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jeudi 11 décembre 2014

Éducation ou catastrophe : l’heure de se débrancher

par Jacques Brodeur, consultant en prévention de la violence






Écrits d'Élaine Audet



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En 1920, l’historien et romancier futuriste H.G. Wells, auteur de La Guerre des mondes (1), avait formulé sa vision de l’histoire de la civilisation humaine dans une phrase lapidaire. Selon lui, cette histoire consiste essentiellement en une "course entre l’éducation et la catastrophe." 
(2)

En 2014, on pourrait paraphraser l’historien en affirmant que la victoire de la civilisation passe aujourd’hui par la déconnexion de notre progéniture des écrans. Pas de victoire de l’éducation au XXIe siècle sans reconnexion des jeunes avec la réalité.


Le présent article poursuit la description des ingrédients utiles pour préparer des enfants à devenir citoyens et citoyennes, capables de tenir tête aux industries pour lesquelles l’attention des jeunes cerveaux n’est rien de plus qu’une marchandise. (3)

Ces ingrédients ont été réunis dans une "potion" conçue au Québec en 2003 et qui, depuis 2008, fait les délices de milliers de familles françaises qui l’ont fait goûter à leur descendance gauloise. Cette potion, plus scientifique que magique, consiste à accompagner les enfants dans un exercice éducatif de reconnexion des enfants avec la réalité.

    1- Préparation des enfants grâce à des exercices liés au programme éducatif

Pour préparer les enfants à relever le Défi sans écrans, les enseignantEs se voient confier des activités pour apprendre aux jeunes à s’entraîner et à s’entraider. Ces activités, amorcées en classe et complétées à la maison, sont des devoirs scolaires modernes qui n’ont rien à voir avec la nostalgie du "bon vieux temps" où la télé n’existait pas. Ce match difficile est donc foncièrement éducatif. En se collant au programme de l’éducation nationale, les activités proposées évitent ainsi de constituer un fardeau supplémentaire pour les enseignantEs. Un coffre à outils est offert aux enseignantEs qui y puisent les exercices qui conviennent à l’âge et au niveau de leurs élèves du primaire, ou encore à la matière enseignée au secondaire.



Réalité, liberté, vérité, solidarité
Objectif premier de la déconnexion des écrans : reconnecter les enfants avec la réalité, les rapprocher de la nature, les associer à la protection de l’environnement, aux bienfaits du vivre ensemble en famille et à l’école. Sans proximité avec la réalité, le jeune humain se détache de son environnement et se croit moderne en se désintéressant de sa destruction. Comme les contenus médiatiques utilisés pour capter l’attention des jeunes sont de plus en plus violents, ils entraînent une augmentation dans nos écoles de paroles qui font souffrir les victimes, les isolent, les intimident, des paroles qui font rigoler les témoins et pour lesquelles ceux qui les prononcent ne ressentent aucun remords.

Liberté
Chaque élève est libre de réduire son temps-écrans : cela rend sa décision plus difficile et la victoire d’autant plus significative. Maman et papa encouragent leur enfant. La culpabilisation des parents et des enfants ne fait qu’empoisonner l’esprit du projet et ternir l’exploit. On joue à trouver des moyens de fermer la télé et de la garder fermée durant 10 jours. On explique à tous les élèves de l’école les règles du Défi sans écrans, un jeu moderne, où l’on a intérêt à trouver les meilleurs moyens pour gagner : s’entraider et s’entraîner. Le Défi sans écrans est un sport extrême où la coopération mène à la victoire plus que la compétition.

Vérité
On apprend aux enfants à marquer leurs points : 5 par jour. Le matin, le midi, l’après-midi, le repas du soir, la soirée. Les jours de congé, 2 points à gagner en matinée, 2 autres en après-midi. Samedi et dimanche, on peut donc marquer 7 points/jour au lieu de 5. Lorsque le Défi sans écrans comporte 8 jours de classe et 2 jours de congé, l’enfant peut donc accumuler un total de 54 points.

Pourquoi la vérité ? Parce qu’on marquera nos points avec franchise. Regarder une émission de télé, ce n’est pas tricher, à la condition que l’enfant écrive la vérité sur sa feuille de pointage. L’enseignante félicite l’enfant pour sa franchise, plus que pour le point. 



Solidarité
Chaque jour, durant le match, on additionne les points de tous les élèves de la classe. On additionne ensuite les points de toutes les classes pour connaître le total de l’école. Chaque classe possède son thermomètre. L’école possède aussi son thermomètre. Le total rendu visible permet d’apprécier le poids global de la victoire collective et de calculer la contribution moyenne de chacun en faisant la moyenne. Le Défi sans écrans est coopératif au lieu d’être compétitif. On ne veut pas savoir qui est le meilleur. En additionnant nos points et nos efforts, on deviendra, ensemble, plus forts que les écrans. 


L’école au centre de la communauté
Les associations du quartier ou de la commune sont invitées à proposer des activités intéressant les enfants et qui les éloigneront des écrans : excursion à vélo, pique-nique, soirée de danse, cours de cuisine, sports, soirées de jeux de société, observation des étoiles, tout est possible. Lorsque les activités proposées sont familiales, lorsque maman et papa, divorcés ou pas, participent, lorsque les grands-parents accompagnent l’enfant, on contribue à la victoire et on augmente les bienfaits pour l’enfant. 


    2 - Compléter la préparation

On a vu plus haut le contenu de la première rencontre préparatoire au Défi. Deux autres rencontres préparatoires avec les élèves sont utiles, voire nécessaires. Elle sont consacrées à des exercices qui vont augmenter la puissance du jeune cerveau, sa confiance en soi et la conscience de sa contribution aux efforts du groupe. Cette puissance va leur procurer la patience, la détermination et les conduire à la victoire. Lors de la 2e rencontre, l’enfant dresse sa liste d’activités préférées, de concert avec ses parents. Lors de la 3e, l’élève complète sa grille-horaire en inscrivant les activités retenues pour chaque moment de la journée. Chaque enfant prépare et possède sa propre feuille de route. Dans des écoles, on remet à chaque élève un livre de bord à compléter chaque jour avant, durant et après le match.

On joue en famille
Les élèves apportent à la maison des grilles-horaires supplémentaires pour les membres de leur famille qui vont tenter de relever le Défi. On a vu des parents et des grands-parents participer. Des messages sont remis aux élèves expliquant à maman et papa où on est rendu dans la préparation.

Résultats évalués, formule éprouvée

Il importe que les résultats soient évalués. Des questionnaires sont accessibles en ligne. (4) Des parents bénévoles vont se charger de compiler les réponses. Chaque année, depuis 2003, des écoles produisent leur bilan et Edupax les archive sur Internet. (5)

Bienfaits durables ?
En octobre 2011, l’Institut Éco-conseil a poussé la curiosité jusqu’à vérifier ce qu’il restait du Défi deux années plus tard. Les réponses des parents démontrent que la réduction du temps-écrans a laissé des habitudes qui confirment la valeur du projet. (6)

Rayonnement de la mission de l’école
La direction de l’école diffuse les résultats du match auprès des parents d’élèves, des grands-parents, des éluEs, des journalistes, dans les lieux de travail de papa et maman, dans les écoles et communes voisines. Chaque année, des bilans s’ajoutent et de nouvelles écoles tentent l’aventure. Oui, la réduction du temps-écrans améliore les apprentissages et les notes.

Mobilisation dans un projet collectif de reconnexion des jeunes avec la réalité
« Pour éduquer un enfant, il faut tout un village », dit le proverbe africain. Les organismes du milieu qui offrent des activités de remplacement "élèvent" les jeunes. Puisque les budgets de marketing ciblant les enfants augmentent à vitesse grand V (7) et que ceux investis en éducation diminuent, seule une complicité école-famille-communauté peut faire contrepoids. Le Défi sans écrans fait diminuer les conséquences de la publicité sur la jeunesse en aiguisant leur jugement critique, en plus de valoriser l’école et le gouvernement familial, éléments essentiels - et hélas trop souvent négligés - de la réussite éducative. 

Parents ! Bienvenue dans la cité de la réussite éducative, de la reconnexion des jeunes avec la réalité et de la revalorisation du Gouvernement familial.


EnseignantEs ! Retrouvez le plaisir d’enseigner et la fierté de préparer vos élèves à la maîtrise des écrans. Sans entraînement, vos élèves sont des proies faciles et leurs apprentissages scolaires vont écoper. Avec une bonne préparation au Défi sans écrans, ils auront plus de chance d’échapper à l’emprise des professionnels du marketing et la dépendance aux écrans. En préparant vos élèves à survivre et naviguer dans un monde hypermédiatisé, l’exercice de votre métier reprendra du sens et le prestige mérité.


Partout où parents et enseignants unissent leurs efforts, la victoire de l’éducation redevient possible et l’emprise des écrans sur la jeunesse s’estompe, jusqu’à replacer la technologie numérique dans le seul rôle qu’elle mérite, celui de serviteur.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Principaux résultats du Défi sans écrans selon les enfants, les parents et le personnel de l’école

- Le DÉFI est jugé utile par 88% des parents, 79% des élèves et 95% des membres du personnel.

- 75% des parents et 87% des enfants confirment l’augmentation du temps consacré aux activités physiques et sportives.
- 52% des enfants ont lu plus souvent.
- 70% des parents et des enfants disent avoir passé plus de temps en famille.
- Mamans et papas ont réduit leur temps-écrans : 71% et 55% respectivement.
- 40% des parents ont vu augmenter l’aide fournie à la maison par leur enfant.
- 58% des enseignants ont noté l’amélioration de la concentration des élèves en classe.

- Devoirs et leçons se sont améliorés disent 45% des enseignants.

- Le Défi sans écrans et SMART diffèrent, mais les deux conduisent à des changements tangibles.

Les activités de remplacement des écrans facilitent la reconnexion avec la réalité, avec la nature, avec la vie, avec le monde.

- Vélo et lecture font augmenter le métabolisme et fondre l’adiposité.

- Amélioration moyenne des résultats scolaires de 15%.

- Implication accrue des parents dans l’école ; ils se sentent moins jugés, moins coupables du comportement de fiston, mieux acceptés par le personnel, davantage partenaires que clients.

- Valorisation de la relation école-communauté : l’école augmente son rayonnement dans le quartier et la commune ; on cesse de reprocher à l’école de coûter trop cher ; l’école et les enfants redeviennent sources de fierté dans la communauté.

- Amélioration du climat à l’école et à la maison : les disputes diminuent, les conversations familiales retrouvent place, les repas servent à échanger, la vie familiale reprend vigueur.

- 75% des parents souhaitent que l’école reprenne le Défi chaque année. 

- 88% des parents disent vouloir conserver le contrôle du robinet-écrans.
Pour en savoir plus :
- Vidéo de 4 minutes enregistré à l’école Fréchette, à Saguenay. (8)

- Diaporama "Sortir de l’écran" présenté au Cégep de Victoriaville. (9)

- Diaporama / Bilan du Défi sans écrans à l’école Jacques-Rocheleau en 2007 (10)
.
- What Does Research Say About Take the Challenge/Take Charge ? (11)

Réduire le temps-écrans : utile pour prévenir l’obésité

La Semaine sans écran a vu le jour aux États-Unis en 1995. En 2010, le Gouvernement des États-Unis décide de faire face à la pandémie d’obésité en créant une équipe interministérielle avec pour mission de réduire le taux d’enfants affectés en moins d’une génération. (12)

Entre 2010 et 2013, la Première Dame, Michelle Obama, a joué un rôle de premier plan dans l’atteinte de cet objectif avec un programme nommé "Let’s Move", où l’on préconise la réduction du temps-écrans. (13)

Au cours de cette période, l’agence canadienne de Santé publique (ACSP) emboîte le pas en affichant le programme SMART sur son Portail des pratiques exemplaires pour prévenir l’obésité. (14)

Notes
1. La Guerre des mondes.
2. L’histoire de la civilisation est une course entre l’éducation et la catastrophe.
3. "On achète bien les cerveaux".
4. Questionnaires pour évaluer le Défi sans écrans auprès des parents, élèves, des enseignants.
5. Bilans du Défi sans écrans archivés depuis 2003.

6. Évaluation du Défi sans écrans par les parents 2 années plus tard.

7. Les budgets de marketing ciblant les enfants sont passée de 100 millions $ en 1981 à 17 milliards $ en 2006.
8. Vidéo de 4 minutes enregistrée à l’école Fréchette, à Saguenay.
9. Diaporama "Sortir de l’écran" présenté au Cégep de Victoriaville.

10. Diaporama/Bilan du Défi sans écrans à l’école Jacques-Rocheleau en 2007.

11. What Does Research Say About Take the Challenge/Take Charge ?

12. Équipe interministérielle ayant pour mission de réduire le taux d’enfants affectés par l’obésité en moins d’une génération.
13. Let’s Move préconise la réduction du temps-écrans.

14. Portail des pratiques exemplaires pour prévenir l’obésité.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 27 novembre 2014


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Jacques Brodeur, consultant en prévention de la violence
EDUPAX

Jacques Brodeur a enseigné durant 30 ans et œuvre comme consultant, conférencier et formateur dans les domaines de l’éducation à la paix, l’éducation aux médias et la prévention de la violence. On peut lire d’autres articles de Jacques Brodeur dans cette rubrique de Sisyphe ou sur le site EDUPAX.


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