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dimanche 14 juin 2015

Kosovo - Des milliers de robes sur des cordes à linge pour rendre hommage aux survivantes de viol

par Mark Tran, The Guardian






Écrits d'Élaine Audet



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Une artiste conceptuelle, Alketa Xhafa-Mripa, est en train de transformer un terrain de football à Kosovo en une installation artistique géante en suspendant des milliers de robes à des cordes à linge, un puissant et poignant hommage aux survivantes de violences sexuelles. L’exposition "On pense à vous" a été présentée dans le stade de Pristina, la capitale du Kosovo, le vendredi 12 juin, 16e anniversaire de l’entrée des forces de l’OTAN dans la ville après trois mois de bombardements.

On estime que 20 000 femmes albanaises – et quelques hommes – ont été violées par l’armée, la police et les paramilitaires serbes pendant la guerre au Kosovo en 1999, alors que des séparatistes albanais combattaient contre le régime yougoslave dirigé par l’"hercule de foire" serbe, Slobodan Milosevic. Alketa Xhafa-Mripa, artiste née au Kosovo mais aujourd’hui citoyenne britannique, a dit que l’idée de son installation lui est venue en entendant des entrevues de survivantes de violence sexuelle qui délaraient que leurs voix étaient rarement entendues.

« Je me suis mise à m’interroger sur ce silence, comment on pouvait ne pas entendre leurs voix pendant et après la guerre, et j’ai pensé à la façon de représenter les femmes dans l’art contemporain », a dit Xhafa-Mripa, venue à Londres en 1998 pour étudier l’art et qui y vit depuis avec son mari et ses trois enfants.

Xhafa-Mripa, 35 ans, a choisi la robe ou la jupe pour symboliser la fragilité et l’innocence, et en suspendant 5 000 robes à des cordes à linge, elle a donné un nouveau sens à une expression familière : « Lavez le linge sale en public », une manière de dire « Parlez de vos questions privées en public ». Mais dans ce cas-ci, le linge est lavé, propre, comme les femmes survivantes qui sont propres, innocentes – sans taches », a-telle dit en interview, à Londres.

Elle a suspendu les robes à 45 cordes à linge sur un terrain de football, qu’on pourrait voir comme un symbole de masculinité et de machisme. En exposant autant de robes et de jupes, Xhafa-Mripa cherche à faire prendre conscience de l’envergure du problème de la violence sexuelle pendant la guerre. Des femmes et des hommes, pas simplement des survivant-es, sont encouragé-es à apporter leur aide à l’installation, présenté comme un acte de solidarité par le Conseil national pour les survivantes de la violence sexuelle en temps de guerre.

« Je veux que ces milliers de robes vous frappent en rappelant ce qui s’est passé, et que les gens en parlent. N’importe qui, quelle que soit sa langue, peut comprendre le sens de cette installation », a-t-elle déclaré.

Comme dans la guerre de Bosnie, les forces serbes ont employé le viol pour terroriser et humilier la population civile, selon Human Rights Watch. Les viols – souvent perpétrés devant les membres de la famille de la victime – ont été perpétrés surtout par des forces paramilitaires. Des militants du Kosovo ont aussi été accusés de viol, mais dans une proportion nettement inférieure, estime-t-on.

A ce jour, au Tribunal pénale internationale pour l’ex-Yougoslavie, il n’y a eu qu’une seule condamnation basée en partie sur des agressions sexuelles. Au Kosovo même, il n’y a eu que deux poursuites pour viols intentées par l’unité de crimes de guerre d’EULEX, la mission pour le respect de la loi de l’UE au Kosovo.

Peu de femmes ont parlé publiquement de leur traumatisme de peur d’être ostracisées ou d’apporter la honte à leur famille dans une société hautement traditionnelle, bien que des groupes - comme le Réseau de femmes du Kosovo - leur aient apporté de l’aide. L’an dernier, on a modifié la loi sur les anciens combattants pour y inclure l’admissibilité à une compensation pour les survivantes de violence sexuelle.

« On stigmatise encore et toujours les survivantes de la violence sexuelle et on refuse de les reconnaître », a dit Atifete Jahjaga, première femme présidente du Kosovo et qui commandite l’exposition. « Avec cette installation artistique, nous montrons que la société les soutient, qu’il n’y a pas de ’nous et elles’. Le langage de cette installation est universel et va au-delà du Kosovo. Nous la dédicaçons aux femmes et aux hommes dans le monde entier qui subissent de la violence sexuelle, un crime contre l’humanité. »

Alors qu’on montait l’installation, Xhafa-Mripa a participé à des événements à Pristina et dans d’autres villes, recueillant des vêtements et entendant de poignants récits de survivantes. Elle a encouragé les femmes à contribuer à l’exposition en offrant des vêtements imprégnés pour elles d’une signification spéciale. La présidente du Kosovo a été une des premières donatrices. Une femme a donné sa robe de mariée. Une autre a donné un pantalon qu’elle portait pendant qu’elle fuyait les forces serbes.

Cherie Blair, l’épouse de l’ancien Premier ministre Tony Blair, a aussi fait une donation, tout comme Lady Anelay*, la nouvelle représentante spéciale du Royaume-Uni pour la prévention de la violence sexuelle dans un conflit, qui poursuivra le travail commencé par William Hague, l’ancien secrétaire aux Affaires étrangères.

« Contribuons ensemble à cette exposition et dédicaçons-la aux survivantes de viol en temps de guerre », a dit Xhafa-Mripa. « La beauté de cette œuvre d’art est que chacun-e est très désireux d’y collaborer. Les gens veulent en faire partie – c’est ma plus grande réalisation. »

. Mark Tran, "Dresses on washing lines pay tribute to Kosovo survivors of sexual violence", The Guardian, 11 juin 2015. Traduit par Édith Rubinstein, de Femmes en noir, révisé par Sisyphe.

* https://www.gov.uk/.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 14 juin 2015


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Mark Tran, The Guardian


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