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dimanche 21 juillet 2002

Les femmes devraient être au pouvoir en Afghanistan

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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Persécutées et séquestrées pendant cinq ans, les femmes afghanes savent de
quoi on parle lorsqu’il est question de démocratie et de droits fondamentaux ; elles
sont les mieux placées pour veiller à ce que l’État et les institutions respectent ces
droits. Avant que les talibans ne les empêchent de travailler et de circuler librement,
plusieurs d’entre elles exerçaient des professions (enseignantes, avocates,
économistes, femmes d’affaires, etc.). Ces antécédents font d’elles des citoyennes
mieux préparées à administrer les affaires de l’État que ceux qui n’ont fait que tenir un fusil depuis un quart de siècle.


On comprend les femmes afghanes de ne pas vouloir laisser les factions
rivales décider seules du sort du pays. Elles ont des raisons de ne pas faire
confiance aux fondamentalistes, qui ne se retrouvent pas que chez les talibans. Il en
est au sein de plusieurs sous-groupes composant l’Alliance du Nord. Le président
Burharuddin Rabbani, récemment rentré d’exil, est lui-même un fondamentaliste (1).
L’ONU le reconnaît toujours comme président légitime, et Rabbani entend faire valoir
ses privilèges et ses prérogatives (2).


Les femmes afghanes ont beaucoup à offrir pour instaurer la paix et la stabilité,
en supposant que ce soit le but recherché par tous les acteurs de la crise actuelle.
L’exil ou l’emprisonnement à domicile ne les a pas empêchées de réfléchir au pays
dans lequel elles aimeraient vivre. En juin 2000, des centaines d’entre elles réunies
à Douchanbé (Tadjikistan) ont rédigé une Charte des droits de la femme afghane (3)
dont on pourrait s’inspirer pour établir les bases de l’État en l’étendant à l’ensemble
de la population. Elles se sont prononcées en faveur d’un gouvernement laïc et
démocratique, fondé sur le respect des droits et un système judiciaire efficace.


Tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, les femmes sont nombreuses parmi
les élites qui ébauchent des projets sur la reconstruction de l’Afghanistan et les
moyens d’y ramener la paix. En novembre, à Bruxelles, 400 femmes et hommes,
laïcs et musulmans modérés de toutes les ethnies afghanes, ont créé le Mouvement
pour le congrès national, qui propose l’instauration d’un régime démocratique et laïc
respectant les aspirations du peuple afghan. Ce mouvement prône également le
non-alignement de l’Afghanistan, la démilitarisation entière, l’acceptation des
frontières internationales, ce qui mettrait fin au différend historique de l’Afghanistan et
du Pakistan (4). Ce mouvement a-t-il été invité à la rencontre de Bonn ?


Une autre question se pose. Le gouvernement transitoire sera-t-il placé sous
l’égide de l’ONU de façon efficace ? L’Alliance du Nord et le président revenu d’exil se
méfient beaucoup de toute présence étrangère, surtout américaine, sur le territoire
afghan. Les États-Unis, qui vont jouer un rôle déterminant dans l’après-taliban, se
méfient eux-mêmes des Nations Unies. Ils l’ont écartée des décisions et de l’action
depuis le début de la guerre. Ils n’ont pas écouté ses appels répétés à des trêves
pour permettre d’acheminer des vêtements, vivres et des médicaments en toute
sécurité. Ils ont préféré lancer du haut des airs des petits paquets de nourriture
« made USA ». Les États-Unis ont si piètre opinion de l’ONU que, pendant des
années, ils ont refusé de lui verser leur cotisation annuelle. Ils avaient accumulé une
dette de près de deux milliards quand ils ont résolu, récemment, de commencer le
remboursement.


Par ailleurs, il n’est même pas sûr que la majorité des pays membres de l’ONU
souhaitent voir cet organisme exercer une forme d’autorité plus que symbolique en
Afghanistan. Ce que veulent les pays voisins de l’Afghanistan, c’est que les
Occidentaux rentrent chez eux et s’occupent de leurs affaires... tout en continuant de
leur fournir de l’argent et des armes. Des pays comme le Pakistan, l’Iran, la Russie
voudront partager leur influence dans la région loin du regard des trouble-fête.


De leur côté, les pays occidentaux ne souhaitent pas être trop longtemps
ennuyés par ce que plusieurs considèrent comme les problèmes des autres. Leur
population pourrait se lasser. Que les États-Unis écrasent les talibans, et si
possible Ben Laden et l’Al-Quaida ; qu’ils pacifient l’Afghanistan en aidant à y installer
un gouvernement stable et accommodant pour les investisseurs étrangers ; que
l’Occident apporte une aide économique et technique à la reconstruction, et l’ONU,
une aide humanitaire. Pour le reste, au petit bonheur la chance.


Les droits fondamentaux ? Avant longtemps, on déclarera que les pays
occidentaux sont soucieux de laisser le peuple afghanistan se gouverner lui-même,
qu’ils refusent de s’ingérer dans la politique interne d’un pays étranger et qu’ils ne
peuvent pas régler tous les conflits entre ethnies. Enfin, on dira qu’on ne peut
imposer un État de droit et une démocratie à un peuple dont la culture est différente
de la nôtre. On laissera peut-être des militaires dans les États voisins pour assurer
la sécurité des intérêts économiques étrangers. Quant au reste, on s’en lavera les
mains.


Les droits des femmes ? On en fera une affaire de culture et de religion
« différentes des nôtres » et qu’il faut « respecter ». La campagne de l’administration
Bush (5) en leur faveur sera oubliée, dans un an ou deux, quand l’exploitation et
l’acheminement du pétrole seront assurés dans la région. On pourra toujours dire
qu’on a pris position en faveur des femmes afghanes, mais on ne se préoccupera
guère que cette position soit restée un vœu pieux. C’est le schéma habituel de
l’intervention occidentale dans pareilles circonstances.


Le 20 novembre dernier, lors de son passage au siège des Nations Unies à
New York, Tahmeena Faryal, porte-parole de RAWA, a réitéré cette position en ces
termes : « Le message des Afghanes est clair et fort : ce dont les femmes en
Afghanistan ont besoin, c’est d’émancipation. Cette émancipation des femmes n’est
pas possible sans émancipation nationale, laquelle n’est pas possible sans
démocratie. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas de démocratie, les droits de l’homme
et les droits de la femme ne seront rien d’autre qu’une plaisanterie. » (6)


_______________________________

(1) Elisabeth Rumiller, New York Times, le 19 novembre 2001

(2) Tony Karon, New York Times, le 16 novembre 2001

(3) http://worfa.free.fr/manifeste_soutien_charte.htm

(4) Courrier International, le 15 novembre 2001

(5) The Washington Post, le 18 novembre 2001

(6) Nations Unies et Associated Press, le 21 novembre
2001




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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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