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jeudi 7 mai 2015

Règlement pour les transgenres au Québec - Être femme est-il un privilège ?

par Chantale Caron, femme d’affaires et militante féministe






Écrits d'Élaine Audet



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Des débats très intéressants ont lieu ces jours-ci à l’Assemblée nationale. On y étudie le projet Règlement sur le changement de nom et d’autres qualités de l’état civil pour les personnes transsexuelles ou transgenres*.

Des débats intéressants, oui, mais plutôt décevants du point de vue de l’analyse critique. Sous des dehors de « règlement compassionnel » envers les personnes les plus stigmatisées parmi les stigmatisées, on s’apprête encore une fois à définir la femme, c’est-à-dire à définir la personne qui a le « privilège » de cocher la case F sur les documents de l’État civil.

Pourquoi « encore une fois » ? Parce qu’au cours de cette grande histoire de l’humanité dont les femmes ont été absentes jusqu’à tout récemment, elles ont toujours joué un rôle accessoire. Pourquoi demander aux femmes de se définir elles-mêmes ? Demande-t-on à un accessoire de se définir ?

On pourrait se satisfaire de fêter le 75e anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes, de leur accession à l’université, de célébrer le jour où elles ont eu le droit d’ouvrir un compte en banque, etc. Mais au fond, à quoi bon, puisque les femmes qui ont le privilège d’avoir un vagin vont encore une fois ouvrir largement leurs bras maternels pour reconnaître les personnes qui se sentent femmes tout en ayant un pénis.

À quoi bon, puisqu’être une femme serait désormais une chimère.

À quoi bon avoir lutté pendant des siècles pour faire reconnaître l’âme des femmes, leur qualité de personne à part entière, et, depuis des décennies, leur droit à l’égalité, s’il suffit d’une montée de fièvre d’une frange de la société pour que s’écroule la nôtre, pour que notre identité si durement acquise s’évanouisse ?

Pourquoi faudrait-il complètement changer notre identité pour que puissent se joindre à nos rangs des femmes dotées d’un pénis ? Ne serait-il pas plus sage, et surtout, plus logique de reconnaître le droit des transgenres à une identité qui leur soit propre ? Je suis femme, il est homme, et tu es trans. Rien de plus et aussi rien de moins. Simplement un troisième sexe, dont l’existence est par ailleurs démontrée depuis de nombreuses années par moult études sérieuses. Encore ici, la binarité simpliste est battue en brèche.

Le projet de loi tel qu’il se dessine actuellement ne propose pas aux trans de les reconnaître dans leur entièreté ni dans leur spécificité en tant que personnes trans, il propose à une société férocement patriarcale de faire disparaître le droit des femmes de se définir.

Il propose deux cases : M et F. Et rien pour les trans.

Pourquoi les femmes devraient-elles en faire tout un plat ? Ont-elles peur de se retrouver face à un méchant trans dans un vestiaire ? C’est possible pour certaines, mais ce qui se joue ici est beaucoup plus fondamental.

De plus, comment reconnaître la supercherie ? Comment distinguer la véritable personne trans des autres fétichistes voyeurs débiles dont le genre masculin est peuplé ? « Mais voyons », nous dit Mme Stéphanie Vallée, ministre de la Justice du Québec, en réponse à la position du groupe Pour les droits des Femmes à la commission parlementaire, « moi, j’me sens pas en danger si une femme trans est à mes côtés dans un vestiaire ». Comment allez-vous expliquer cela à votre fille de 11 ans, Madame la Ministre ? Nous nous retrouvons dans une zone où les femmes sont encore une fois appelées à se soumettre à une idéologie compassionnelle complètement absurde, et dont je rirais à me prendre les côtes si ça n’avait pas lieu actuellement au Parlement de Québec.

Pensez donc un peu, Madame la Ministre, qu’en cas de législation en ce sens, si on refusait l’accès à un vestiaire féminin à une femme trans, on serait passible de poursuites judiciaires de sa part, puisqu’elle pourrait affirmer ne pas avoir été respectée dans ses droits ! Il s’ensuivrait des litiges sans fin, jusqu’à ce qu’on règle le problème en faisant disparaître ces lieux discriminatoires que sont les vestiaires féminins.

Le jour où il sera discriminatoire d’identifier une personne trans, il sera trop tard pour réclamer des droits pour les trans.

Et bien sûr qu’il faut avoir de la compassion pour les personnes discriminées, parce qu’il est assez facile de comprendre l’humiliation d’être identifié femme quand on a un corps d’homme, et inversement. Il est important que des politiques soient mises en place pour éviter des souffrances inutiles, mais évitons de tomber dans le piège « d’acheter la paix » en donnant des bonbons à tous ceux et celles qui en réclament.

Pourquoi ne pas profiter de cette sortie du placard des personnes trans pour jeter par-dessus bord toutes les conventions sociales qui nous obligent encore à nous cantonner dans des stéréotypes sexistes ? Pourquoi ne pas tendre vers une acceptation de la personne telle qu’elle est, plutôt que telle qu’elle apparaît ?

Nous aurons véritablement accepté qui nous sommes quand nous n’éprouverons aucun malaise à cocher une des trois cases M, F et T.

* Le Règlement en format PDF.

PDF - 38.7 ko


- Lire aussi : « La pièce "Les monologues du vagin" annulée parce que jugée non inclusive pour les transgenres ».

Mis en ligne sur Sisyphe, le 21 avril 2015


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Chantale Caron, femme d’affaires et militante féministe

Chantale Caron a fait des études en gestion des affaires et est propriétaire d’une entreprise avicole de la Montérégie. Féministe militante, elle a déjà œuvré à la direction d’une maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence, après avoir travaillé à la direction générale d’organisations culturelles nationales et à la tête de différentes organisations communautaires de la région de Montréal. Aujourd’hui, elle milite pour la mise sur pied d’une Centre des femmes dans la région de la MRC Pierre-de-Saurel, L’Agora des Femmes ; et dans l’organisation féministe mixte et laïque "Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Québec). Actuellement, elle dirige le Centre de prévention du suicide de Pierre-De Saurel. Elle s’exprime ici à titre personnel.



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