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mardi 3 juin 2003

Florence Montreynaud : comprendre, agir, changer

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



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Florence Montreynaud, auteure de dix ouvrages, dont l’encyclopédie Le XXe siècle des femmes, fondatrice de plusieurs mouvements féministes : les Chiennes de garde, la Meute contre la publicité sexiste et Encore féministes, était l’invitée du Conseil du statut de la femme à l’occasion d’un colloque, en mai dernier.

Avec un humour qui ne se dément jamais, elle avoue avoir mis une robe qu’elle a depuis 30 ans pour célébrer dignement le 30e anniversaire du CSF… ainsi que la simplicité volontaire ! Pour elle, le Québec reste toujours ce qu’il y a de plus proche du paradis féministe. Elle dit prendre ici une énorme ration de stimulation intellectuelle et de chaleur affective. Grand bien lui fasse, c’est réciproque ! Petit à petit, la préparation de sa conférence sur le féminisme est devenue, nous annonce-t-elle, l’ébauche d’un livre qui pourrait s’appeler : " Le féminisme est un humanisme ". Tout y est, théorie, pratique et utopie !

F. Montreynaud qualifie le féminisme d’école de lucidité et d’exigence personnelle, une démarche volontaire, progressive, progressiste et solidaire. Et depuis toujours, souligne-t-elle, une pratique non-violente. Ce qui est d’autant plus admirable qu’elle répond à un système d’une extrême violence.

Si le féminisme part le plus souvent d’une révolte individuelle, il peut aboutir grâce à une démarche collective à une révolution au sens politique fort du mot, bouleversant les fondements de violence et d’injustice sur lesquels repose notre monde. Dans son principe, le féminisme ne peut être que révolutionnaire parce qu’il ne change pas seulement les mentalités, mais les structures qui créent l’oppression des femmes.

Penser par soi-même

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Florence Montreynaud

Penser par soi-même est pour F. Montreynaud la plus haute exigence humaine. Penser autrement. Penser comme un être humain libre et non comme une femme relative à un homme. Penser contre les préjugés dans lesquels nous avons été élevées. Pratiquer l’examen systématique, le doute méthodique avant d’adhérer à quoi que ce soi. Ne rien accepter comme allant de soi, ni l’hétérosexualité, ni la tyrannie de la minceur. On nous a conditionnées à penser aux autres avant de penser à nous-mêmes.

Comment accepter aujourd’hui que dans le monde les 2/3 des analphabètes soient des filles et des femmes. Cette entrave au développement intellectuel est, pour la conférencière, un crime contre l’humanité. Elle encourage les femmes à se méfier de ceux qui prétendent savoir ce qui est mieux pour elles, tels les clergés qui, presque tous, légitiment l’infériorisation des femmes.

Trois types de développement intellectuel

Il s’agit, pour l’historienne féministe, de : 1. Dénoncer les idées reçues. 2. Inverser l’ordre habituel. 3. Développer de nouveaux concepts et leur trouver un nom efficace. Comme exemples d’idées reçues reprises inlassablement, il y a " la guerre des sexes ", " les excès du féminisme ". Et toujours, pas un seul cas vérifié de tyrannie féministe. Encore une fois, il faut citer Benoîte Groult qui remarque à juste titre que " le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours. "

L’humour est une arme d’une extrême efficacité. Il suffit de mettre au masculin les descriptions de tâches des femmes, de la place qu’elles occupent dans la société pour que cette inversion éclaire l’oppression et l’exploitation qui sont leur lot dans la société patriarcale et capitaliste.

Le féminisme a modernisé la pensée et la langue. C’est seulement en nommant correctement les problèmes qu’on se donne une chance de les résoudre, affirme F. Montreynaud, qui se montre très sensible aux mots. Elle parle des slogans qui l’enchantent, des titres de livres qui inspirent son action. Elle constate que les mots pour nommer la sexualité féminine sont toujours tabous et annonce qu’elle prépare un livre sur ce sujet intitulé : " Appeler une chatte " !

L’importance des stratégies

Pour F. Montreynaud, il faut compter sur soi-même et développer des stratégies inventives. Répondre aux attaques par l’intelligence, la fermeté, la solidarité. Et heureusement les femmes disposent maintenant d’un corpus solide de travaux écrits auquel elles peuvent se référer.

Elle s’interroge également sur la nécessité de répondre aux attaques antiféministes dont la violence s’est considérablement accrue. Ici, on ne peut s’empêcher de penser aux masculinistes. La conférencière se demande s’il ne vaudrait pas mieux agir selon les stratégies que NOUS avons choisies en ne laissant pas nos adversaires décider de nos priorités.

Elle note également que l’avortement reste la pierre de touche de la tolérance conservatrice à l’égard des femmes. Aucun droit n’est acquis à jamais. Et elle souligne l’importance du réseautage dont La Marche mondiale des femmes en l’an 2000 est l’exemple entre tous.

La peau dure

C’est un nouveau concept qu’elle a inventé pour résister aux qualificatifs données aux féministes tels que "mal baisées, peine à jouir, puritaines, lesbiennes, etc." Il ne nous ont jamais regardées pour dire de telles choses. À cela, elle rétorque, avec son humour habituel, qu’"Il faut être économe de son mépris en raison du très grand nombre de nécessiteux " !

Elle constate aussi qu’on doit toujours recommencer à zéro parce que le machisme efface nos traces. Pour elle, persévérer est la seule démarche possible et elle mentionne, au passage, le site québécois Sisyphe (sisyphe.levillage.org) qui llustre cette image de la pierre à rouler sans cesse et de la tâche à poursuivre sans se décourager.

Changer soi-même et notre monde

F. Montreynaud termine son allocution en mentionnant un rêve, un bilan, un salut à Martin Luther King qui, dit-elle, n’a jamais cessé d’inspirer son action avec son beau discours " J’ai fait un rêve ", si proche de l’utopie féministe, dit-elle, dans lequel il dit notamment que " nous répondrons à la force physique par la force morale, à la violence par l’amour ".

Elle rappelle que l’égalité a été reconnue, il y a deux siècles comme un principe fondamental de la démocratie. Après 6000 ans d’histoire, nous disposons de la légitimité du mot et nous pouvons opposer à nos adversaires leurs propres principes.

Florence Montreynaud salue toutes nos " prédécessoeurs ", ces emmerdeuses magnifiques, les petites filles rebelles qui un jour ont dit : " c’est pas juste ! ", toutes celles à qui nous devons la fierté d’être femmes.

Mis en ligne sur Sisyphe juin 2003

L’allocution de Florence Montreynaud sera disponible à l’automne sur le site du Conseil du statut de la femme.


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Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
les critiques et se procurer les livres d’Élaine Audet
ICI.



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  • > Florence Montreynaud : comprendre, agir, changer
    (1/1) 7 décembre 2005 , par sabine





  • > Florence Montreynaud : comprendre, agir, changer
    7 décembre 2005 , par sabine   [retour au début des forums]

    Voilà une femme !
    On ne dira jamais assez qu’il faut agir au quotidien pour changer les choses sans jamais croire qu’on a définitivement gagné. Bravo Florence !


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