bad john »

Traduction : Martin Dufresne

Mis en ligne sur Sisyphe, le 9 février 2012


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Angel K



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