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samedi 18 octobre 2014

Amnesty International et la défense soutenue du système prostitutionnel

par Aïssata Maïga, analyste d’affaire






Écrits d'Élaine Audet



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Autant que faire se peut (excepté pour une citation), je n’appelle pas la prostitution « travail sexuel » ou « travail du sexe ». Aucun travail n’est accompagné de tels taux de violences physiques et mentales, de stress post-traumatique et de dépendances. Aucun travail ne nécessite un programme spécifique pour en sortir et pour réintégrer la société.

Qualifier la prostitution de « travail sexuel » est un procédé de manipulation sémantique employé pour maquiller une réalité insupportable faite d’abus qui ont souvent pris racine dans l’enfance.

De plus, le fait de désigner la prostitution « travail comme un autre » permet aux proxénètes de se qualifier de (« managers ») gérants, « d’agents » ou de « gestionnaires de carrière ». Bref, de se donner une légitimité.

Il est urgent de reconnaître que la prostitution fait des millions de victimes, et que ces victimes ont le droit fondamental de vivre sans être exploitées, sans même parler du droit à une compensation sociale et financière pour les souffrances qu’on leur fait subir.

Or, on ne retrouve pas ce souci des droits humains dans des documents récents sur le système proxénète produits par Amnesty International. Ces documents font dans ce texte l’objet d’analyse.

_____________________

Amnesty International (AI) a longtemps inspiré le respect en raison de ses interventions dans la défense des droits humains. On pense, par exemple, à ses actions contre la torture, les mariages forcés et le droit des prisonniers politiques. Mais depuis quelques années, AI se montre vulnérable aux pressions de certains groupes d’intérêts qui n’ont pas pour objectif de défendre les droits de la personne. C’est le cas, par exemple, du lobby de l’exploitation sexuelle ou de l’« industrie du sexe » qui a infiltré cet organisme. Sous cette influence, AI a maintenant choisi, selon un document interne, de défendre l’achat de sexe et la vente du corps d’autrui comme un nouveau droit de l’Homme.

C’est un proxénète millionnaire, Douglas Fox (1), autoproclamé « travailleur du sexe » et porte-parole d’une association de « travailleurs du sexe » regroupant proxénètes et clients (2), qui a orienté Amnesty International vers cette politique de décriminalisation totale de la prostitution. En 2008, Douglas Fox confirmait d’ailleurs avoir envoyé ses supporters noyauter AI : « Getting Amnesty on side will be a huge boost to our morale... we need to pursue them mercilessly and get them on side ». (3)

Douglas Fox n’est pas seul à faire du lobbying auprès de cette organisation. Parmi les références citées dans le premier document interne d’AI, qui a fait l’objet d’une fuite au début de l’année 2014 (4), on trouve l’Open Society Foundation (OSF) appartenant au financier américain milliardaire Georges Soros. Selon le site web de l’OSF, Soros a distribué 10 milliards de dollars à des « œuvres » au cours des 30 dernières années, et il a soutenu financièrement plusieurs campagnes pro-industrie du sexe, dont des campagnes de l’ONUSIDA (UNAIDS) visant à décriminaliser le « travail sexuel » (5). Soros a aussi aussi fait parler de lui pour violence conjugale. Un de ses proches alliés politique, un juge libéral de la cour suprême Argentine, est propriétaire de plusieurs appartements en Argentine où des femmes victimes de la traite ont été « sauvagement exploitées »(6).

Deux publications, une même ligne directrice

Le premier document interne d’Amnesty International objet de fuite constituait un fervent plaidoyer en faveur du présumé droit des hommes « ne voulant pas s’embarrasser de moyens traditionnels pour avoir accès au sexe ». On y défendait l’accès à la prostitution en termes de droit de l’Homme, « d’exercice de l’autonomie personnelle », de « droit à jouir de la vie » et de « droit à une bonne santé physique et mentale ». Toute « interférence de l’État » y était condamnée comme « une atteinte délibérée » à ces droits.

Pour les femmes, selon ce document inspiré par le lobby de l’« industrie du sexe », la prostitution serait un moyen de se « responsabiliser », de se donner du pouvoir, lorsque l’on vit avec moins de 2 dollars par jour. Bref, se prostituer ou mourir. AI définissait donc la prostitution comme légitime lorsqu’il s’agissait de « l’échange de sexe contre de la nourriture ou un abri », et la considérait comme un pur « contrat » esclavagiste. (7)

AI voyait aussi la prostitution comme une façon pour les femmes d’explorer leur sexualité. Un véritable numéro d’équilibriste des instances patriarcales, toujours prêtes à encourager les femmes à « explorer leur sexualité » dès lors qu’il s’agit de la placer au service des hommes.

AI distinguait aussi prostitution et pornographie, considérant que cette dernière relève de la « liberté d’expression », bien que la pornographie fasse partie intégrante du système prostitutionnel et lui apporte un puissant soutien. La pornographie met en scène des femmes qui souffrent, sont dégradées, exploitées, victimes d’abus et violées à répétition. Les films produits sur ces souffrances et ces violences sont diffusés comme divertissement pour les masses, en majorité masculines. Malgré cette évidence, AI a préféré considérer que cette industrie ne relevait pas de sa mission de défendre les droits humains.

Enfin, chose encore plus inquiétante, ce premier document interne d’Amnesty International n’oubliait pas de défendre le proxénétisme. L’organisme définissait les proxénètes comme des « chauffeurs, gardiens et protecteurs » des femmes prostituées, ou comme des personnes exerçant de simples « fonctions de soutien » qu’il ne fallait pas harceler, au même titre que les enfants de ces femmes. AI rappelait qu’elle s’opposait formellement à la criminalisation de propriétaires ou tenanciers de bordels, ainsi que de toute personne « vivant des gains et profits du travail sexuel » d’autrui (8).

Une vague de consternation au niveau international de la part de gouvernements, d’associations de « survivantes » et de groupes féministes a suivi la divulgation de ce document interne. L’ancien président des États-Unis Jimmy Carter a publié une lettre ouverte contre ce qu’il a appelé une grave remise en question des progrès dans la lutte contre l’exploitation sexuelle au niveau mondial (9).

Amnesty International s’est défendu en affirmant que ce document interne n’avait pas fait l’objet d’une véritable étude au sein de l’organisation et ne reflétait pas sa position définitive, indiquant un document subséquent publié sur son site Web (10).

À l’analyse, ce second document ne diffère guère du premier.

AI continue de défendre le droit des hommes à avoir accès au corps des femmes ; de ne pas faire de différence entre criminalisation des femmes et la criminalisation de leurs exploiteurs ; de prendre la défense de ceux qui vivent des revenus de la prostitution.

Le parti pris d’AI en faveur du système proxénète devient particulièrement évident quand l’organisme cite avec force détails une liste de violences policières envers les femmes prostituées, sans mentionner une seule fois les violences que leur font subir les clients (prostitueurs) et les proxénètes.

De même, jamais Amnesty International ne suggère de responsabiliser ces hommes. Or, le client responsable ou éthique n’existe pas (11). Lors de la coupe du monde en Allemagne, le gouvernement a rendu disponible une ligne d’assistance téléphonique (hotline) gratuite pour signaler tous les cas suspects de traite des femmes à des fins de prostitution. Cette ligne n’a jamais été employée. Même lorsque les hommes observent une situation où la femme est victime de la traite ou exploitée, ils ne le signalent pas (ou alors, ils le font sur les forums pour critiquer le « service »)(12).

Les clients des prostituées sont à l’opposé de toute éthique - et de toute empathie ; il semble qu’ils sont sept fois plus nombreux à confesser qu’ils violeraient une femme s’ils pouvaient s’en sortir en toute impunité (13). Dans une étude portant sur 700 hommes que rapporte The Guardian (14), certains prostitueurs reconnaissent ouvertement leur mépris des femmes prostituées, celles capables de faire « ce travail dont une femme normale ne voudrait pas ». Certains refusent catégoriquement que la femme prostituée apprécie le rapport sexuel, sinon, ils se sentent spoliés de leur « service ». Amnesty International les défend en leur attribuant ce « droit » d’accès à des femmes, un « droit » dont ils n’ont jamais douté.

Le seul aspect valable des deux documents d’AI est que les personnes prostituées ne doivent en aucun cas être criminalisées. Pour le reste, la prise de position d’AI représente un risque important pour la majorité des femmes exploitées dans « l’industrie du sexe », prostitution et pornographie.

Il est honteux et dramatique de voir une ONG internationale financée par des intérêts privés défendre l’exploitation sexuelle comme un droit à la « santé » pour les hommes et un moyen d’autonomisation (« empowerment ») pour les femmes, sans mettre en cause le système proxénète qui organise la marchandisation de la sexualité. Profitant de son influence mondiale qui lui assure l’appui d’une puissante machine financière, Amnesty International menace des années de luttes féministes pour faire reconnaître la prostitution comme de la violence envers les femmes et de l’exploitation de classe : femmes, pauvres, vulnérables, utilisées par des hommes ayant les moyens de se payer leur corps.

Amnesty Internnational pratique un pur libéralisme économique très éloigné de la défense de droits humains.

Prochain article : Amnesty International et la prostitution – Occulter la réalité pour légitimer le système proxénète

Notes

1. « Sex trade ‘was asked to join Amnesty and lobby internally’ »
2. « What you call pimps, we call managers »
3. « Sex trade ‘was asked to join Amnesty and lobby internally’ »
4. Amnesty Prostitution Policy document
5. « Pimpin’ Soros-style : Soros-funded - UN report says legalize prostitution, drugs worldwide »
6. One Mother Versus Modern Slavery
7. Amnesty Prostitution Policy document. Plus de détails dans cet article : « Amnesty International défend les droits de l’Homme : celui de vendre et d’acheter du sexe »
8. Amnesty International, Amnesty Prostitution Policy document. Citation : « The blanket criminalization of the clients of sex work, or of support functions such as body guards and receptionists, has also proven to drive those engaged in sex workunderground, increasing the risk of violence and abuse. Where aspects of sex workremain criminal, those engaging in sex work are less inclined to seek both routine careand urgent protection. Moreover, the criminalization of “living off the proceeds of prostitution,”while perhaps intended to cover those who exploit sex workers, has been shown to apply to both help-functions (guards, receptionists, landlords), as well as roommates, family, and even children. »
9. Lettre de Jimmy Carter
10. Amnesty International, « Summary : proposed policy on sex work »
11. « Challenging Prostitution & the Myths That Sustain It »
12. À dire d’elles, « Réalités de la prostitution : la violence des clients »
13. TEN THINGS YOU MIGHT NOT KNOW ABOUT MEN WHO BUY SEX - See more ce document.
14. Julie Bindel, « Why men use prostitutes »

L’auteure

Analyste d’affaire, l’auteure a collaboré à plusieurs projets internationaux liés à la lutte contre le trafic de drogues et d’êtres humains, l’anti-corruption et le blanchiment d’argent, ainsi qu’à des politiques de formation et de développement. Elle a exercé sa profession au ministère des Affaires étrangères de France, puis à Interpol, avant de rejoindre l’Institut pour la Sécurité et les Politiques de Développement à Stockholm.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 12 octobre 2014


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Aïssata Maïga, analyste d’affaire

Analyste d’affaire, l’auteure a collaboré à plusieurs projets internationaux liés à la lutte contre le trafic de drogues et d’êtres humains, l’anti-corruption et le blanchiment d’argent, ainsi qu’à des politiques de formation et de développement. Elle a exercé sa profession au ministère des Affaires étrangères de France, puis à Interpol, avant de rejoindre l’Institut pour la Sécurité et les Politiques de Développement à Stockholm.


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