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mardi 8 mai 2007

Le coeur au centre

par Monic Nadeau






Écrits d'Élaine Audet



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Je t’écris de la main droite
celle que l’on porte au coeur
quand il cogne dur
la gorge trop muette pour s’y réfugier

Je t’écris de la main droite

celle imprégnée des sculptures des amoures
quand l’hier succède au demain
les souvenances vidées des souvenirs

Je t’écris de la main droite
celle des verres portés aux lèvres
quand la joie continue explose
l’âme trapèze avec le corps

Je t’écris de la main droite
celle qui se lève au moment de l’adieu
quand le lac gelé devient asile
le temps n’a plus de temps

Je t’écoute de la main gauche
pour mieux te rejoindre

(2006)

***

Où êtes-vous mon âme ?

Où êtes-vous mon âme
quand les yeux ne voient rien venir

La fissure s’insinue au milieu d’un bonheur
l’alerte muselée par de folles espérances
le coeur navigue toute voile dehors
où êtes-vous mon âme
quand les armures se brisent

Si longue fut la route entre l’esquisse et le geste
les pas si trébuchants
les repères se dissimulent
où êtes-vous mon âme
quand les oripeaux du désir épousent la fêlure

le temps s’infiltre
le silence s’étire
avant que la fragilité devienne cassure
où êtes-vous mon âme

(2006)

***

Âne, mon frère âne

je le prends par le cou
allonge mon bras tout au long de sa ligne noire
mon visage dans sa crinière rêche
j’écoute ses bruits de gorge
âne, mon frère âne
où va ma dérive ?

je le regarde décapiter les têtes d’avoine étranglées dans les glaces
moisson d’hiver à l’automne arraché
je compte les poils de ses nasaux mouillés de frimas
je remonte jusqu’à sa mère de Bethléem
âne, mon frère, âne
qu’ais-je à renaître ?

j’amarre mon attention dans la caverne de ses oreilles
menhirs mobiles à l’écoute du cosmos
j’épie son regard arrêté sur le Dur Bec des Pins
et sa lente révérence face à l’oiseau
âne, mon frère âne,
où commence ma douleur ?

(1990)

***

J’ai commencé à mourir

sur la branche d’un pommier
un geai bleu

surplombant sa huppe
des pommes laissées pour compte
à ses pattes
du crottin d’âne serti dans la terre de décembre

quelques brindilles de pailles cernées par des pistes
le chat noir dessine
les naseaux à fleur de neige
l’âne respire

les labours arrondissent leur dos
le vent attaque
les clôtures se désagrègent
libre passage
l’hiver s’étire

J’ai commencé à mourir le 7 mai 1937

(1990)

***

En ce temps-là

Vous étiez d’un amour en retard
et vous portiez votre village au creux de vos joues
un peintre avait choisi vos yeux
je vous désirais
en ce temps-là

Vous parliez de rupture à tout jamais
et je vous berçais effrontément
le défilé de jouets de dentelles
se dressait aux quatre coins
je vous guérissais
en ce temps-là

Vous portiez verbe haut
le Mexique se couchait sur votre peau
je couvrais votre tapis de cendre
je vous cherchais
en ce temps-là

Vous étiez au centre de nous deux
dans le lit de ma mère
on aurait pu en rire
nous étions trois à cerner la nuit
j’avais peur
en ce temps-là

Vous marchiez à contre cœur
il nous fallait y demeurer
à qui perd gagne
je vous aimais
en ce temps-là

***

Ma tendresse

Ma tendresse
comme si
mon pays s’était suspendu
entre rivières et montagnes
entre froidure et sève

ma tendresse
comme si
mes jours s’étaient couchés
entre creux et sillons
entre parfum et jade

ma tendresse
comme si
ma joie s’était perdue
entre neige et marée
entre musique et Ouarsasate

ma tendresse
comme si
mon sang s’était caché
entre paix et éternité
entre terre et partance

ma tendresse
comme si
entre toi et moi
il y avait nous

***

Vous m’êtes donnée toute femme

Vous m’êtes donnée toute femme
je ne sais rien de vous
rien de vos jeux d’enfant
ni de vos rires devant celle d’en face
ni de vos genoux écorchés
et des jour où vous avez grandi

vous m’êtes donnée toute femme
comment étiez-vous avec de l’encre sur les doigts ?

vous m’êtes donnée toute douce
et vos colères d’enfant me les raconterez-vous ?
je ne sais rien de vous
ni ce qui a été
ni les autres et vous
où étiez-vous le 5 août 1940 ?

dites-moi ce qui était vous
avant

vous m’êtes donnée toute
où avez-vous commencé à naître ?
à votre premier naufrage, portiez-vous robe de jonquilles
racontez-moi les images, les lumières, la musique de vous
avant

je ne sais rien de vous
donnez-moi le commencement de vous
et les rigoles franchies, les herbes mâchées, les fourmis tuées
dites-moi le début du monde

je ne sais rien de vous
vous m’êtes donnée toute femme
je ne veux pas vous inventer
au commencement il y avait vous

vous m’êtes donnée toute femme

***

Vous ai-je raconté

Vous ai-je raconté
mon souffle vous cherchant de vos reins à vos cuisses
ma joue embrassait votre île
alors que de ressac en ressac
votre corps berçait mon ventre
vos cheveux coulaient sur mes seins

Vous ai-je raconté
cette peur qui collait à mes mains
cette joie que je poursuivais jusqu’au refuge
alors que de vérité en vérité
votre bouche jouait l’amour
votre silence se déchirait dans l’aine

Vous ai-je raconté
mon envol entre deux marées
ma maison dans votre nuit
alors que nous mourions à chaque plainte
alors que nous étions femmes

***

Ma douce, ma douce

ma douce, ma douce
combien je vous aimais
avec cette lourdeur dans vos mains
quand vous me disiez vos amours sans amour
et votre impossible rêve
de vivre l’amour-toujours
comme on vit l’amour-un-jour

ma douce
vous avez bu mon amour-toujours
comme on vit l’amour-un-jour
et j’ai cru en cet impossible rêve
de réinventer l’amour-amour

ma douce
combien pleurent les rivières
l’amour-toujours se meurt
l’amour-un-jour est devenu bâtisseur de cathédrales
ma douce
les enfants jouent avec d’impossibles rêves

ma douce, ma douce
combien je vous aimais un jour

***

Sur ma tombe

Il va pleuvoir, c’est tout noir, tout sombre.
Il va pleuvoir sur ma tombe.

Les sanglots du ciel
Veulent se mêler à mes larmes au goût de sel

Mais mon tombeau est fermé aux sanglots des destinées.

Laissez vivre en paix mon corps mort, laissez-le tel qu’il est.

Ma vie n’a été qu’une révolution mêlée de prières...
Une négation enveloppée de poussière.

Il va pleuvoir c’est tout noir.
Laissez mon corps tel qu’il est, laissez-le vivre en paix.

(Sanglots de rue, les éditions Nocturne, 1956)

Mis en ligne sur Sisyphe, le 1er mai 2007.


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Monic Nadeau



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