| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






vendredi 20 mars 2015

La burqa/niqab est contraire à l’interaction humaine en société

par Léon Ouaknine






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Pakistan - La gauche occidentale doit reconnaître le réel problème de l’islam extrémiste
Lettre ouverte au monde musulman
Mahomet, les discours haineux et l’islamophobie
Le pape se bat pour l’égalité des sexes dans l’imaginaire
L’Arabie saoudite à la tête d’un panel du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU - Sommes-nous gouvernés par des pleutres ?
Islamisme et société – Les loups sont dans la bergerie (Tarek Fatah)
Tarek Fatah s’insurge contre les progrès du lobby islamiste au Canada
Le Canada doit cesser de flirter avec l’islam politique et renoncer au relativisme culturel
Le multiculturalisme au Canada, une grande muraille face à l’intégration
Grande-Bretagne - Conférence sur la Charia, l’apostasie et la laïcité
"Blasphémateur ! Les prisons d’Allah" ou la critique de l’islam en pays musulman
L’infiltration des principes de la Charia au Royaume-Uni
La masculinité au temps du djihad électronique
Stratégie islamiste : d’une pierre trois coups
Pour le lobby de Dieu, la femme est un ventre, rien qu’un ventre !
Je me tiens aux côtés des femmes
Renoncer à sa religion au nom de l’égalité
Pape Benoît XVI - Traduire M. Ratzinger en justice ?
Le féminisme islamique : nouveau concept ou leurre efficace ?
La place et le rôle de la femme dans l’islam, le christianisme et le judaïsme
Le mystère de la pédophilie échappe au Vatican
La religion et les femmes
L’ONU adopte une résolution islamiste contre le dénigrement des religions
Excuses du cardinal Ouellet : l’Église doit encore cheminer, dit la ministre St-Pierre
Féminisme et Vatican : l’inconciliable
"Y aurait-il des femmes plus aptes à la liberté que d’autres ?" Réponse à Françoise David
Religions, femmes et fondamentalismes
La religion et les droits humains des femmes
Question du voile islamique - un dossier
Débat sur les droits des femmes et les pratiques religieuses : un bon début
Femmes, féminisme et philosophie - les enjeux actuels
"Vous me faites mal deux fois"
Être vue
Françoise Gange et la mémoire ensevelie des femmes
Benoit XVI renouvelle sa croisade antilaïque
L’action diplomatique de Jean-Paul II contre les femmes
La modernisation du Vatican s’est arrêtée avec Jean-Paul II
Des islamistes aux évangéliques : Dieu et la politique
L’islamisme contre les femmes partout dans le monde
Vieux démons
L’Église catholique et la rhétorique féministe
Les femmes refusent le statu quo dans l’Église
Les femmes, le féminisme et la religion
Le Vatican veut contrôler la sexualité des réfugiées
Des prêtres violent des religieuses







Justin Trudeau, de même que Thomas Mulcaire, défendent le droit pour une femme de porter le niqab. Ces prises de position de ces leaders politiques sont une injure faite aux femmes. Je m’explique.

Le vivre-ensemble dans la transparence

Lorsque deux personnes se rencontrent, elles procèdent dans un même mouvement à deux opérations inhérentes à toute vie sociale : chacune s’identifie et simultanément essaie de décoder les intentions de l’autre à son égard. Elles s’identifient essentiellement par le visage, lequel est par définition l’affirmation probante de qui on est - nos photos sur les cartes d’identité ne nous montrent pas de dos ou de profil mais de face. Elles décodent les dispositions de leur vis-à-vis, non comme le chien par son odorat ou le frétillement d’une queue, mais en lisant littéralement le visage qui leur fait face, parce que chez l’homo sapiens, la vue est l’organe prédominant par excellence - ce sens lui apportant 80% de toutes les informations qu’il utilise.

Toutes ou presque toutes les émotions fondamentales de l’homme s’expriment sur son visage - amour, amitié, joie, plaisir, respect, tristesse, mais aussi agressivité, énervement, rage, colère, peur, calcul. Shakespeare (1) ne dit-il pas : "Car en voyant son visage, tu connaîtras son cœur". Le visage est un livre ouvert, il reflète plus ou moins fortement l’état mental du sujet, et hors les autistes, tous les êtres humains savent instinctivement, et la plupart du temps très correctement, lire ce qui est basique sur les visages. Ce processus est automatique, hors du contrôle de la volonté. Il advient en un clin d’œil, travail inconscient mais très efficace.

Cette faculté innée s’appuie sur une structure physiologique particulière. Le Dr David Zald (2), professeur de psychologie à l’université Vanderbilt du Tennessee, a mis en évidence que le complexe amygdalien, une petite partie du cerveau, traite les images de visages menaçants ou marqués par la peur beaucoup plus vite (quelques millisecondes) que toute autre émotion, preuve selon le Dr Zald que, face à une menace potentielle, l’impératif de survie immédiate prime sur tous les autres. Le simple fait, comme le montre Desmond Morris, l’auteur du Singe nu, que nous éprouvons un sentiment de malaise lorsque nous parlons à une personne dont les yeux sont totalement cachés par des lunettes de soleil est indicatif de l’antique besoin humain d’avoir accès au visage de notre vis-à-vis pour fonder un vrai dialogue. Bien entendu, il arrive parfois à chacun de mal décoder les intentions de l’autre, soit par manque de vigilance, soit parce qu’on a affaire à des gens qui présentent délibérément un visage lisse et indéchiffrable, mais on se méfie habituellement de ceux qui camouflent leurs états intérieurs et on agit avec plus de prudence avec eux.

La biologie impose à tout humain le besoin de déchiffrer sur le champ l’état mental de tout interlocuteur ou interlocutrice surgissant dans son espace d’interaction, la culture prend ensuite le relais pour codifier les réactions en retour. Même vis-à-vis de l’être aimé, chacun sait qu’il faut ajuster ses dires et ses comportements selon l’humeur du moment. Or on n’a encore rien inventé de mieux pour savoir presque instantanément comment se comporter dans le rapport avec l’autre, que de scruter le visage de celui-ci. La biologie et la culture expliquent ainsi pourquoi aucun vivre-ensemble n’est pensable dans une société masquée.

Le niqab/burqa : infraction à une obligation sociale

Et pourtant, aujourd’hui, notre société est confrontée à une infraction potentielle à cette obligation sociale d’avancer à visage découvert dans le cadre du vivre-ensemble, celle que font peser les pratiquantes volontaires ou forcées de la burqa. Examinez la burqa et que vous dit le visage caché ? Il ne veut être ni identifié ni être lu, le contraire des impératifs biologique et culturel élémentaires du vivre-ensemble.

La femme emburquinée ne veut pas d’interaction sociale dans l’espace public, toutefois elle exige de profiter des services sociétaux. Si elle hèle un taxi, elle considérera comme une atteinte à ses droits que celui-ci refuse de la prendre au motif qu’elle est masquée et qu’il lui est donc impossible de l’identifier et de lire son visage. Même situation avec le chauffeur d’autobus, même inconfort des autres voyageurs dans une rame de métro, même désagrément du marchand. Un problème se pose ! Si la femme emburquinée refuse les conditions sine qua non de toute interaction sociale dans l’espace public, pourquoi ses vis-à-vis fournissant des services publics ou marchands dans cet espace commun sont-ils/elles légalement obligé-es de transiger avec elle ? Au nom de quel principe peut-on leur imposer cette obligation alors qu’une des conditions de toute transaction humaine manque à l’échange ? C’est ce déséquilibre dans l’échange social qui explique pourquoi la grande majorité de la population se sent mal à l’aise à la vue de ces fantômes noirs, c’est ce refus de la plus élémentaire des transactions humaines qui explique pourquoi l’emburquinement est inacceptable dans des sociétés basées sur le respect mutuel.

Le refus de la burqa dans l’espace public est-il un signe d’intolérance comme l’affirment deux personnages bien connus, le philosophe Charles Taylor, ex président de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, et l’avocat spécialiste des droits de l’homme Julius Grey. Dans le quotidien La Presse du 9 octobre 2009, le premier déclare : « On commence avec la burqa et on finit avec quoi ? » ; le deuxième : « Moi-même, je peux sortir habillé en Rigoletto ou porter un chapeau haut de forme ».

Face à ces affirmations, comment réagiraient messieurs Taylor et Grey si des naga sâdhus, indous très pieux qui vivent intégralement nus et qui, par leur dévotion, remplissent un rôle religieux très important aux yeux des adeptes de l’indouisme, décidaient d’exercer leurs droits religieux à Montréal ? Pourquoi ne pourraient-ils pas vivre nus sur la place publique, si à l’autre bout de l’éventail on tolère, au nom du respect des croyances religieuses de chacun, le noir enfermement de la burqa sur cette même place publique ? La loi et les règlements n’interdisent pas aujourd’hui la burqa dans l’espace commun, mais ils interdisent la nudité intégrale partout, sauf en privé ou dans les camps de nudistes. Sur quel article de la charte des droits et libertés s’appuierait-on pour autoriser la pratique de la burqa et interdire la pratique des naga sâdhus ? J’aimerais bien avoir du philosophe politologue Taylor et du juriste Grey une réponse franche et directe à cette question ?

Accommoder et créer des tensions religieuses

On dira bien sûr que cette situation est hypothétique et improbable vu le type de climat du Québec. C’est vrai, mais ce qui importe ici, c’est de réaliser que la volonté d’accommoder les diverses coutumes et multiples impératifs religieux dans l’espace public ne peut manquer de générer des tensions entre les diverses sensibilités religieuses dont beaucoup sont par essence totalitaristes, puisqu’elles prétendent régenter du lever au coucher toutes les pratiques humaines de leurs fidèles. Le principal et premier champ de bataille demeure, on s’en doutait, la femme ! Lorsque au sein d’une société, les valeurs défendues sont mutuellement exclusives, le vivre-ensemble est sur une pente dangereuse.

Certains avancent l’argument d’un biais culturel pour ne pas dire raciste de la part des détracteurs de la burqa, puisque ceux-ci ne s’objectent pas aux habits ostentatoires des religieux chrétiens ainsi que des juifs hassidiques. Je répondrais qu’il y a, dans ces deux exemples, une différence absolument fondamentale d’avec la burqa. Les nonnes et curés et même les hassid - qui découragent pourtant l’interaction des leurs avec les autres - se promènent à visage découvert et, par là, respectent les deux impératifs biologique et culturel de toute société : s’identifier et laisser lire leurs visages.

D’autres diront qu’il est faux d’affirmer que ces deux impératifs soient une nécessité fondamentale de toute collectivité, puisque il y a des sociétés où l’emburquinement des femmes est général et que, pourtant, ces sociétés existent depuis des siècles. C’est vrai et faux. Ces sociétés perdurent mais au prix de l’exclusion de la moitié du genre humain. Imaginons un instant une société idéalement égalitaire face à la burqa, où les hommes seraient eux aussi soumis à l’obligation de la porter. Comment signer, par exemple, un traité commercial ou une alliance politique ou toute autre transaction humaine qui requiert un minimum de connaissance intuitive de l’autre, lorsqu’on est face à un masque ? Combien de temps cette société pourra-t-elle perdurer ? Poser la question, c’est y répondre !

Non, le refus de la burqa ne relève ni d’un biais culturel, ni d’un biais antireligieux. Invoquer l’un ou l’autre traduit, soit une indigence de la pensée, soit une manipulation délibérée, soit et c’est le pire, la confusion entre racisme et défense de la laïcité chez ces chantres de la bien-pensance.

Obscurantisme contre laïcité

Le débat sur la burqa est un des épisodes de la poussée obscurantiste qui vise avec acharnement à grignoter petit à petit le caractère laïque de nos sociétés. La burqa est une prison, l’expression du confinement de la femme à l’espace privé, accessible uniquement au mari. C’est l’affirmation de l’irresponsabilité sociétale de la femme puisque celle-ci ne peut exister que dans l’enclos familial. Ce n’est pas en permettant que des femmes se retranchent volontairement ou sous contrainte des conditions élémentaires de la vie sociétale, qu’on promeut l’intégration au sein du vivre-ensemble québécois.

D’aucuns diront qu’accepter la burqa dans l’espace public n’est qu’une petite entorse au principe d’équité dans l’échange social et que vu, le nombre de burqa, il n’y a pas de quoi s’alarmer. Je ne suis pas d’accord : accepter cette injustice faite aux femmes, c’est ouvrir la porte à des demandes similaires dans le monde de la santé, dans celui de l’éducation et finalement dans la totalité de l’espace public. Ces choses-là me font penser à l’expérience bien connue de la grenouille qu’on met dans une casserole pleine d’eau froide et qu’on fait chauffer doucement. La grenouille bien à l’aise au départ finit par mourir ébouillantée, parce que le changement de température est si insidieux que ses réflexes ont été engourdis au point qu’il finit par être trop tard pour elle de réagir. La bien-pensance, c’est pareil, elle finit par provoquer la sidération et la castration des esprits, pour reprendre les termes de Alain Finkielkraut à l’encontre de l’accusation de racisme.

Où nous mènent de tels acquiescements et de telles démissions, sinon vers une société dont l’espace public aura été irrémédiablement clivé. La bien-pensance de nos élites politiques et intellectuelles fait aujourd’hui prévaloir la liberté religieuse sur le principe d’égalité des hommes et des femmes. Quelle ironie, c’est au Québec que ces mêmes élites ont féminisé, avant tout autre pays, tous les titres professionnels !

Aujourd’hui : burqa, droit d’être desservi par quelqu’un dont le sexe est conforme aux obligations religieuses du demandeur, refus d’appliquer une partie des programmes requis par le ministère de l’éducation dans certaines écoles privées religieuses juives ultra-orthodoxes, pourtant subventionnées par l’État. Demain : tribunaux islamiques de la famille et tronçonnage de l’éducation dans l’école publique lorsque des élèves refuseront des cours contraires à leurs croyances. Toutes ces demandes ne sont pas imaginaires, elles sont sur la table et n’attendent que l’opportunité d’être mises en oeuvre. Si, comme la grenouille, on se laisse engourdir, on en arrivera à une libanisation de l’espace public.

Crédit photo : The Guardian.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 13 mars 2015


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Léon Ouaknine

Léon Ouaknine est diplômé en administration publique et a une scolarité de doctorat en science politique. Après avoir dirigé des organisations de la communauté juive, Léon Ouaknine a œuvré dans les réseaux de la santé et des services sociaux comme directeur général de CSS, CLSC et Institut universitaire pendant 22 ans ; à ce titre, il a créé un important centre de recherche universitaire sur le vieillissement. Il a ensuite travaillé pendant 5 ans comme « principal » du consulting santé de la firme Ernst & Young pour la France. Parallèlement à ses activités de consultant en administration de la santé, il dirige le « Qualité en Santé » à la faculté de médecine de Kremlin-Bicêtre de l’Université Paris-Sud en France de 2000 à 2005. En 1994, il a obtenu le prix d’excellence en leadership et management de l’Association des Directeurs Généraux de Santé et de Services Sociaux du Québec.



Plan-Liens Forum

  • La burqa/niqab est contraire à l’interaction humaine en société
    (1/1) 3 avril 2015 , par Danielle Ros





  • La burqa/niqab est contraire à l’interaction humaine en société
    3 avril 2015 , par Danielle Ros   [retour au début des forums]

    Je suis absolument de votre avis, Léon Ouaknine, et vous remercie du courage (étant donné le vacarme médiatique, les récupérations politiques et la violence de certaines prises de position) de votre intervention. Si vous en avez le temps, vous pourriez jeter un coup d’oeil sur le billet que j’ai publié au sujet des hijab/niqab/burka sur mon blogue : danielleros.com

    Au plaisir de vous lire encore.

    modération a priori

    Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

    Qui êtes-vous ?
    Votre message
    • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2015
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin