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samedi 11 octobre 2014

Insulte à la présidente de l’Assemblée nationale française - Les députés de l’UMP soutiennent le sexisme dans la langue française

par Le C.E.R.F.






Écrits d'Élaine Audet



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THEMES ABORDES :

Féminisation des fonctions
Féminisation des fonctions - La force tranquille d’une présidente


Notre association, le C.E.R.F., milite depuis sa création en 1999 pour une réforme des noms et appellations des femmes. Nous avons vu des progrès commencer à se réaliser depuis : réforme du nom de famille, nouvelle directive sur l’appellation, suppression de l’expression « bon père de famille », mais le sexisme linguistique est loin d’avoir disparu. 

Ainsi, sur fond de querelle sur le « genre », un parlementaire se plaît à nommer une femme d’un genre par lequel elle refuse d’être nommée.

Un député s’obstine à appeler « Madame le Président » la Présidente de l’Assemblée Nationale, alors qu’elle se désigne elle-même par le féminin. Elle lui inflige une amende. 

Plusieurs parlementaires accourent en soutien à leur collègue*, invoquant qui la Constitution, qui l’Académie, qui le refus du totalitarisme…

Messieurs les goujats, les mufles et les cancres, vous approuvez là une insulte publique à une femme et une faute de grammaire.

Le nom représente l’être. La politesse élémentaire veut que l’on demande à une personne comment elle souhaite être nommée avant de la désigner. Le nom imposé à une personne contre sa volonté est une offense, un terme offensant : une insulte.

Si, de surcroît, elle signifie à la personne offensée qu’elle n’a pas tout à fait sa place dans la fonction parce qu’elle est femme, l’injure est sexiste : 6 mois de prison et 22500 € d’amende. Le député qui s’est vu infliger une amende de moins de 2000 € s’en tire à bon compte…

Nos parlementaires en émoi semblent du coup oublier le droit de la langue française et de la liberté d’expression.

Qu’est ce qu’une langue ? Un usage. Un usage formé par la communauté des locuteurs, évoluant au fur et à mesure de l’emploi de cette langue dans la communauté linguistique, constaté par les lexicologues, analysé par les grammarien-nes et les linguistes, pouvant être influencé par les propositions ou critiques d’écrivain-es, poètes ou grammarien-nes ou les académicien-nes …

« L’usage que chacun reconnaît pour le maître et souverain des langues vivantes » (Claude Fabre de Vaugelas).

Par définition un usage n’est pas créé par une loi ou une Constitution, mais est une norme résultant d’actes opérés dans une communauté définie.

Lorsque la Constitution affirme que la langue de la République est le français, elle proclame le principe de l’usage du français, mais n’impose ni grammaire ni lexique ni « terminologie officielle ». Une terminologie officielle porterait atteinte à la liberté d’expression (si elle était générale : Conseil Constitutionnel décision n°94-345 DC du 29 juillet 1994).

« L’Académie française n’est que le greffier de la langue française … son Dictionnaire ou sa Grammaire .. n’ont de valeur obligatoire et n’exercent d’imperium » (Philippe Malaurie 1965).

Aucun imperium non plus à accorder à sa déclaration du 14 juin 1984 (« Féminisation des titres et des fonctions ») concoctée par deux anthropologues, George Dumézil et Claude Lévi-Strauss, qui prétendaient attribuer au genre masculin un caractère « non marqué » le rendant apte à représenter les êtres des deux sexes, et faire du féminin un genre « marqué d’une limitation dont l’autre seul est exempt ».

En réalité, selon la grammaire française, le genre grammatical d’un nom correspond au sexe de l’être sexué nommé. Dès lors que ce sexe est connu. Or l’être nommé n’est pas toujours connu. Les logiciens expliquent qu’un même nom peut désigner des réalités distinctes. Le mot « arbre » peut désigner « l’arbre en général, le concept d’arbre », ou « un arbre quelconque » ou tel arbre : le mot cache la forêt des réalités posées sous ce mot. Idem pour les mots « être humain ».

En réalité, selon la grammaire française, le nom utilisé pour désigner une personne exerçant une fonction aura le genre du sexe de cette personne.

Si la personne n’est pas connue et peut être de l’un ou l’autre sexe, le bon usage voudrait que l’on emploie une forme de désignation correspondant à cette double possibilité. Par exemple, un texte décrivant le contenu de la fonction de présidence pourrait commencer par « Le ou la Présidente … » et ensuite se poursuivre dans un seul genre.

Si la personne est connue, mais souhaite se voir désignée par un nom mis à un genre différent de son sexe, il faut respecter sa volonté. Madame le Président ou Madame la Présidente, selon la volonté de la personne concernée.

La meute réveillée par le premier qui inflige une humiliation à une femme, avide d’écraser la révolte de celle-ci, un peu bestial non ?

Ces messieurs feraient bien de présenter leurs plus plates excuses à Dame Mazetier au plus vite, s’ils ne veulent pas sombrer dans le grossier et le ridicule.

* "Madame LE président" : les députés UMP signent une tribune de soutien à leur collègue.

Anne Vigerie, porte-parole du Cercle d’étude de Réformes Féministes

Voir le blogue.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 octobre 2014


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  • Demande d’extension de la peine
    (1/1) 14 octobre 2014 , par Begona Gasc





  • Demande d’extension de la peine
    14 octobre 2014 , par Begona Gasc   [retour au début des forums]

    Une sanction pour injure sexiste, c’est ce que méritent non seulement l’auteur de l’insulte en pleine assemblée, mais aussi ses 142 soutiens avec leur argumentaire violent et inepte.

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