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jeudi 10 avril 2003

Le PLQ : un Québec sclérosé dans un Canada fort ?
Et les femmes ?

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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En comparant les programmes des partis politiques (1), comme l’a fait le collectif D’abord Solidaires, on peut penser que le Parti libéral du Québec était à court d’idées lorsqu’il a rédigé le sien. (2) Cela explique peut-être que le chef libéral, M. Jean Charest, n’ayant pas grand-chose sur quoi s’appuyer en campagne électorale, martèle sans cesse les mêmes slogans creux et démagogiques. Élire un gouvernement pour la santé et non pour la souveraineté, voilà l’un de ses slogans préférés. Ce slogan fait la rime, mais il fait aussi un piètre programme.

Des baisses d’impôts, assorties d’une augmentation des crédits à la santé et à l’éducation, et du gel de tout le reste. C’est l’idée maîtresse de la campagne libérale. Où M. Charest prendra-t-il les milliards à injecter dans la santé et l’éducation s’il baisse de 27% les impôts des contribuables sur une période de cinq ans ? Quels services supprimera-t-il pour réduire la taille de l’État ? Qu’adviendra-t-il, pendant ces années de disette, des secteurs dont les budgets seront gelés ou coupés : culture, environnement, travail, lutte à la pauvreté, mesures favorisant l’égalité sociale et économique ? M. Charest ne veut pas répondre à ces questions, mais candidement, il aimerait que la population du Québec lui fasse tout de même confiance. La devise d’un éventuel gouvernement libéral, dirigé par un chef dont le coeur a toujours été ailleurs, deviendrait-elle : " Un Québec sclérosé dans un Canada fort" ?

La pauvreté

Aux chapitres de la pauvreté et des revendications des femmes, il ne fallait pas plus attendre d’éclairs de génie du PLQ que du PQ et de l’ADQ. Le Parti libéral n’a pas plus insisté que les autres partis pour inclure les inégalités sociales parmi les thèmes du débat télévisé des chefs. Difficile de croire que ces inégalités le préoccupent. Ces questions ne font d’ailleurs pas partie des préoccupations habituelles des Libéraux. Dans le vocabulaire de M. Charest et de son parti, qui ont pourtant voté la Loi 112 sur l’élimination de la pauvreté avec le gouvernement du PQ et l’ADQ, le mot pauvreté ne semble pas avoir sa place. Le PLQ, il est vrai, courtise les classes aisées qui se soucient comme de leur dernière chemise de la situation socio-économique d’autrui. Alors, pourquoi prendre le risque de se mettre à dos son électorat traditionnel ?

Si le programme du PLQ reconnaît que les bénéficiaires de l’aide sociale et les travailleuses et travailleurs à faible revenu ont du mal à joindre les deux bouts, les solutions qu’il propose aux un-es et aux autres laissent sceptique. Encore une fois, la magie des baisses et des crédits d’impôts pourrait opérer. Pourtant, les moins fort-es en science économique savent que les personnes qui paient déjà peu ou pas d’impôt en raison de leurs faibles revenus ne bénéficient jamais de ces mesures.

Le PLQ offre un bouquet de voeux pieux aux personnes obligées de recourir à l’aide sociale. Le programme libéral dit ceci : « L’État doit tout mettre en oeuvre pour contribuer à offrir aux personnes disponibles à l’emploi des occasions réelles de travail rémunéré ou des ouvertures sérieuses en matière de formation ou d’amélioration de l’employabilité. » Comment ? En augmentant les programmes actuels, qui pourtant enferment parfois les gens de bonne volonté dans des emplois précaires et s’apparentent davantage à un soutien aux entreprises qu’aux personnes qui réintègrent le milieu du travail. En outre, comment améliorer la situation des personnes qui ne sont pas aptes à l’emploi ?

Le programme du Parti libéral se dit « en faveur d’un barème plancher à l’aide sociale qui ne pourra être diminué par pénalité ou réduction, excepté dans les cas de fraude, de renseignement inexact et d’aide reçue sans droit. » Il promet également la gratuité des médicaments pour les personnes bénéficiaires d’aide sociale ainsi que pour les personnes âgées. Fort bien. Mais a-t-on entendu souvent M. Charest ou des membres de son parti répéter ce passage du programme libéral au cours de la campagne électorale ?

Les femmes et l’égalité

Au chapitre des mesures favorisant l’égalité, le programme du PLQ est tout aussi laconique et discret. En se centrant sur des mesures familiales et en assimilant au passage femme et famille, - comme si tout le monde vivait en famille - le PLQ exprime un paternalisme d’un autre âge, tout comme le PQ et l’ADQ. Il dit vouloir « procéder à une révision majeure des programmes de soutien aux travailleurs à faible revenu parmi lesquels se retrouvent beaucoup de mères monoparentales », mais on n’en sait pas davantage sur la nature et la portée de cette révision. Cela pourrait bien être l’une de ces bonnes intentions que tous les partis inscrivent dans leur programme afin de peaufiner leur image auprès de l’électorat qu’ils veulent conquérir. Si le PLQ voulait vraiment faire quelque chose pour les « mères monoparentales », comme il les nomme, il pourrait d’abord exiger la fin de la discrimination que certaines d’entre elles subissent quand elles voient leurs prestations d’aide sociale réduites en raison de la pension alimentaire versée pour leurs enfants. Ce qui les ramène en deça du seuil de pauvreté, comme si on ne voulait pas qu’elles s’en sortent.

La violence

Le PLQ a fait siennes certaines revendications de groupes de femmes en matière de violence. Il exprime l’intention d’augmenter de 8,5 millions $ le soutien financier aux centres de femmes au Québec. En campagne électorale comme dans son programme, le PLQ a chiffré ses intentions. M. Charest a annoncé que, s’il était élu, les centres d’aide et d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence en milieu conjugal verraient leur budget croître de 30 millions $. Un gouvernement libéral prélèverait cette somme du budget additionnel qu’il allouerait à la santé. C’est le minimum que ces centres réclament en vain depuis trois ans. Une somme bien modeste pour un rôle social si important, en regard des 15 milliards $ de baisse d’impôts accordés depuis 1999, selon M. Landry, à celles et à ceux qui ont les moyens d’en payer.

On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi le gouvernement Landry a refusé obstinément d’accorder cette modeste mais indispensable somme aux centres d’aide et d’hébergement. Voulait-il exprimer sa rancune envers les groupes de femmes qui n’ont pas toujours voulu servir ses intérêts partisans ? Les idéologues masculinistes, qui depuis quelques années dénigrent systématiquement les féministes en général et en particulier les femmes qui luttent contre la violence, ont-ils déjà gangrené l’appareil politique et ministériel ? Le PQ est-il divisé sur le sujet et a-t-il préféré se taire en campagne électorale ? Avait-il peur de s’aliéner une partie des hommes ?

Le PLQ a visiblement prêté l’oreille aux critiques qui se sont élevées contre le projet de réforme fédéral en matière de divorce, un projet qui semble inspiré d’un petit manuel masculiniste. Les réformes annoncées par le ministère fédérale de la Justice pourraient, on le sait, pénaliser sévèrement les femmes qui s’opposeraient à la garde partagée, et accroître les dangers pour celles qui sont victimes de violence conjugale. Le programme du PLQ promet : « Dans le cadre de la réforme de la Loi sur le divorce, [de] faire les représentations nécessaires auprès du gouvernement fédéral afin que certaines réalités soient prises en compte dans la détermination de la garde de l’enfant dans les cas de violence conjugale, et ce, afin d’assurer la sécurité des femmes et des enfants. »

Le PLQ a tout aussi visiblement entendu le discours de groupes d’hommes qui se disent victimes de discrimination de la part de l’État. Tant dans son programme que dans l’entrevue que M. Charest a donnée à la Gazette des femmes (mars-avril 2003), le Parti libéral du Québec projette « d’accroître le soutien aux organismes communautaires qui oeuvrent auprès des conjoints violents. » Certes, il existe des organismes compétents qui aident les hommes violents à faire face à leurs problèmes et à assumer la responsabilité de leurs actes. Certains de ces groupes collaborent étroitement avec les centres d’aide et d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence et ils ont besoin de financement.

Mais M. Charest doit savoir - ou apprendre - que certains des groupes qui « oeuvrent auprès des conjoints violents » n’ont pas pour objectif de les aider à modifier leurs comportements ni de réduire la violence en milieu conjugal. L’un de leurs objectifs est de miner la crédibilité des femmes qui se plaignent et des groupes qui les soutiennent. (3) Certains de ces organismes sont en fait des groupes d’hommes séparés ou divorcés, frustrés de ne pas obtenir la garde de leurs enfants. Ils prétendent que les hommes subissent autant de violence que les femmes en milieu conjugal, ils protègent les hommes violents et obtiennent pour eux la clémence des juges ou des sentences purgées en milieu communautaire, ce qui entraîne parfois des conséquences tragiques. Dans plus d’un cas, des hommes agresseurs libérés par des juges pour la seule raison qu’ils se disaient en thérapie dans des organismes « qui oeuvrent auprès des conjoints violents » ont assassiné leur ex-conjointe quelques jours ou semaines après leur libération.

Quel que soit le parti au pouvoir, il devra exiger que les groupes qui offrent des services de soutien aux hommes violents ou aux pères divorcés démontrent que ces groupes les aident vraiment. L’une des exigences de l’État pourrait être que ces groupes cessent d’alimenter l’esprit de vengeance contre les mères et les ex-conjointes, et renoncent à diffamer les groupes femmes qui luttent contre la violence et à inculquer la haine des féministes et des femmes en général aux hommes qu’ils prétendent aider.

SOURCES

1. D’abord Solidaires, Fiches comparatives des programmes des partis politiques
2. Programme du parti libéral du Québec
3. L’Après-rupture. Les propos de ce groupe ne sont pas loin de la diffamation.

Mis en ligne sur Sisyphe le 9 avril 2003


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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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